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Dieu sait mieux que vous ce dont vous avez besoin, et c'est pour cela qu'il veut que vous le lui demandiez ; car Dieu est lui-même votre premier besoin, et prier Dieu, c'est commencer à posséder Dieu.

Le père connaît les besoins de son fils ; faut-il à cause de cela que le fils n'ait jamais une parole de demande et d'actions de grâces pour son père ?

Il passe quelquefois sur les campagnes un vent qui dessèche les plantes, et alors on voit leurs tiges flétries pencher vers la terre ; mais, humectées par la rosée, elles reprennent leur fraîcheur, et relèvent leur tête languissante.

Il y a toujours des vents brûlants, qui passent sur l'âme de l'homme, et la dessèchent. La prière est la rosée qui la refraîchit.

DE LAMENNAIS.

BIENFAITS INSPIRÉS PAR LA RELIGION.

Du sein de sa vie privée, suivez l'homme au milieu de des semblables; vous y trouverez encore la religion, versant sur lui de nouveaux bienfaits. La religion se place au milieu de la société pour en rapprocher toutes les parties ; tout ce que divisent les passions et les vices, tout ce que séparent les préjugés et les institutions humaines, la religion l'embrasse et le réunit. Elle attache le riche au pauvre par les dons, et le pauvre au riche

par

la reconnaissance; elle établit entre les grands et les petits une communication de bienfaits et de services; elle députe vers l'affligé des consolateurs; elle place des appuis autour de l'orphelin et de la veuve ; elle envoie auprès de chaque malheureux des distributeurs de chaque genre de secours.

Jetez les yeux sur ces grands monuments de la bienfaisance du Christianisme envers la société. Contemplez ces vastes édifices, où toutes les maladies viennent chercher la guérison, où les infirmités sans espoir éprouvent du soulagement, où la vieillesse indigente trouve enfin le repos après de longs travaux, et termine en paix des jours consumés dans la peine ; où l'enfant abandonné reçoit le lait que lui refuse le sein maternel, où l'orphelin retrouve de nouveaux parents; où l'insensé, éloigné de la société qu'il troublerait, voit prodiguer sur lui des secours qu'il n'est pas en état de reconnaître. C'est la religion qui a élevé ces précieux asiles, qui les a enrichis, qui, à côté des malheureux qu'elle y rassemble, a conduit leurs généreux bienfaiteurs. La société oserait-elle confier à des mains mercenaires des fonctions que la vertu la plus pure peut seule dignement exercer ? Il n'y a que la religion qui puisse offrir un salaire à ce courage froid, qui brave à chaque instant la contagion et la mort ; à cette sensibilité éclairée, que l'habitude n'émousse point, que les gémissements de la douleur et les cris de la souffrance n'ébranlent point; à cette inaltérable patience, que ne rebutent ni la plainte, ni le reproche injuste, ni le mauvais succès ; à ce dévouement entier, que n'arrêtent point les occupations les plus dégoûtantes ; à cette assiduité attentive dont les soins ne connaissent aucun relâche ; à cette activité continue, que les travaux, les veilles, les fatigues ne peuvent ralentir; à cette réunion, à cet exercice perpétuel de toutes les vertus les plus pénibles, et qui coûtent le plus à l'humanité. Parcourez ces nombreux établissements qui remplissent les villes, et se répandent jusque dans les campagnes : c'est encore à la religion que la société les doit. Il n'y a pas un besoin de la société qu'elle ne travaille à satisfaire, pas un malheur qu'elle ne s'efforce de réparer : elle pénètre sous l'humble toit du malade, et va lui porter les soulagements et les remèdes; elle prend sous son autorité l'enfance, lui enseigne les éléments des sciences et les fondements des devoirs ; elle forme aux travaux la jeunesse, lui montre les arts, l'instruit à éviter la misère ; elle dote la pudeur indigente, et prévient les dangers de la séduction ; elle descend jusque sous ces voûtes redoutables qu'a creusées la justice, délivre le débiteur opprimé, console, rassure l'innocence soupçonnée ; elle étend sa main bienfaisante même sur le criminel, et l'invite au repentir en lui prodiguant ses Lorsque tout l'abandonne, elle seule lui reste; quand la société le rejette, elle l'appelle dans son sein ; elle le suit jusque sur l'échafaud et, sous la main rengeresse qui punit ses forfaits, elle le soutient encore par ses espérances.

secours.

LA LUZERNE.

PENSÉES, MAXIMES. On n'est point un homme d'esprit pour avoir beaucoup d'idées, comme on n'est pas un bon général pour avoir beaucoup de soldats.

Il faut des années de repentir pour effacer une faute aux yeux de l'homme : une seule larme suffit à Dieu.

Voulez-vous qu'on dise du bieu de vous ? N'en

dites pas.

On ne meurt jamais trop tôt, quand on ne vit que

pour soi.

La vérité est comme la rosée du ciel ; pour la conserver pure, il faut la recueillir dans un vase pur.

La gloire ne peut être où la vertu n'est pas.
Si les hommes font les lois, les femmes font les

meurs.

Les principes reçus dans l'enfance ressemblent à ces caractères tracés sur l'écorce d'un jeune arbre, qui croissent, qui se développent avec lui, et font partie de lui-même.

Quiconque n'a pas de caractère n'est pas un homme: c'est une chose.

Entre un penseur et un érudit, il y a la même différence qui se trouve entre un livre et une table des matières.

Ceux qui s'appliquent trop aux petites choses deviennent ordinairement incapables des grandes.

Les réputations mal acquises se changent en mépris.
Les grandes pensées viennent du cour.
Tout est tentation à qui la craint.

Le plus malheureux de tous les hommes est celui qui croit l'être, car le malheur dépend moins des choses qu'on souffre, que de l'impatience avec laquelle on augmente son malheur.

QUATRIÈME PARTIE.

FRAGMENTS DE COMÉDIES.

66

Je ne

SCÈNE TIRÉE DU GRONDEUR.” Le Grondeur. Bourreau ! me feras-tu toujours frapper deux heures à la porte ? .

Le Valet. Monsieur, je travaillais au jardin : au premier coup de marteau j'ai couru si vite que je suis tombé en chemin.

Le G. Je voudrais que tu te fusses rompu le cou, double chien ; que ne laisses-tu la porte ouverte ?

Le V. Eh ! Monsieur vous me grondâtes hier à cause qu'elle l'était. Quand elle est ouverte vous vous fâchez; quand elle est fermée, vous vous fâchez aussi. sais plus comment faire.

Le G. Comment faire ? comment faire ? infâme !

Le V. Oh! çà, monsieur, quand vous serez sorti, voulez-vous que je laisse la porte ouverte ?

Le G. Non.
Le V. Voulez-vous que je la tienne fermée ?
Le G. Non.
Le V. Cependant, monsieur
Le G. Encore ? tu raisonneras, ivrogne ?
Le V. Morbleu ! j'enrage d'avoir raison.
Le G. Te tairas-tu ?

Le V. Monsieur, je me ferais hacher; il faut qu'une porte soit ouverte ou fermée : choisissez, comment la voulez-vous ?

Le G. Je te l'ai dit mille fois, coquin ! Je veux... je la... Mais voyez ce maraud-là. Est-ce à un valet à me venir faire des questions ? Si je te prends, traître ! je te montrerai bien comment je la veux... As-tu balayé l'escalier ?

Le V. Oui, monsieur, depuis le haut jusqu'en bas.

Le G. Et la cour ?

Le V. Si vous y trouvez une ordure comme cela, je veux perdre mes gages.

Le G. Tu n'as pas fait boire la mule ?

Le V. Ah ! monsieur, demandez-le aux voisins, qui m'ont vu passer.

Le G. Lui as-tu donné l'avoine ?
Le V. Oui, monsieur ; Guillaume y était présent.

Le G. Mais tu n'as point porté ces bouteilles de quinquina où je t'ai dit?

Le V. Pardonnez-moi, monsieur, et j'ai rapporté les vides.

Le G. Et mes lettres, les as-tu portées à la poste ? Hein ?

Le V. Peste ! monsieur, je n'ai eu garde d'y manquer.

Le G. Je t'ai défendu cent fois de racler ton maudit violon ; cependant j'ai entendu ce matin ....

Le V. Ce matin ? Ne vous souvient-il pas que vous me le mîtes bier en mille pièces ?

Le G. Je gagerais que ces deux voies de bois sont

encore....

Le V. Elles sont logées, monsieur. Vraiment, depuis cela, j'ai aidé Guillaume à mettre dans le grenier une charretée de foin, j'ai arrosé tous les arbres du jardin, j'ai nettoyé les allées, j'ai bêché trois planches, et j'achevais l'autre quand vous avez frappé.

Le G. Oh !... il faut que je chasse ce coquin-là ; jamais valet ne m'a fait enrager comme celui-ci: il me ferait mourir de chagrin... Hors d'ici ! BRUÉYS.

SCÈNES DU MARIAGE FORCÉ, COMÉDIE. [Les hommes sont quelquefois la dupe des conseils qu'ils demandent, parce qu'ils n'en veulent que de conformes à leurs propres sentiments.] SGANARELLE, parlant à ceux qui sont dans sa maison.

Je suis de retour dans un moment. Que l'on ait bien soin du logis, et que tout aille comme il faut. Si

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