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MATTHIEU,

OU

LES BIGARRURES

DE.

L'ESPRIT HUMAIN.

CHAPITRE I.

Suite des aventures de Jérôme.

E dormais d'un profond sommeil, lorsque, vers le minuit, un bruit soudain m'éveilla : ayant ouvert les yeux , je vis entrer trois hommes dans ma chambre, dont l'un m'ordonna, de la part du saint Office, de le suivre à l'instant. Je voulus ouvrir la bouche pour lui demander la raison pourquoi ; mais il me réitéra son ordre d'un ton si ferme, que je pris le parti de m'habiller au plus vite , et de le suivre sans murmurer, jusqu'à ce qu'il

III.

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LE COMPERE m'eût conduit et enfermé dans un des cachots de l'inquisition.

Imaginez - vous un trou de cinq pieds en quarré, sur autant de hauteur , à plus de vingt-cinq pieds sous terre, où il est impossible de distinguer le jour d'avec la nuit; où l'on a, pour toute nourriture, un peu de pain noir , et quelques fèves mal cuites, et de l'eau puante ; où quelques brins de paille à demi - pourrie', servent d'oreiller et de grabat ; où l'on est quelquefois des mois entiers, même des années, sans parler à personne ; où l'on est assommé de coups de nerfs de boeuf, lorsqu'on se plaint un peu trop haut de sa situation: voilà quelle était ma nouvelle demeure. Jugez des réflexions que je dus y faire, sur-tout au bout de quelques jours de séjour : jugez si je me ressouvins de mon entretien dont j'ai parlé.

Après six semaines d'emprisonnement, celui qui avait coutume de m'apporter mon nécessaire, me parla pour la première fois, et me conseilla de demander

l'audience des révérends pères inquisiteurs: je la demandai dès l'instant même, et elle me fut accordée pour le lendemain. Lorsque je fus devant ces messieurs, l'un d'eux me demanda ce que je voulais ? Je lui dis que je suppliais leurs révérences de me faire élargir, ou du moins d'avoir la bonté de me dire pourquoi l'on m'avait arrêté. L'on ne me répondit rien, et l'on me renvoya au cachot.

Quatre jours après, je comparus derechef devant le sacré tribunal. L'on me fit la même demande ; je fis la même réponse , et l'on me renvoya à mon trou. A peine y fus-je rentré, que la rage et le désespoir me saisirent à un tel point, que je me frappai de toutes mes forces la tête contre une ancre de fer qui était attachée à la muraille : le sang que je sentis ruisseler sur mon visage , augmenta ma fureur : deux semblables coups allaient mettre fin à tous mes maux; mais ayant apperçu que l'ancre était cassée

par

la violence du coup que je m'étais donné, je réfléchis que je pouvais, par son moyen,

me procurer ma délivrance, en me conservant la vie,

Ce morceau de fer ayant la longueur et la force suffisantes pour ce que je voulais faire, je me mis à l'ouvrage dès l'instant même , et en moins de deux jours, je vins à bout d'ôter une pierre de la muraille de mon cachot.

La pierre que j'avais ôtée me procura la facilité d'en ôter une seconde ; celle-ci une troisième ; tellement qu'au bout de six jours, la muraille se trouva percée et le trou assez grand pour y passer. Ce trou donnait dans un souterrain d'une grandeur prodigieuse, et aussi obscur que le cachot même. Je ne suis pas plutôt dans ce nouvel endroit , que je rode , que je tâtonne , que je furète par-tout , et je ne rencontre que des cordes, des poullies, des billots , des roues , des chevalets , et autres attirails patibulaires : à la fin, je trouve une porte , mais elle était trop bien fermée pour que je puisse l'ouvrir; je rode de nouveau ; je découvre une cheminée; je crois mon évasion certaine,

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