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de sections qui envoient des députés à Paris pour savoir des nouvelles de la santé de Robespierre. Ailleurs encore, c'est une société-mère qui le conjure de joindre à ses efforts les rares talens que la divinité lui a départis , pour consolider le grand cuvre de la régénération française. Partout, même prostitution d'encens, de væux et d'hommages. Par-tout, chacun est prêt

verser son sang pour sauver les jours de Maximilien. Qu'importe la convention, qu'importe la république, que Robespierre vive, vive Robespierre ! voilà le væu général, le cri de ralliement de toutes les som ciétés , ou du moins de presque toutes les sociétés populaires.

Du sein de ces hommages collectifs s'élève encore le nuage formé par la vapeur de l'encens des particuliers. Ici, c'est l'incorruptible Robespierre qui couvre le bere ceau de la république de l'égide de son éloquence. Là, le vertueux Robespierre ese surnommé le ferme appui et la colonne inébranlable de la république.

Ailleurs, tant la flatterie est stupide, on n'a fait connoissance qu'avec ses tas

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lui

lens , on veut fuire connoissance avec ses verlus. Ailleurs encore , après avoir porté son éloquence aux cieux, on le qualifie d'homme eminemment sensible , humain si bienfaisant.

Vient ensuite un original âgé de quatre, vingt-sept ans , qui se glorifie d'avoir vécų assez longuement pour ayoir vu dans Robespierre le Messie annoncé par l Etera nel pour réformer toutes choses. Un autre barbon, aussi imbécille que le premier , croyant faire un compliment au tyran, annonce qu'il a une ressemblance, par le physique, avec le bienfaiteur de l'humanité et qu'il s'en réjouit tous les jours. D'autres Jui demandent la permission de donner le prénom de Robespierre à leurs enfans , comme autrefois on leur donnoit le nom d'un saint ; enfin, pour tețminer une nomenclature qui dureroit éternellement si nous rapportions la milième partie des niaiseries insipides dont on berçoit ce grand homme , nous finirons par citer la dernière phrase d'une lettre qui lui étoit écrite par un fanatique d'Amiens. « Robespierre, tu me refuseras pasà un de tes plus yrais amis lę

plaisir de te voir, de te contempler ; ah! procures-moi cet avantage. Je veux rassasier mon cæur et mes yeux de res traits ; et mon ame électrisée de toutes ces vertus, rapportera chez moi une étincelle de ce' feu dont tu embrậses tous les répu. blicains. Tes écrits le respirent, je m'en nourris, mais permets-moi de te voir »,

Voilà pourtant, voilà quelle étoit l'influence du tyran ; voilà quelle force armée, quelle masse imposante il pouvoit mouvoir à son gré. Il eut peur, et la France fut sauvée. Plus il approchoit du moment décisif, plus il se faisoịt borreur à lui-même, plus il trembloit que son projet n'échouar; s'il n'eût pas craint la mort , il la donnoit à tous. En matière de conspiration, il ne faut pas délibérer pour réussir. Robespierre parla , il devoiç agir. Ses discours, feux du paralitique Couthon à qui la nature ayoit prescrit de végéter sur une chaise ou dans un lit , quelques mouvemens d'amour-propre que le tyran n'avoit pas sų, dissimuler, tout vint éveiller à la fois lą jalousie de ses collègues du comité qui, de spuţiens qu'ils étoient d'une puissance

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commune à tous, devinrent ennemis jurés, d'une puissance qui n'étoit plus que personnelle à Robespierre.

Ce qui acheva de le perdre , ce fut la terreur qu'il avoit portée dans les ames et qui retomba sur la sienne ; juste châtiment des tyrans ! son caractère sombre, prenoit chaque jour une teinte plus imgubre ; ses yeux perits er ternes se rougirent de taches sanglantes. Son teint se mélaugea de la liveur de l'envieux et de la pâleur du criininel ; l'assassin de la patrie ne rêva plus qu'assassinats. Son sommeil étoit celui de Néron; son réveil, celui de Néron encore. Il n'eût point eu assez des douze palais de Cromwel pour échapper à lui-même, pour échapper à cette furie invisible qui le poursuivoit sans relâche et quisous ses fouets sanglans , faisoit tournoyer son cæur féroce. Ceux qui l'approchoient le glaçoient d'effroi, les gardes donc il se faisoit escorcer ne le rassuroient point; et comme tous les écrits qui lui étoient'adressés ne renfermoient pas des louanges, mais quelquefois des avis ou des injures, il frissonnoit en décachecane ses lettres,

aux

Insensible pour les voluptés qu'il avoit d'abord savourées avec ivresse , s

sourd louanges uniformes de ses courtisans, effrayé de sa solitude au milieu d'un nombreux cortége, ses pensées ne lui offroient, qu'un hideux avenir. Ne voyant plus autour de lui

que

des morts ou des mourans , n'ercendant que le cri des victimes, que la voix souterraine des tombeaux qui l'appe. loit , et croyant sentir déjá, comme le taureau qui va tomber à l'autel, le

de hache qui l'attend, Robespierre ne respire plus, ne s'agite plus que pour repousser ce coup ; furieux, il erre, ainsi qu'une bacchante frappée du thyrse, au milieu des complices de ses crimes, il les empoisonne de ses fureurs ; dans son lit, à la tribune de la convention, à celle des Jacobins, par-tout il ne voit que des spectres livides qui lui présentent un poignard, qui agitent des serpens autour de lui ; par-tour effrayé, haletant sous le poids du remords, il s'écrie: On veut m'assessiner, j'épuiserai la coupe de Socrate, j'abandonne mes jours.... ec cet abandon de la vie, n'esc dans la bouche du lache, qu’un regret de

coup

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