Page images
PDF
EPUB

leurs mesures d'un tel ou d'un tel hazard, ou de plufieurs tout à fois : lice point arrive,ils

gagnent; si c'eft cet autre, ils gagnent encore; un même point souvent les fait gagner de plusieurs manieres : ces hommes gez peuvent être louez de leur bonne fortune comme de leur bonne conduite, & le hazard doit être recompensé en eux comme la vertu.

Je ne mets au dessus d'un grand politique que celuy qui neglige de le devenir, & qui se persuade de plus en plus que le monde ne mérite point qu'on s'en occupe.

* Il y a dans les meilleurs conseils de quoy déplaire, ils viennent d'ailleurs que đe nôtre esprit, c'est assez pour être rejettez d'abord par présomtion & par humeur; & suivis seulement par necessité, ou par reflexion.

* Quel bonheur surprenent a accom- Mr. Le pagné ce favori pendant tout le cours de la Chancevie! t quelle autre fortune mieux foûte- lier, nuë, fans interruption, fans la moindre difgrace ! les premiers postes , l'oreille du

d'immentes tresors, une santé parfaite, & une mort douce : mais quel étrange compte à rendre d'une vie pallée dans la faveur ! des conseils queľona don-, nez, de ceux qu’on a negligé de donner ou de suivre , des biens que l'on n'a point faits : des maux au contraire que l'on a faits : ou par foy-même, ou par les

aus

lierle Tel

[ocr errors]

G5.

mort.

autres : en un mot de toute sa profperité.

* L'on gagne à mourir, d'être loué de ceux qui nous survivent, souvent sans autre mérite que celuy de n'être plus : le même éloge fert alors pour Caton & pour Pifon.

Le bruit court que Pifon est mort, c'est une grande perte, c'étoit un homme de bien, & qui méritoit une plus longue vie; il avoit del'esprit & de l'agréement, de la fermeté & du courage; il étoit fûr , genereux, fidele : ajoûtez, pourvû qu'il soit

* La maniere dont on serécrie sur quelques-uns qui fe diftinguent par la bonne foy, le désintereffement & la probité, n'est pas tant leur éloge, que le décreditement du genre humain.

* Tel foulage les miserables ,. qui neglige fa famille & laisse son fils dans Pindigence : un autre éleve un nouvel edifice, n'a

pas encore payé les plombs d'une maison qui est achevée depuis dix années : un troisieme fait des prefens & des largesfes, & ruine fes creanciers; je demande, la pitié, la liberalité, la magnificence font-ce les vertus d'un homme injuste ? ou plûtôt si la bizarrerie & la vanité ne font pas causesde l'injustice?

* Une circonstance effentielle à la jutice que

l'on doit aux autres, c'est de la faire promptement & sans differer : la

qui

[ocr errors]

faire attendre c'est injustice.

Ceux-là font bien, ou font ce qu'ils doivent. Celuy qui dans toute fa conduite laisse long-tems dire de foy qu'il fera bien, fait tres-mal.

* I'on dit d'un grand qui tient table deux fois le jour, & qui passe fa vie à faire digestion, qu'il meurt de faim , pour exprimer qu'il

n'est pas riche , ou que ses affair rés font fort mauvaises : c'elt une figure, on le diroit plus à la lettre de ses creanciers.

* L'hommêreté, les égards & la politeffe des personnes avancées en âge de l'un & de Pautre fexe, me donnent bonne opinion dece qu'on appelle le vieux temps.

* C'est un excés de confiance dans les parens d'esperer tout de la bonne éduca fion de leurs enfans, & une grande erreur de n'en attendre rien & de la negliger.

* Quand il feroit vray, ce que plusieurs disent s que l'éducation ne donne point à l'homme un autre coeur ny une autre complexion, qu'elle ne change rien dans fon fond, & ne touche qu'aux fuperficies; je ne laifferois pas de dire qu'elle ne luy est

* Il n'y a que de l'avantage pour celuy qui parle peu, la présomption est qu'ila de lesprit; & s'il est vray qu'il n'en manque pas o la présomption eft qu'il l'a excellent.

G 6

* Ne

pas inutile.

# Mr. Se

ment.

[ocr errors][ocr errors][ocr errors]

* Nesonger qu'à soy & au present, fourcederreur dans la politique.

* Le plus grand malheur aprés celuy

d'être convaincud'un crime, test souvent nautier ac-d'avoir eu à s'en justifier. Tels arrests culé d’em-nous déchargent & nous renvoyent absous, poisonne

qui sont infirmez par la voix du peuple.

* Un homme eft fidele à de certaines pratiques de Religion , on le voit s'en acquitteravec exactitude, personne ne le louë, ny ne le defaprouve, on n'y pense pas: tel autre y revient aprés les avoir negligées dix années entieres, on fe récrie, on l'exalte; cela est libre : moy je le blâme d'un fi long oubly de ses devoirs, & je le trouve heureux d'y étre rentré.

* Le flatteur n'a pas assez-bonne opini-
onde soy, ny des autres.

* Tels sont oubliez dans la distribution-
des
graces,

& font dire d'eux, pourquoyles
oublier, qui, îi l'on s'en étoit souvenu, au-
roient fait dire, pourquoy s'en souvenir : d'où
vient cette contrarieté ? Est-ce du cara-
ctere de ces personnes, ou de l'incertitude
de nos jugemens ; ou même de tous les
deux?

* L'on dit communément; aprés un tel, qui sera Chancelier? qui sera Primat des Gaules? qui sera Pape on va plus loin; chacun selon sessouhaits ou son caprice fait sa promotion, qui est souvent de gens plus vieux & plus caducs que celuy qui est en

place;

[ocr errors]

place; & comme il n'y a pas de raison qu’une dignité tuë celuy qui s'en trouve revétu, qu'elle sert au contraire à le rajeunir, & à donner au corps & à l'esprit de nouvelles ressources, ce n'est pas un évenement fort rare à un titulaire d'enterrer fon fuccefseur.

* La disgrace éteint les haines & les jālousies : celuy-là peut bien faire , qui ne nous aigrit plus par une grande faveur: iln'y a aucun mềrite, il n'y a forte de vertus qu’on ne luy pardonne : il feroit un Heros impunément

Rien n'est bien d'un homme disgracié vertus, mérite, tout est dedaigné, ou mal expliqué, ou imputé à vice : qu'ilait un grand cour, qu'il ne craigneny lefer

ny

le feu, qu'ilaille d'ausli bonne grace à l'enne. my que BAYARD & MONTREVEL * c'est un bravache, on en plaisante : il n'a. Marg. plus de quoy être un Heros.

Je me contredis, il est vray, accufez-en les hommes, dont je ne fais que rapporter D.L.C. les jugemens; je ne dis pas de differens hom. Licut.Gen. mes, je dis les mémes qui jugent & differem

* Il ne faut pas vingt années accomplies pour voir changer les hommes d'opinion sur les choses les plus lerieuses, comme sur celles qui leur ont parû les plus seures & les plus vrayes. "Je ne hazarderay pasd'avancer que le feu en foy &

indé.

[ocr errors]

de Mon:
trevel
Com. Gen.

ment.

G7

« PreviousContinue »