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sens,

et

de bon et, sur bien des choses, nous parait penser assez juste. Mais il vit loin du monde, ignore la mesure de ce qui se peut dire. En publiant sa lettre, nous en avons retranché quelques phrases, et des mots que ceux qui connaissent son style n'auront nulle peine à suppléer,

CONSTITUTIONNEL.

4 mars 1824.

ANNONCE,

Pamphlet des Pamphlets, par Paul Louis CouRIER, vigneron; brochure où il n'est point question des élections. On a fort engagé l'auteur à publier son opinion sur ce qui se passe actuellement et ce qu'il a vu de curieux aux assemblées électorales du département d'Indre-et-Loire. Il s'y est refusé, vu la difficulté de parler de ces choses avec modération et en termes décens. Dix ans de Sainte-Pélagie ne lui pouvaient manquer, dit-il, s'il eût touché celte matière, et c'est inêine pour s'en distraire qu'il a composé la brochure que nous annonçons sur une thèse générale, sans aucune allusion aux affaires présentes, de peur d'inconvénient.

Idem. 7 mars 1814.

Plusieurs libraires auraient envie d'imprimer le Pamphlet des Pamphlets, par Paul-Louis Courier,

vigneron, mais aucun n'ose s'en charger. Les uns refusent, d'autres promettent ou même commencent et n'achèvent pas, tant l'entreprise leur paraft hardie, périlleuse, scabreuse. Ce n'est pas pourtant qu'ils voient rien, dans cet écrit, qui dût fâcher monsieur le procureur du roi, et leur attirer des affaires, si l'on agit légalement; mais le nom de l'auteur les effraie. Ils s'imaginent, on ne sait pourquoi, que Paul-Louis ne sera pas traité comme un autre, et que, quelque bien qu'il puisse dire, on le poursuivra au nom de la morale pu. blique, lui, ses libraires et imprimeurs. Pour les rassurer, il a fait de grandes coupures, et retranché de cet opuscule tout ce qui regardait les jésuites , dix pages des mours de la cour, tout le chapitre intitulé: Obligations d'un député ministériel, avec cetle épigraphe de saint Paul ; La viande est pour le ventre , le ventre est pour la viande ; une magnifique apostrophe aux abbés universitaires, deux paragraphes sur la Sorbonne ( grand dommage, car ce morceau était travaillé avec soin), et sa péroraison entière sur l'état actuel de l'Espagne. Au moyen de ces sacrifices, qui coûtent tant à un auteur, il espère que son ouvrage, réduit à moitié environ, cessera d'être la terreur des libraires et des imprimeurs, et qu'il pourra paraitre enfin , Dieu aidant, la semaine prochaine.

AUX ANONYMES

QUI ONT ÉCRIT DES LETTRES

A PAUL-LOUIS COURIER, VIGNERON.

(1822.)

Je reçois quelquefois des lettres anonymes, les unes: flatleuses me plaisent, car j'aime la louange; d'autres moqueuses, piquantes, me sont moins agréables, mais beaucoup plus utiles : j'y trouve la vérité, trésor inestimable, et souvent des avis que ne me donneraient peut-être aucun de ceux qui me veulent le plus de bien. Afin donc que l'on continue à m'écrire de la sorte, pour mon très grand profit, je réponds à ces lettres par celle-ci imprimée, n'ayant autre moyen de la faire parvenir à mes correspondans, et répondrai de même à tolis ceux qui voudraient me faire part de leurs sentimens sur ma conduite et mes écrits. Un pareil commerce sans doule aurait quelques diffi. cultés sous ces gouvernemens faibles, peureux , ennemis de toute publicité, serait même de fait impossible, sans la liberté de la presse, dont nous:

jouissons, comme dit M. de Broë, dans toute son étendue, depuis la restauration. Si la presse n'était pas libre, comme elle l'est par la Charte , il pourrait arriver qu'un commissaire de police saisit chez l'imprimeur toute ma correspondance; qu'un pro. cureur du roi envoyât en prison et l'imprimeur, et moi, et mon libraire, et mes lecteurs. Ces choses se font dans les pays où règne un pouvoir odieux, complice de quelques-uns, et ennemi de tous. Mais en France heureusement, sous l'empire des lois, de la constitution, de la Charte jurée, sous un gouvernement ami de la nation et cher à tout le monde, rien de tel n'est à craindre. On dit ce que l'on pense; on imprime ce qui se dit, el personne n'a

peur de parler ni d'entendre. J'imprime donc ceci, non pour le public, mais

pour personnes seulement qui me font l'honneur de m'écrire, sans me dire leur nom ni leur adresse.

Paul-Louis Courier, vigneron de la Chavonière, bûcheron de la forêt de Larçai, laboureur de la Filonière, de la Houssière, et autres lieux, à tous anonymes inconnus qui ces présentes verront, salut:

J'ai reçu la vôtre, signée le trop rusé marquis d'Effiat; elle m'a diverti, instruit, par les curieuses notes qu'elle contient sur l'histoire ancienne et moderne;

Et la vôtre, timbrée de Béfort, non signée, où vous me reprochez d'une façon peu polie, mais franche, que je ne suis point modeste. M'exami. nant là-dessus , j'ai trouvé qu'en effet je ne suis pas

ces

modeste, et que j'ai de moi-même une haute opinion, en quoi je puis me tromper comme bien d'autres. Vous en jugez ainsi à tort et par envie, à ce qu'il me paraît; toutefois l'avis est bon, et, pour en profiter, j'userai des formules dont se couvre l'estime que chacun fait de soi, heureuse invention de nos académies ! Je dirai de mes écrits, qui sont assurément les plus beaux de ce siècle, faibles productions qu'accueille avec bonté le public indulgent; et de moi, le premier hommedu monde, sans contredit, votre très-humble serviteur, vigne ron quoique indigne.

Dans celle-ci, venant d'Amiens , sans signature pareillement, vous me dites, monsieur, que je serai pendu. Pourquoi non ? D'autres l'ont été d'aussi bonne maison que moi : le président Brisson , honnête homme et savant, pour avoir conseillé au roi de se défier des courtisans, fut pendu par les Seize, royalistes quand même, défenseurs de la foi, de l'autel et du trône. Il demanda , comme grâce , de pouvoir achever, avant qu'on le pendit, son Traité des usages et

coutumes de Perse, - qui devait être, disait-il, une tant belle ouvre. Peu de chose y manquait; c'eût été bientôt fait : il ne fut non plus écouté que le bon homme Lavoisier depuis, en cas pareil, et Archimède jadis. Parmi tous ces grands noms je n'ose me placer ; mais pourtant j'ai aussi quelque chose à finir, et l'on va me juger, et je vois bien des Seize. Tout beau, soyons modeste.

Dans la vôtre, monsieur, qui m'écrivez de Paris, vous me dites...., voici vos termes : Je suis de vos

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