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avec ses espérances à Isaac, à Jacob, à Moïse, aux sages, aux rois, et vint aboutir à Jésus-Christ. Magnifique généalogie d'une doctrine qui commence à Dieu, arrive à Jésus, et devient par lui le patrimoine du monde entier! Il n'est rien de comparable à ce testament qui lègue à l'humanité la sagesse divine et qui l'affranchit du joug de toute autre domination que celle de son Créateur (1). Comment donc la doctrine des Hébreux, qui contient l'histoire, les destinées du genre humain, pourrait-elle passer inaperçue ?

Cette race féconde et sainte des patriarches eut des rejetons assez nombreux, pour former un peuple séparé du reste des hommes, afin de conserver intacte la tradition primitive, et pour envoyer aux autres nations des prédicateurs qui en rappelaient le souvenir : Loth, Laban, Raguel, Jonas, et surtout Job. Job, écrivain inspiré, établit l'unité de Dieu, son infinité, la théorie de la création, l'immortalité de l'âme et même de l'homme tout entier, car le corps, dit-il, ne meurt que pour un temps, il doit être réuni plus pur à l'esprit qui l'a animé. Job maintient ainsi la continuité du moi humain, bien supérieur, en cela, aux philosophes qui l'interrompent ou l'anéantissent, comme si une existence individuelle pouvait être conservée sans une identité continue. Job protestait avec de sublimes accents contre le crime et l'ignorance qui effacent de la mémoire des hommes ce dogme consolant. Plut à Dieu, s'écriait-il, que mes discours fussent écrits avec un burin de fer! Plút à Dieu qu'ils fussent gravés sur la roche à perpétuité !

Ces grandes figures de l'antiquité n'avaient pas, comme on pourrait le croire, paru sans éclat. Abraham avait laissé (1) Non liberi eritis nisi vos Filius hominis liberaverit.

de grands souvenirs en Chaldée; Job était visité par les rois et par les sages; il avait avec eux des conférences autrement sérieuses et saintes que celles du Portique ou de l'Académie. Que si on lui opposait les frivoles difficultés de l'orgueil, père du panthéisme, d'un mot il réduisait l'orgueil au silence : Que sont toutes vos conjectures en face des faits, et sur quoi sont-elles basées ? Ubi eras quando ponebam fundamenta terræ ? Il faisait justice de ces théories insensées qui, de nos jours encore, cherchant une importance chimérique, ne trouvent que le ridicule. Après la peinture la plus saisissante et la plus vraie qui ait jamais été faite des misères et de l'impuissance de l'humanité, il ajoutait : Qu'est-ce donc que l'homme ? qu'est-il pour se comparer à Dieu? On fit pour lui cette glorieuse épigraphe : Il ressuscitera avec ceux que le Seigneur ressuscite. Aristée, officier de Ptolémée-Philadelphe, qui vivait 260 ans avant Jésus-Christ, nous a laissé des détails, trèscurieux sur la vie de Job; il croit qu'il était fils d'Esaü et de Bassara, et petit-fils d'Abraham, qui vivait 1999 ans avant Jésus-Christ, et qu'il habita Ansitide, sur les confins de l'Arabie et de l'Idumée. La doctrine de Job est antérieure de trois siècles environ à celle des Vedas.

Moïse apparaît avec plus d'éclat encore. Moïse n'est pas un philosophe, il est un voyant; il ne cherche pas, il sait ; il ne discute pas, il montre ; il montre de loin cet océan de lumières qui se déroulera plus tard aux yeux des hommes ravis. Il ne définit pas Dieu; d'un mot įl remplit l’intelligence humaine, et il dépasse ses limites : Ego sum qui sum. Parole simple, mais effrayante comme l'infini, et féconde comme la puissance. Cette idée de l'étre est le fondement nécessaire de la science. L'intelligence conçoit sans effort que Dieu est celui qui est; mais elle a la conscience, en même temps, qu'elle ne comprendra jamais celui qui est la plénitude de l'être; le fini ne contient pas l'infini,

Dieu, créateur de l'univers, au récit de Moïse, fait tout d'après les lois rigoureuses des mathématiques ou de l’harmonie des rapports ; il règle l'équilibre des corps célestes en raison de leur volume et de leur pesanteur relative; il donne le mouvement à ces masses majestueuses et immenses; il rend la terre solide, il la fertilise par des fleuves; il renferme la masse humide dans les mers; il donne aux gouttes d'eau une pesanteur variable, pour qu'elles s'élèvent en vapeur dans l'air, ou qu'elles tombent sur la terre en rosée bienfaisante, ou qu'elles roulent dans les fleuves, ou qu'elles forment les vagues de l'Océan; il place dans l'étendue des espaces deux astres qui doivent, l'un nous envoyer la lumière par torrents pendant le jour, l'autre nous donner une lumière plus douce pendant la nuit, comme un souvenir de l'éclat de notre origine, et une espérance de l'éclat de notre avenir; il sème dans le firmament les étoiles qui brillent à nos yeux, étonnent notre imagination et jettent dans notre cæur un indéfinissable, mais invincible goût de l'immortalité.

L'air, les eaux, la terre reçoivent leurs innombrables habitants ; l'homme, roi magnifique de cette magnifique création (1), est fait à l'image de Dieu. Synthèse sublime et intelligente du monde visible et du monde invisible, il sent, à la différence de leur caractère et de leurs attributions, les deux substances différentes dont il est composé,

(1) Dominamini piscibus maris, et volatilibus cæli, et universis animantibus, quæ moventur super terram. Dedi vobis omnem herbam... universa ligna...

Bientot, ébloui partant de faveurs, il écoute une suggestion perfide qui souffle l'orgueil dans son âme; Dieu, miséricordieux, le contient par un assujettissement temporaire au travail et par la douleur qu'il attache à ses désordres (1), soit que sa créature persévère dans l'ingratitude, soit qu'elle forme un projet contre un de ses semblables, soit qu'elle étende sa souveraineté sur elle-même, comme l'y invitent encore des écrivains irréfléchis, trainés à la remorque de je ne sais quelle pbilosophie orgueilleuse et vaine.

Telle est dans Moïse la régénération du ciel et de la terre (2); telle est la grandeur de l'homme et son inviolabilité. Moïse ne nous donne pas de puériles conjectures, il nous raconte ce que la voix de ses pères lui a appris, ou ce qu'il a écrit sous l'oeil inspirateur de Dieu. Ses lois morales, sociales et domestiques portent l'empreinte de cet enseignement. « Les principaux faits contenus dans l'Évangile » sont clairement écrits dans la Bible (3).» Sur de la parole de Dieu, certain que cette parole avait été conservée fidèlement par ses aïeux, le peuple hébreu ne cherche pas ailleurs que dans ses traditions le principe de la vie morale, la connaissance de la cause première, de l'origine, de la fin des choses. Il ne reste pas non plus étranger aux investigations des phénomènes de la nature matérielle. Mieux que les Grecs et les Romains, il sait mesurer le temps par le cours des astres (4). Le plus sage de ses rois devient le plus savant

(1) Nonne, si bene egeris, recipies; sin autem male, statim in foribus peccatum aderit? (Ch, iv, v. 7, Gen.)

(2) Istæ sunt generationes cæli et terræ, quando creata sunt, in die quo fecit Dominus Deus cælum et terram. (Ch. II, v. 4, Gen.)

(3) J.-J. Rousseau.

(4) Scaliger donne le comput de l'année judaïque pour ce qu'il y a de plus parfait et de plus exact en ce genre,

des naturalistes. Il élève ce temple si célèbre que Titus appelait la merveille du monde ; ses vaisseaux tracent sur les mers des routes inconnues qui laissent planer des nuages sur l'antériorité des plus belles découvertes modernes (1). Nulle part on ne trouve une poésie plus sublime, dés maximes plus élevées, des pensées plus profondes, une morale plus pure, une connaissance plus précise de l'homme que dans Job, Isaïe, Ezéchiel, David et Salomon. La harpe de David résonnait comme celle d'Orphée. Alexandre, étonné, se prosterne devant le grand prêtre de Jéhova, tant il y a de majesté dans le sacerdoce et de grandeur dans le culte ! Il faut ne pas oublier cette troupe fugitive qui se constitue en corps de nation. Errant dans le désert, elle y puise la force de subjuguer les peuples les plus fiers et d'envahir les provinces les plus fertiles; elle se donne une constitution si durable que rien n'a pu la détruire, et elle s'y attache si fortement, que, dispersée plus tard au milieu des autres peuples, elle y vit de sa vie propre sans jamais se confondre avec eux. Aujourd'hui encore ce peuple singulier forme sur tous les points du globe un corps parfaitement distinct. Sans villes, sans agglomération, il ne perd nulle part son caractère national. Séparé de tous les autres peuples, comme quand ils étaient idolâtres, il exerce sur eux dans les arts, dans le commerce, dans l'industrie, dans les finances, une influence incontestée. Trouva-t-on jamais une constitution assez forte pour

(1) La boussole a été découverte par F. Gioia, de la petite ville d'Amalfi, dans le royaume de Naples. On ignore si cette découverte est due au hasard ou à l'observation. (ROBERTSON, Histoire de l'Amérique.) Plusieurs historiens font remonter la découverte de la boussole à Han-Tsee, législateur chinois. Il est certain que la vertu qu'a l'aimant de se diriger vers le nord était connue bien avant F. Gioja.

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