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de sensations nouvelles, sont mieux gravés dans notre souvenir

que

les conversations et les lectures. En lisant les seules biographies qui révèlent le cæur humain, je veux dire les mémoires, les confessions, ou les lettres originales des hommes célèbres, on trouve toujours quelques vestiges des souvenirs de l'enfance : et les passages qui les retracent sont presque toujours les meilleurs de l'ouvrage. On évoque avec délices ce monde qui nous charmait : on se complaît dans ces vives peintures d'un temps d'innocence et d'illusions.

J'ai passé ma première enfance dans la maison d'un charpentier, en face d'une église Gothique, dont les murs étaient crénelés. La petite place qui séparait la maison de l'église était le théâtre de mes jeux. On l'appelait le Cloître. J'y vais souvent tout seul, au coucher du soleil ; je m'assieds sur le banc de pierre en face de l'église. Là, je contemple, avec un plaisir d'enfant, les hirondelles qui tournent autour de la place, et vont se précipiter dans les trous des créneaux, pour en repartir incessamment, et tracer dans le ciel des cercles noirs et sans fin. Je ne puis démêler ni peindre tout ce que j'éprouve en ce lieu solitaire.

Mais je rattache à ces premières impressions de mon enfance le goût de la solitude et des rêveries mélancoliques, goût et rêveries qui ne m'ont jamais abandonné, même aux époques les plus heureuses de ma vie. Le vol deshirondelles me raconte je ne sais quels voyages enchanteurs. Ces murs bleuâtres, marbrés de mousse couleur de rouille, ces vitraux noircis, ces sombres créneaux, cette place déserte, où l'herbe croît entre les pavés, n'ont sans doute d'attraits que pour moi. J'y rêve de Dieu, de mon père, d'espérance et d'immortalité. C'est là que je voudrais une retraite contre le bruit, un refuge contre la persécution, une solitude contre les douleurs de l'âme.

Il semble que le lieu du plus ancien souvenir soit comme un point de départ, pour repasser la vie écoulée. Mais je m'aperçois que je cède moi-même au charme des premières impressions. Il est si naturel, en étudiant l'enfance, de se reporter à ses jeunes années ! Où l'on cherche des leçons, on rencontre des fleurs, qui réjouissent encore le vieil âge.

ABEL DUFRESNE.

DE LA VÉRITÉ.
Vérité, beau fleuve
Que rien ne tarit !
Source où tout s'abreuve!
Tige où tout fleurit !
Lampe que Dieu pose
Près de toute cause !
Clarté que la chose

Envoie à l'esprit !— V. Hugo. Le premier besoin, comme le premier bien de l'homme, c'est la vérité : oui, vérité dans la religion qui, en nous donnant des idées hautes et pures de la Divinité, nous apprend à lui rendre des hommages dignes d'elle : vérité dans la morale, qui trace leurs devoirs à toutes les conditions sans rigorisme comme sans mollesse ; vérité dans la politique qui, en rendant l'autorité plus juste et les sujets plus soumis, sauve les gouvernements des passions de la multitude, et la multitude de la tyrannie des gouvernements ;

vérité dans les tribunaux, qui fait pâlir le vice, rassure l'innocence, et amène le triomphe de la justice ; vérité dans l'éducation qui, mettant en accord les doctrines et la conduite, fait que les instituteurs ne sont pas moins les modèles que les maîtres de l'enfance et de la jeunesse ; vérité dans les lettres et les arts, qui les préserve de la contagion du mauvais goût, des faux ornements comme des fausses pensées : vérité dans le commerce de la vie, qui, en bannissant la fraude et l'imposture, fait la sûreté commune. Vérité en tout, vérité avant tout : voilà, au fond, ce que cherche, par les désirs secrets de son ceur, le genre humain tout entier ; tous les peuples ont compris que la vérité est utile, et que le mensonge est nuisible.

Et, en effet, lorsque les véritables doctrines sont universellement enseignées, qu'elles ont pénétré dans les caurs, qu'elles animent toutes les classes de la société, si elles n'arrêtent pas tous les désordres, elles auront du moins l'avantage d'en arrèter un grand nombre. Elles seront fécondes en sentiments généreux, en actions vertueuses, et l'on sentira que la vérité est pour le corps social un principe de vie. Que si, au contraire, l'erreur sur des choses capitales vient à dominer dans les esprits, surtout dans ceux qui sont appelés à servir de guides et de modèles, elle les égarera, les jettera dans de fausses routes, et en corrompant les pensées, les sentiments, et les actions, elle deviendra un principe de dissolution et de mort.

Depuis un siècle surtout, quel choc d'opinions opposées parmi nous ! que de systèmes renversés par d'autres systèmes ! que de paradoxes révoltants ! Et l'histoire religieuse, politique, et littéraire de la France, qu'est-elle autre chose, depuis cent ans, que l'histoire du combat de toutes les erreurs contre toutes les vérités ? Combat soutenu d'abord par la plume et plus tard par le glaive, et dont l'issue fut pour un temps la destruction apparente de la religion et de la monarchie. Une chose qu'il faut bien remarquer, c'est que tous les combattants, le sectaire comme l'orthodoxe, le sophiste comme le philosophe, l'impie comme le chrétien, le démagogue comme le défenseur du trône, tous faisaient profession de marcher sous les drapeaux de la vérité ; et ceux qui étaient armés contre elle se seraient regardés comme vaincus, s'ils eussent reconnu qu'ils étaient enrôlés sous les bannières du mensonge.

FRAYSSINOUS.

L'EXISTENCE DE DIEU PROUVÉE PAR L'ORDRE ET LES

BEAUTÉS DE LA NATURE.
Oui, c'est un Dieu caché que le Dieu qu'il faut croire,
Mais tout caché qu'il est, pour révelcr sa gloire,
Quels témoins éclatants devant moi rassemblés !
Répondez, cieux et mers, et vous, terre, parlez !

L. RACINE. Qu'il est grand, qu'il est beau, le spectacle que présente la nature ! Et qui de nous peut rester indifférent à cet ensemble de merveilles dont elle ne cesse de frapper nos regards ? Même parmi les athées en est-il un seul qui n'en soit quelquefois profondément ému, et qui, dans ces moments où les passions sont plus calmes, où la raison semble briller d'une lumière plus pure, ne soit effrayé de ses propres systèmes, et, par un sentiment plus fort que tous les sophismes, ne soit, comme malgré lui, rappelé à l'être souverain, qu'il n'est pas plus en notre pouvoir de bannir de la pensée que de cet univers ? Nous bornant à parler ici de ces choses qui, pour être senties, ne demandent ni science, ni pénibles efforts, et qui malheureusement nous frappent d'autant moins qu'elles nous sont plus familières, quel enchaînement de phénomènes merveilleux, si propres à nous élever jusqu'à la Divinité, n'offre

pas

le monde planétaire auquel nous appartenons ! ces globes lumineux qui, depuis tant de siècles, roulent majestueusement dans l'espace, sans jamais s'écarter de leur orbite, ni se choquer dans leurs révolutions ; ce soleil suspendu à la voûte céleste, comme une lampe de feu, qui vivifie toute la nature, et se trouve placé à la distance convenable pour éclairer, échauffer la terre, sans l'embraser de ses ardeurs ; cet astre qui préside à la nuit avec ses douces clartés, ses phases, son cours inconstant et pourtant régulier, dont le génie de l'homme a su tirer tant d'avantages : cette terre si féconde, sur laquelle on voit se perpétuer par des lois constantes une multitude d'êtres vivants, avec cette admirable proportion des deux sexes, de morts et de naissances, qui fait qu'elle n'est jamais déserte ni surchargée d'habitants ; ces mers immenses, avec leurs agitations périodiques et si mystérieuses ; ces éléments qui se mélangent, se modifient, se combinent de manière à suffire aux besoins, à la vie de cette multitude prodi. gieuse d’êtres qui sont si variés dans leur structure et leur grandeur ; enfin ce cours si réglé des saisons qui reproduit sans cesse la terre sous des formes nouvelles ; qui, après le repos de l'hiver, la présente successivement embellie de toutes les fleurs du printemps, enrichie des moissons de l'été, couronnée des fruits de

l'automne, et fait ainsi rouler l'année dans un cercle de scènes variées sans confusion, et semblables sans monotonie ; tout cela ne forme-t-il pas un concert, un ensemble de parties, dont vous ne pouvez détacher une seule sans rompre l'harmonie universelle ? et, de là, comment ne pas remonter au principe, auteur et conservateur de cette admirable unité, à l'esprit immortel qui, embrassant tout dans sa vaste prévoyance, fait tout marcher à ses fins avec autant de force que de sagesse?

FRAYSSINOUS.

EFFICACITÉ DE LA PRIÈRE. QUAND vous avez prié, ne sentez-vous pas votre cour plus léger et votre âme plus contente ?

La prière rend l'affliction moins douloureuse, et la joie plus pure : elle mêle à l'une je ne sais quoi de fortifiant et de doux, et à l'autre un parfum céleste.

Que faites-vous sur la terre, et n'avez-vous rien à demander à Celui qui vous y a mis ?

Vous êtes un voyageur qui cherche la patrie. Ne marchez point la tête baissée : il faut lever les yeux pour reconnaître sa route.

Votre patrie, c'est le ciel ; et, quand vous regardez le ciel, est-ce qu'en vous il ne se remue rien ? est-ce que nul désir ne vous presse ? ce désir est-il muet ?

Il en est qui disent: A quoi bon prier ? Dieu est trop au-dessus de nous pour écouter de si chétives créatures.

Et qui donc a fait ces créatures chétives ? qui leur a donné le sentiment, et la pensée, et la parole, si ce n'est Dieu ?

Et s'il a été si bon envers elles, était-ce pour les délaisser ensuite et les repousser loin de lui ?

En vérité, je vous le dis, quiconque dit dans son ceur que Dieu méprise ses æuvres, blasphème Dieu.

Il en est d'autres qui disent : A quoi bon prier Dieu ? Dieu ne sait-il pas mieux que nous ce dont nous avons besoin ?

ou

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