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ple vil et lâche. Quel courage peut avoir l'homme élevé dans la peur des gendarmes, n'osant ni parJer haut, ni bouger sans passe-port, à qui tout est espion, et qui craint que son ombre ne le prenne au collet?

Pour faire fuir nos conscrits, les Espagnols .n'ont qu'à s'habiller en gendarmes.

- Quand Marchangy voulut parler aux députés, il fut tout étonné de se voir contredit, et perdit la tête d'abord. Il lui échappa de dire, croyant être au Palais : Qu'on le raye du tableau; en prison les perturbateurs ; M. le président, nous vous requérons.... Plaisante chose qu'un Marchangy à la tribune, sans robe et sans bonnet carré; mais a vec son bonnet.... Jefferies, Laubardemont! Il sera, dit-on, réélu et songe à exclure les indignes.

- Les journaux de la cour insultent le due d'Orléans. On le hait; on le craint; on veut le faire voyager.

Le roi lui disait l'autre jour : Eh bien ! M. le duc d'Orléans, vous allez donc en Italie? Non pas, sire, que je sache. Mon Dieu si , vous y allez; c'est moi qui vous le dis, et vous m'entendez bien. - Non , sire, je n'entends point, et je ne quitte la France que quand je ne puis faire autrement.

-- Ce Deffiat, député en ma place, est petit-fils de Rusé Deffiat qui donna l'eau de chicorée à madame Henriette d'Angleterre. Leur fortune vient de là. Monsieur récompensa ce serviteur fidèle. Monsieur vivait avec le chevalier de Lorraine,

que Madame n'aimait pas. Le ménage était troublé. Deffiat arrangea tout avec l'eau de chicorée. Monsieur, depuis ce temps, eut toujours du contre-poison dans sa poche , et Deffiat le lui fournissait. Ce sont là de ces services que les grands n'oublient point, et qui élèvent une famille noble. Mon remplaçant n'est pas un homme à donner aux princes ni poison ni contre-poison; il ferait quelque quiproquo. C'est une espèce d'imbécille qui sert la messe, et communie le plus souvent qu'il peut. Il n'avait, dit-on, que cinquante voix dans le collége électoral: ses scrutateurs ont fait le reste. J'en avais deux cent vingt connues.

- L'empereur Alexandre a dit à M. de Châteaubriand : Pour l'intérêt de mon peuple et de ma religion, je devais faire la guerre au Turc; mais j'ai cru voir qu'il s'agissait de révolution entre la Grèce et le Turc, je n'ai point fait la guerre. J'aime bien moins mon peuple et ma religion que je ne hais la révolution, qui est proprement ma bête noire. Je me réjouis que vous soyez venu; je voulais vous conter cela. Quelle confidence d'un empereur ! Et le romancier qui publie cette confidence! Tout dans son discours est bizarre.

Il entend sortir les paroles de la bouche de l'empereur. On entend sortir un carrosse ou des chevaux de l'écurie; mais qui diantre entendit jamais sortir des paroles ? Et que ne dit-il : Je les ai vues sortir , ces paroles , de la bouche de mon þon ami qui a huit cent mille hommes sur pied !

Cela serait plus positif, et l'on douterait moins de sa haute faveur à la cour de Russie.

Notez qu'il avait lu cette belle pièce aux dames; et quand on lui parla d'en retrancher quelque chose, avant de la lire à la Chambre, il n'en voulut rien faire, se fondant sur l'approbation de madame Récamier. Or, dites maintenant qu'il n'y a rien de nouveau. Avait-on vu cela? Nous citons les Anglais : Est-ce que M. Canning, voulant parler aux Chambres, de la paix, de la guerre, consulte les ladys, les mistriss de la Cité ? Les

gens de lettres, en général, dans les emplois, perdent leur talent, et n'apprennent point les affaires. Bolingbroke se repentit d'avoir appelé près de lui Addisson et Steele.

Socrate , avant Boissy d’Anglas, refusa, au péril de sa vie, de mettre aux voix du peuple assemblé une proposition illégale. Ravez n'a point lu cela ; car il eut fait de même dans l'affaire de Manuel. Il est vrai que Socrate, présidant les tribus, n'avait ni traitement de la cour, ni gendarmerie à ses ordres. Manuel a été grand quatre jours; c'est beaucoup. Que faudrait-il qu'il fit à présent? Qu'il mourut, afin de ne point déchoir.

- D'Arlincourt est venu à la cour, et a dit : Voilà mon Solitaire et mes autres romans, qui n'en doivent guère au Christianisme de Châteaubriand. Mon galimatias vaut le sien; faites-moi conseiller d'état au moins. On ne l'a pas écouté. De rage, il quitte le parti, ct se fait libéral. C'est

le maréchal d'Hocquincour, jésuite ou janséniste, selon l'humeur de sa maitresse, et l'accueil qu'il reçoit au Louvre.

- Ravez maudit son sort, se donne à tous les diables. Il a fait ce qu'il a pu, dans l'affaire de Manuel, pour contenter le parti jésuite. Il n'a point réussi. Ceux qu'il sert lui reprochent de s'y être mal pris, disent que c'est un sot , qu'il devait éviter l'esclandre, et qu'avec un peu de prévoyance, il eût empêché l'homme d'entrer, ou l'eùt fait sortir sans vacarme. Fâcheuse condition

que

celle d'un valet! Sosie l'a dit; les maitres ne sont jamais contens. Ravez veut trop bien faire. Hyde de Neuville va mieux, et l'entend à merveille: je vois, je vois là-bas les ministres de mon roi. Il a son roi comme Pardessus : mon roi m’a pardonné. Voilà le vrai dévouement. Le dévouement doit toujours être un peu idiot. Cela plait bien plus à un maitre, que ces gens qui tranchent du capable.

Serons-nous capucins, ne le serons-nous pas? Voilà aujourd'hui la question. Nous disions hier: Serons-nous les maitres du monde ?

Ce matin me promenant dant le PalaisRoyal, M...ll...rd passe, et me dit: Prends garde, Paul-Louis, prends garde; les cagots te feront assassiner. – Quelle garde veux-tu, lui dis-je , que je prenne ? Ils ont fait tuer des rois; ils ont manqué frère Paul, l'autre Paul, à Venise, Fra Paolo Scarpi. Mais il l'échappa belle.

-- Fabvier me disait un jour : Vos phraseurs

gâtent tout : voulant être applaudis, ils mettent leur esprit à la place du bon sens, que le peuple entendrait. Le peuple n'entend point la pompeuse éloquence, les longs raisonnemens. Il vous parait, lui dis-je, aisé de faire un discours pour le peuple; vous croyez le bon sens une chose commune et facile à bien exprimer.

- Le vicomte de Foucault nous parle de sa race. Ses ancêtres , dit-il, commandaient à la guerre. Il cite leurs batailles et leurs actions d'éclal. Mais la postérité d' Alphane et de Bayard, qua:d ce n'est qu’un gendarme aux ordres d'un préfel, ma foi, c'est peu de chose. Le vicomte de Foucault ne gagne point de batailles; il empoigne les gens. Ces nobles ne pouvant être valets de cour , se font archers ou geôliers. Tous les gardes-du-corps veulent être gendarmes.

· Les Mémoires de madame Campan méritent peu de confiance. Faits pour la cour de Bonaparte, qui avait besoin de leçons, ils ont été revus depuis par des personnes intéressées à les altérer. L'auteur voit tout dans l'étiquette, et attribue le renversement de la monarchie à l'oubli du cérémonial. Bien des gens sont de cet avis. Henri III fonda l'étiquette, et cependant fut assassiné. On négligea quelque chose apparemment ce jour-là. L'étiquette rend les rois esclaves de la cour.

Dans ces Mémoires il est dit qu'une fille de garde-robe, sous madame Campan femme de chanbre, avait dix-huit mille francs de traitement, c'est trente-six mille aujourd'hui. Aussi tout le

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