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donneurs d'aubade, croyant ne courir aucun risque. Mais, en ce pays-là, la garde nationale ne laisse point sabrer les jeunes gens dans les rues ; aussi n'est-elle

pas

commandée par un duc. La garde nationale armée fit tourner têle aux nobles assaillans, qui bientôt, mal menés, quittent le champ de bataille en

y laissant des leurs. Tel est le second récit. A Nogent-le-Rotrou, il ne faut point danser, ni regarder danser, de peur d'aller en prison. Là, les droits réunis s'en viennent au milieu d'une fête de village exercer (c'est le mot, nous appelons cela vexer); on chasse mes coquins. Gendarmes aussitôt arrivent; en prison le bal et les violons, danseurs et spectateurs, en prison tout le monde. Un maire verbalise ; un procureur du roi (c'est comme qui dirait un loup quelque peu clerc) voit là-dedans des complots, des machinations, des ramifications ! Que ne voit pas le zèle d'un procureur du roi ! Il traduit devant la cour d'assises vingt pauvres gens qui ne savaient pas que le roi eût un procureur. Les uns sont artisans, les autres laboureurs, quelquesuns parens

du maire, tous perdus sans ressource. Qui sèmera leur champ? qui fera leurs travaux , pendant six mois de prison ou plus ? Qui prendra soin de leurs familles ? Et sorlis, s'ils en sortent, que deviendrontils après ? mendians ou voleurs par force; nouvelle matière

pour

le zèle de M. le procureur du roi. Ici scène moins grave; il s'agit de préséance. A l'église c'était grande cérémonie, office pontifical, cierges allumés, faux-bourdon, procession , cloches en branle ; le concours des fidèles et cet ordre pom;

TOMB I.

II

peux faisaient plaisir à voir. Au beau milieu du cheur, deux champions couverts d’or se gourment, s'apostrophent. Ote-loi. Non, c'est ma place. C'est la mienne. — Tu mens. Coups de pied, coups de poing. Tu n'es pas royaliste. — Je le suis plus que toi. - Non, mais moi plus que loi; je te le prouverai, je te le ferai voir. Notre mère sainte Église, affligée du scandale, y voulut mettre fin ; le ministre du Très-Haut arrive crossé, mitré. Ah! monsieur le général! monsieur le commandant de la garde nationale ! Mon cher comte! mon cher chevalier ! Laissez là cette chaise, monsieur le général; ren. gainez votre épée, monsieur le commandant.

Par malheur le payeur ne se trouvait pas là, car il eût apaisé la noise tout d'abord, en faisant savoir à ces messieurs ce que chacun d'eux touche par mois du gouvernement; on eût pu calculer, en francs, de combien l'un était plus royaliste que l'autre , et régler les rangs sans dispute. La charge de payeur devrait toujours s'unir à celle de maitre des cérémonies. Je l'ai dit à Perceval, un de nos députés ; il en fera la proposition dès qu'il sera conseiller d'état.

Mais dites-moi, je vous prie, vous qui avez couru, sauriez-vous un pays où il n'y eût ni gendarmes , ni rats de cave, ni maire, ni procureur du roi, ni zèle, ni appointemens (je voulais dire dévouement; n'importe, c'est tout un), ni généraux, ni commandans, ni nobles, ni vilains qui pensent noblement ? Si vous savez un tel pays sur la mappemonde , montrez-lemoi, et me procurez un passepori.

Voilà Perceval en bon chemin. Secrétaire de la guerre! cela s'appelle tirer son épingle du jeu. C'est

un babile garçon; il n'en demeurera pas là : tant waut l'homme, tant vaut la députation. Les sols n'attrapent rien; quelques-uns y mettent du leur. Il n'ose , dit-on, revenir ici de peur de la sérénade. Quelle faiblesse ! je me moquerais et de la sérénade et de mes commettans. Bellart n'en est pas mort à Brest. Un autre de nos députés, M. Gouin Moisan , est ici un peu fàché, à ce qu'on dit, de n'avoir pu encore rien tirer des ministres , ni pour lui, ni pour sa famille. Ce M. Gouin Moisan est un honnête mar. chand

que la noblesse méprise, et qui vole avec elle, sans qu'elle le méprise moins, comme vous pensez bien. Pour les services par lui rendus au parti genlil homme, il voudrait qu'on le tit poble ; il se contenterait du titre de baron. La noblesse française n'a point de baron Gouin, et s'en passe volontiers; mais Gouin ne se passe pas de noblesse. Depuis trois ans entiers , il se lève, il s'assied avec le côté droit, dans l'espérance d'un parchemin. Quand on peut à ce prix rendre les gens heureux, il faut avoir le cæur bien ministériel pour les laisser languir. Le service des nobles est dur et profite peu; on leur sacrifie lout; on renie ses amis, ses envres , ses paroles; on abjure le vrai; toujours dire et se dédire, parler contre son sens; combattre l'évidence et mensir sans tromper; je ne m'étonne pas que de Serre en soit malade. Renoncer à toute espèce de bonne foi, d'approbation de soi-même et d'autrui; affronter le haro, l'indignation publique! pour qui? pour des

ingrats qui vous paient d'un cordon et disent : Le sieur Lainé, le nommé de Villèle, un certain Donnadieu. Eh! bonjour, mon ami, votre père fait-il toujours de bons souliers ? Cà, vous dinerez chez moi, quand je n'aurai personne. Voilà la récompense. Va, pour telles gens, va trabir ton mandat, et livre à l'étranger ta patrie et les dieux. Ainsi parle un vilain dégoûté de bien penser; mais la moindre faveur d'un coup-d'oeil caressant le rengage comme So. sie, et fait taire la conscience, la patrie et le mandat.

Nous en allons faire de nouveaux, je dis des dé. putés, Dieu sait quels, blancs ou noirs, mais bonnes gens,

à
coup

sûr. En attendant ce jour, on rit de la querelle de Paul et du préfet; c'est affaire d'élections. Paul veut être électeur; le préfet ne veut pas qu'il le soit, et lui fait la plus plaisante chicane....... Paul n'a pas de domicile, dit le préfet , attendu qu'il a été soldat; il a femme et enfant dans ce département, cultive son héritage, habite la maison de son père et de son grand-père, paie treize cents francs d'impôts : tout cela n'y fait rien. Il a été soldat pendant seize ans, rebelle aux puissances étrangères, aux cabinets de l'Europe; il a quitté le pays. Que ne restait-il chez lui? ou s'il eût émigré.... C'est un mauvais sujet, un vagabond, indigne d'être même électeur. Celte bouffonnerie réjouit toute ville, et le département, et le bonbomme Paul, qui, labourant son champ, se moque des cabinets. Adieu, portez-vous bien; que tout ceci soit entre nous.

(1) Voir la requête au conseil de préfecture, qui suit.

Ilme LETTRE PARTICULIÈRE.

Tours, 28 novembre 1820.

Vous êtes babillard, et vous montrez mes lettres , on bien vous les perdez; elles vont de inain en main. et tombent dans les journaux. Le mal serait petit si je ne vous mandais que les nouvelles du PontNeuf; mais de cette façon tout le monde sait nos affaires. Et croyez-vous, je vous prie, moi qui ai toujours fui la mauvaise compagnie, que je prenne plaisir à me voir dans la Gazette?

Notre vigne n'est point si chétive qu'on le voudrait bien faire croire. Les vieilles souches , à vrai dire, sont pourries jusqu'au cour, et le fruit n'en vaut guère; mais un jeune plant s'élève, qui va prendre le dessus et couvrir tout bientôt. Laissez le croitre avec cette vigueur, cetle sève, seulement cinq Ju six ans encore, et vous m'en direz des nouvelles.

Si vous me promettiez de tenir votre langue, je vous conterai mais non; car vous iriez tout dire et je suis averti; je vous conlerais nos élections, comment tout cela s'est passé, la messe du SainiEsprit , le noble pair et son urne, le club des gen

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