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sances étrangères, réduit à M. de Marcellus ? et, chez ces puissances, qu'aurait fait la noblesse allemande, si les vilains ne l'eussent entrainée contre l’armée de Bonaparte , qui elle-même alla très-bien, étant menée par des vilains, mal aussitôt qu'elle fut commandée par des nobles; autre point à noter. Mais oti en étions-nous ? à Colas, procureur et chef de la noblesse. Je suis content, disait-il, oui , je suis fort content de M. de Duras, il a du caractère, et je n'aurais pas cru qu'un gentilhomme, un duc........., aussi, l'ai-je fait président de notre club des Carmé. lites , club d'honnêtes gens. Nous nous assemblâmes hier, lui président, moi secrétaire; nous avons tous prêté serment entre les mains de M. le duc. Ils ont juré foi de gentilhomme, moi, foi de procureur, et j'ai fait le procès-verbal de la séance. Mais, le bon de l'affaire, c'est que le préfet s'est avisé d'y trouver à redire. Là-dessus nous l'avons mené de la bonne manière, et M. de Duras a montré ce qu'il est. Monsieur, lui a-t-il dit , je vous défends , au nom de mon gouvernement, de vous mêler des élections. Voilà parler cela, et voilà ce que c'est que de la fermeté. Le pauvre préfet n'a su que dire. Je vous assure, moi,

la noblesse a du bon, et fera quelque chose, Dieu aidant, avec les puissances étrangères. Tout cela ne demande qu'à être un peu conduit, et j'en fais mon affaire.

Il continua, et je l'écoutais avec grand plaisir, quand le président, m'appelant, me donna un de ces billets où il fallait écrire deux noms. Pour moi, j'y voulais mettre Aristide et Calon. Mais on me dit

que

qu'ils n'étaient pas sur la liste des éligibles J'écrivis Bignon et un autre; Bignon, vous le connaissez, je crois, celui qui ne veut pas qu'on proscrive; et je m'en allai comme j'étais venu , à travers les gendarmes.

Je voudrais bien répondre à ce monsieur du journal. Car, comme vous savez, j'aime assez causer. Je me fais tout à lous, et ne dédaigne personne; mais je le crois fâché. m'appelle jacobin, révolutionnaire, plagiaire, voleur, empoisonneur, faussaire, pestiféré ou pestifère, enragé, imposteur, calomniateur, libelliste, homme horrible, ordurier, grimacier, chiffonnier. C'est tont, si j'ai mémoire. Je vois ce qu'il veut dire; il entend que lui et moi sommes d'avis différent; peut-être se trompe-t-il.

Il aime les ministres ; et moi aussi je les aime; je leur suis trop obligé pour ne pas les aimer. Jamais je n'ai eu recours à eux, qu'ils ne m'aient rendu bonne et prompte justice. Ils m'ont tiré trois fois des mains de leurs agens. C'est bien , si vous voulez un peu ce que ce Romain appelait beneficium latronis, non occidere. Mais enfin c'est beneficium. Et, quand tout le monde est larron, le meilleur est celui qui pe tue pas.

J'aime bien mieux les ministres que messieurs les jurés nommés par le préfet, beaucoup mieux que les électeurs choisis par le préfet, beaucoup mieux que mes juges qu'on appelle naturels , et dont je n'ai jamais pu obtenir une sentence qui eût le moindre air d'équité. J'aime cent fois mieux le gouvernement ministériel qu’un jeu, une piperie, une ombre de

gouvernement rimant en el; je suis plus ministériel que monsieur du journal; et si, je le suis gratis.

Il dit que nous sommes libres, et j'en dis tout autant; nous sommes libres, comme on l'est la veille d'aller en prison. Nous vivons à l'aise, ajoute-t-il, et rien ne nous gêne à présent. Je sens ce bonheur, et j'en jouis comme faisait Arlequin, dit-on, qui, tombant du haut d'un clocher, se trouvait assez bien en l'air, avant de toucher le pavé.

il n'est que de s'entendre. Cet homme-là et moi sommes quasi d'accord, et ne nous en doutions pas. Il se plaint de mon langage. Hélas ! je n'en suis pas plus content que lui. Mon style ini déplait; il trouve ma phrase obscure, confuse, embarrassée. Oh! qu'il a raison, selon moi! Il ne saurait dire tant de mal de ma façon de m'exprimer, que je n'en pense

davantage, ni maudire plus que je ne fais la faiblesse , l'insuffisance des termes que j'emploie. Autant la plupart s'éiudient à déguiser leur pensée, autant me fâche de savoir si peu mettre la mienne au jour. Ah! si ma langue pouvait dire ce que mon esprit voit , si je pouvais montrer aux hommes le vrai qui me frappe les yeux, leur faire détourner la vue des fausses grandeurs qu'ils poursuivent, et regarder la liberté, lous l'aimeraient, la désireraient. Ils counaitraient, en rougissant, qu'on ne gagne rien à dominer, qu'il n'est lyran qui n'obéisse , ni maitre qui ne soit esclave; et perdant la funeste envie de s'opprimer les uns les autres , ils voudraient vivre et laisser vivre. S'il m'était donné d'exprimer, comme je le sens c'est que l'indépendance, Decazes

ce que

TOME I.

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reprendrait la charrue de son père, et le roi, pour avoir des ministres , serait obligé d'en requérir, ou de faire faire ce service à tour de rôle, par corvée, sous peine d'amende et de prison.

Sur les injures je me tais : il en sait plus que moi; je n'aurais pas beau jeu. Mais il m'appelle loustic, et c'est là-dessirs que je le prends. Il dit, et croit bien dire, parlant de moi, le loustic du parti national, et fait là une faute, sans s'en ter, le bonhomme! Ce mot est étranger. Lorsqu'on prend le mot des puissances étrangères, il ne faut pas le changer. Les puissances étrangères disent loustig , non loustic, et je crois même qu'il ignore ce que c'est que le loustig dans un régiment Teutsche. C'est le plaisant, le jovial qui amuse tout le monde, et fait rire le régiment, je veux dire les soldats et les bas-officiers; car tout le reste est noble, et comme de raison rit à part. Dans une marche, quand le loustig a ri, toute la colonne rit , et demande : Qu'a-t-il dit? Ce ne doit pas être un sot. Pour faire rire des gens qui reçoivent des

coups de bâton, des coups de plat de sabre, il faut quelque talent, et plus d'un journaliste y serait embarrassé. Le loustig les distrait, les amuse, les empêche quelquefois de se pendre, ne pouvant déserter, les console un moment de la schlague, du pain noir, des fers, de l'insolence des nobles officiers. Est-ce là l'emploi qu'on me donne? Je vais avoir de la besogne. Mais quoi? j'y ferai de mon mieux. Si nous ne rions encore, quoi qu'il puisse arriver, il ne tiendra pas à moi; car j'ai toujours été de l'avis du chancelier Thomas Morus : Ne faire rien contre

la conscience, et rire jusqu'à l'échafaud inclusivement. Comme cet emploi d'ailleurs n'a point de traitement, ni ne dépend des ministres, je m'en accommode d'autant mieux.

Tout cela ne serait rien, et je prendrais patience sur les noms qu'il me donne. Mais voici pis que des injures. Il me menace du sabre, non du sien, je ne sais même s'il en a un, mais de celui du soldaț. Écoutez bien ceci : Quand le soldat, dit-il ( faites attention; chaque mot est officiel, approuvé des censeurs ), quand le soldat voit ces gens qui n'aiment pas les hautes classes, les classes à privilège, il met d'abord la main sur la garde de son sabre. Tudieu, ce ne sont pas des prunes que cela. Le chiffonnier valait mieux. On ne me sabre pas encore comme vous voyez; mais on tardera peu; on n'attend que le signal du noble qui commande. Profitons de ce moment; je quitte mon journaliste, et je vais au soldat. Camarade, lui dis-je. Il me regarde à ce mot: Ab! c'est vous, bonhomme Paul. Comment se portent mon père, ma mère, ma sæur, mes frères et tous nos bons voisins? Ah!Paul, où est le temps que je vivais avec eux et vous, vous souvient-il? labourant mon champ près du vôtre. Combien ne m'avezvous pas

de fois prêté vos bæufs lorsque les miens étaient las! Aussi vous aidais-je à semer, ou serrer vos gerbes , quand le temps menaçait d'orage. Ah! bonhomme, si jamais..... Complez que vous me reverrez. Dites à mes bons parens qu'ils me reverront, si je ne meurs. Tu n'as donc point, lui dis-je, oublié les parens.

Non plus que le premier jour.

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