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fateurs, défenseurs et jurés parrivres ? »

Le coup étoit à bout portan: : le sycophante Couthon prend la parole : « Toutes ces propositions, dit-il, ne permettent plus au comité de garder le silence; on hous accuse d'avoir voulu nous réserver le privilége de traduire, de notre autorité privée, les députés au tribunal révolutiontionnaire ; quelle absurde et atroce calomnie! On nous accuse de vouloir usurper la domination, nous qui abhorroos l'idée seule d'une autre domination que celle du peuple ! Eh! quels seroient donc aujourd'Eui les scélérats assez inserisés pour prétendre à une puissance individuelle ? s'il en Existoit dans le comité, croyez que ce ne seroit pas vous qui auriez l'honneur d'en faire justice. Je ne prétends pas faire révo. quer le décret rendu hier ; mais le considéo tant qui le précède est offensant pour le tomité de salur public. Aujourd'hui encore on fait une chicane sur un mot, oni demande ce que c'est que dépraver les meurs ; on craint les abus : eh ! les jurés n'ont-ils pas une conscience ? Je demande que vous frappiez toutes ces proposition's

du juste dédain qu'elles méritent. Bourdon de l'Oise. Eh quoi ! veut-on nous faire un crime de nos inquiétudes, peut-être mal placées ? ga'ils sachent les comités de gouvernement, que s'ils sont patriotes nous le sommes comme eux. J'estime Cou. thon , j'estime le comité de salut public, mais j'estime aussi l'inébranlable Montagne qui a sauvé la liberté. Robespierre. Ce n'est pas par d'éternelles rétractations, ce n'est pas par des discours qui, sous les apparences de l'accord et du patriotisme, concourant au systême si souvent interrompu et si souvent repris, de diviser la représentation nationale , que l'on peut justifier ses démarches ; étoit-ce bien le moment de demander ce que c'est que dépraver les mæurs, quand les plaies faites à la morale publique par les Chabot, les Hébert, les Danton, les Lacroix saignent encore ? Le préopinant a cherché, dans la discussion, à séparer le comité, de la Montagoe. C'est une intrigue qu'il faut étouffer dans sa naissance : Oui, montagnards, vous serez toujours le boulevard inébranlable de la liberté publique, mais yous

D'avez

!

n'avez rien de commun avec les intrigans et les pervers, quels qu'ils soient , avec ces méprisables hypocrites qui veulent se faire chefs de parti. - Bourdon de l'Oise. Je n'ai jamais voulu me faire chef de parti; je demande

que l'on prouve ce qu'on avance; on dit assez clairement que je suis unscélérat. Robespierre. Je n'ai pas nommé Bourdon, malheur à qui se nomme lui-même. Bourdon de l'Oise. Je défie Robespierre de prouver que.... - Robespierre. Mais s'il veut se reconnoître au portrait que l'on m'a forcé de vous tracer il n'est pas en mon pouvoir de l'en empêcher ; il faut dire ici un trait qui prouve que tout ce que nous avons die n'est pas chimérique ».

Ici Robespierre fait le narré d'une disa pute qui avoit eu lieu depuis quelques jours entre Tallien er des couriers du coinité de salut public que ce député avoir traités d'espions vendus aux comités de gouvernement. Tallien , sans chercher à se disculper , rétablit les faits dans leur exactitude et rectifie sans crainte et assez duremene, des erreurs sciemment avancées

par

Robesa pierre sur cette circonstance.

Tome XII, 3. Part. Еe

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Robespierre. Trois cents témoins ont va et entendu ce que je rapporte; vous dem vez juger maintenant, citoyens représentans, de quoi sont capables ceux qui soutiennent le crime et le mensonge; il est aisé de prononcer entre les assassin's et les victimes. -Billaud de Varennes. La convention ne peut pas rester dans la position ou l'impudeur atroce vient de la jeter. Tallien a menti impudemment ; je demande que la convention ouvre enfin les yeux sur les hommes qui veulent l'avilir et l'égarer. Ces paroles font trembler une partie de ceux qui s'étoient mis en avant, et Charles La croix retire lui-même la proposition qu'il avoic faite et demande l'ordre du jour sur l'interprétation de ces paroles : dépraver les mours.

Bien que d'après cette larte, le décret n'en existâc

pas

moins dans toute sa plénitude, le coup étoit porré, il n'y avoit plus à reculer. En vain Robespierre ne menaçoic qu'une partie de la Montagne ; comme cette partie ne se trouvoit pas totalement désignée, chacun trembloit pour soi, Ros bespierre et les comités de gouvernement prolongèrent le moment de leur vengeance, ce fut ce qui les perdic ; ils donnèrent à la Montagne le tems de se railier, de se parler , er dès lors l'anéantissement de l'exécrable gouvernement fut juré, au lieu que si ces scélérats, aussi expéditifs dans cette circonstance qu'ils l'avoient été dans les autres , eussent, dès le soir même, fait arrêter Bourdon , Tallien, Charles Lacroix et Ruamps, et les eussent placés sous la hache révolutionnaire, le , thermidor seroit peut-être encore à éclore, ou du moins eût été retardé de quelque tems, et le sang eût continué de couler.

Robespierre, qui étoit aussi lâche qu'il étoit sanguinaire, n'a su se décider que dans quelques momens importans; s'il eût coujours eu de la hardiesse, peut-être aujourd'hui seroit-il tout-puissant ; mais , pour faire un grand coup, il falloit qu'il s'y prît de longue main et qu'il commençat par remporter une victoire sur lui-même avant que de remporter une victoire sur ses rivaux; il étoit véritablement un nain

politique, qui pouvoit avoir quelques vues, e mais que cent mille circonstances avoient

Eez

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