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regardoit comme martyr de la liberté, dans le Panthéon destiné aux grands hommes , qu'elle devoir être attaquée , violée, er entièrement massacrée. Les torches triomphales du jeune Viala, vont devenir les torches funèbres des représentans du peyple ; et quand ce coup hardi aura été exécuté, un autre non moins audacieux , non moins nécessaire à l'affermissement de są puissance dictatoriale, doit avoir lieu sous peu de tems; c'est de distribuer des terres à une partie des habitans des fauxbourgs de Paris, d'éloigner de la capitale, ces habitans, donel'immense population est tou. jours dangereuse , et de réduire Paris à uq tiers de son enceinte.

Faire changer les propriétés de main venir à bout d'anéancir la moitié de la population de la France , abattre les comités de gouvernement, égorger toute la convention pour régner seul, en s'envi, ronnant d'un perir sénat , dont les places auroient été confiées à ses sicaires affidés į quelles ressources physiques et morales a donc ce brigiind forcené, pour mettre à fin une entreprise aussi inquie? Ses reş

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sources physiques sont immenses ; ses ressources morales sont heureusement nulles, et c'est-là ce qui doic sauver la France. Robespierre a pour lui les Jacobins de Paris et les citoyens des tribunes, qui jouts nellement viennent l'applaudir dans ce tripot politique entièrement dévoué à ses ordres absolus. Il a pour lui la commune de Paris , dont les officiers municipaux vendus à ses fureurs , sont présidés par Payan et par le maire de Paris Fleuriot Lescot , successeur de Pache, qui lui sonë également dévoués ; il a pour lui cous les assassins parentés qui composent le tribunal révolutionnaire de Paris ; présidens, accusateurs publics, juges , jutés, tous ces bourreaux lui obéissent au premier signal, et sont nommés par lai. Il a pour lai plusieurs membres du comité de salut public, qui sont instruits de tout ce qui se passe dans les comités de gouvernement, et qui contrecarrent tout ce que les autres membres de ees comités pourroient tenter pour déjouer Robespierre ; il a pour lui la multitude parisienne, decoutumée à le re garder comme un dieu, et à se prosteine

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à son aspect, comme un esclave se prosterne à la vue d'un sultan ; il a pour lui la force armée de Paris, commandée par l'immende Henriot, qu'il a arraché de la guillotine pour en faire son garde - du- corps , cet Henriot qui , peu de jours avant la fête de Viala , désignée pour assassiner les dépurés, écrit en ces termes à Fleuriot Lescor, qui lui avoit recommandé de bien disposer les conjurés : « Camarade , tu seras content de moi et de la manière dont je m'y prendrai ; va, les hommes qui aiment la patrie s'entendent facilement pour faire tourner tous leurs pas au profit de la chose publique. J'aurois voulu et je voudrois que le secret de r'OPÉRATION fût dans nos deux têtes, les méchans n'en sauroient rien. Ainicié , fraternité, con frère, le général HENRIOT. Il a pour lui les élèves du Camp de Mars, campés sous les murs de Paris , qui ne connoissent dans la France que la convention, dans la convention que Robespierre, que l'on a tirés de tous les départemens ,

er que l'on avoit habillés et organisés à la manière des Ro. mains, pour les rendre aussi étrangers que

possible possible aux Parisiens, dont on réservoit Sans doute le massacre à leurs bras égarés.

Robespierre avoit encore pour lui cette immense popularité qui enchaînoit tous les départemens à son chiar: si le coup réussissoit dans la capitale , on le proclamoit, dans les départemens, dictateur, protecteur, régulateur, ou dieu , d'autant plus facilement qu'on n'y connoissoit plus que lui, que les autres membres des comités de gouvernement paroissoient ne rien être sans Robespierre , que la majeure partie des représentans en mission et qui torturoient les provinces, sembloient né tenir feur mission que de Robespierre, ne para loient que de lui, et trembloient même er prononçant son nom. Des aggregations coupables , disséminées sur tout le sol de la république , s'empressoient de lui faire respirer, de toutes les parties de la France, l'encens criminel qu'elles brûloient en son honneur. C'étoit à qui enivreroit l'idole ;' sociétés populaires , tribunaux, comités révolutionnaires , journaux, tout venoic s'agenouiller devant le dieu qui lançoit læ foudre. Des milliers de fanatiques irreli Tome XII.

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gieux ne semblèrent avoir chassé de leurs temples les dieux qu'ils adoroient depuis tant de siècles, que pour se prosterner devant le nouveau dieu Maximilien. :: Ici, c'est une société qui n'ose offrirà la convention le tribut de ses idées , sans Je soumettre d'abord au tyran et lui demander son assentiment (1). Là , c'en est une autre qui a pris pour mot d'ordre le nom de Robespierre, comme Joseph Lebon, proconsul à Arras, a pris le mot Pillage. Là encore, ce sont les membres d'une autre société qui rendent grâces à l'Éternel, de ce qu'il a pris Robespierre sous sa protection, lorsque Cécile Renaud vouloi attenter à ses jours.

Ailleurs ce sont des sociétés populaires

(1) Par quelle incompréhensible fatalité, par quel bouleversement d'idées faut-il que par-toui , dans le tems de ce regne de terreur, on s'agenouille devant le crime en lui prodiguant le nom de la vertu ? La peur ! la peur! voilà la source du mal. Robespierre fut, de nos jours, une de ces divinités infernales qu'on encensoit jadis , et auxquelles on immoloit des hommes, dans l'espoir d'éviter leurs coups.

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