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toires nationales , je cius m'apercevoir que j'écois suivi par deux happe-chair , dont les chuchoremens ne dénoroient rien de bon, c'est lui , disoit l'un d'eux, c'est bien lui, disoit l'autre : je double le pas, je tourne une rue, et j'entre chez le particulier ou j'avois de l'argent à recevoir. Mais je suis à peinc au premier étage , qu'une femme, que je reconnus pour être la cuisinière de l'individu chez lequel j'allois me présenter, me fir signe de ne pas avancer , et s'appro. chant à petit bruit, me dit tout bas

que son maître étoit arrêté depuis plus de six mois,

daris le moment actuel on lévoit les scellés, ce qui ne signifioit rien de bon pour lui, et qu'également il n'étoit pas bon pour moi de me présenter dans la maison, au moment où l'on faisoit cette pec: quisition.

» Je descendis quelques marches, et malgré l'avis de cette femme, je me détermivai à garder ce poste, jusqu'à ce que la nuit fût venue , et que les espions qui étoient à ina piste ne pussent me reconnoître pendant le trajet qui me restoic à faire pour gagner mon hôtel. Mais mon étoile en dé:

et que

tout mon

coeur

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cida autrement, j'entendis descendre les brise-scellés , et sans plus songer aux mous chards que j'avois à mes trousses, en deur sauts je fus en bas de l'escalier , en trois secondes dañis mon hôtel ou j'entrai brusquement, sans avoir osé tourner la tête pour savoir si j'écois encore suivi.

* Mon hôtesse témoigna de la joie de me revoir, et je lui en sus si bon gré, que, sans autre préliminaire , je l'embrassai de

elle me le rendit de même, en poussant un profond soupir , ah ! quel siècle , me dit-elle. -Madame cela ne peut pas durer un siècle, l'arc est trop tendu. Je la priai de m'indiquer la chambre qui m'étoit destinée, elle m'y conduisit, m'alluma du feu, et pendant qu'elle arrangeoit mon lit , elle me donna un journal lire, c'étoit une feuille du Père Duchesne'; cet écrit ne respiroit que le carnage et l'athéïsme. Ah! brigands, m'écriai - je s vous pouvez m'ôter la vie, et le peu que je possède ; mais m'ôter mon espoir en la divinité, cela n'est point en votre puis* sance. A peine mon hôresse fut-elle parties que je ne précipite à genoux , et prie diell avec une ferveur que je n'avois jamais éprouvée.

? Ce n'étoit pas le malheur, ce n'étoit pas la douleur qui dans ce moment me rapprochoir de l'Être suprême ; mon passeport écoit visé, j'allois repartir le lende main, j'allois revoir ma femme et mes enfans, je jouissois d'avance de ce plaisir déJicieux ; j'écois heureux enfin , et c'étoit le bonheur qui m'arrachoit des larmes de reconnoissance. L'infortune rapproche de la divinité, et la consolation que la piété nous procure dans ce moment, est une véritable jouissance; mais il est une jouissance bien plus délicieuse encore, c'est celle que l'on éprouve quand on est dans la prospérité , et que le sentiment de notre bonheur est si vif que, ne pouvant le contenir en nous-mêmes nous en faisons hommage à Dieu ; rien n'égale cette élévation d'ame, elle purifie ce que le bonheur des autres a d'insultant pour ceux qui souffrent, et nous sature d'une félicité interne donc n'appro.cbent point toutes les jouissances terrestres. Je dormis profondément. 50 Mon hôtesse qui vouloit que je ré

parasse

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pas au

Parasse la nuit de la veille, ne m'éveillå que tard ; et l'on inertoit les chevaux à la diligence, quand j'arrivai au bureau des voitures. J'entrai cependant pour piyer ma place , il n'y en avoir plus dans la diligence , mais il en restoit ute sur l'impériale ; quelque incommode et dangereuse qu'elle fût, je la pris er m'en emparai au moyen d'une échelle qu'on me prêta pour ỹ grimper ; tout ce que je voulois, c'étoit de sortir de Paris, mais je n'

n'érois bout de mes angoissés:

» A peine eus-je priš possession de ma place, que le même commissaire qui m'avoit fait descendre la veille de voiture me demanda à voir mon passe-pore , après avoir examiné celui des autres; je le lui jetal à terre , parce qu'il voulut m'éviter la peine de descendre, et je ne croyois pas être obligé de quitter mon poste, lorsqu'il me signifia de nouveau que je n'étois pas en règle; mais voyez la signature des membres du comité, lui dis-jė. -- Je la voig bien, me répliqua-t-il, je ne suis pas aveugle, mais cela ne suffit pas ; outre la signature du comité, il faut encore le visa

Tome XIX,

et la signature de la commune ; ainsi descendez. La diligence partit une seconde fois sans moi. J'écois furieux ; comme j'avois payé deux fois ma place inutilement, j'entrai dans le bureau pour réclamer mon argent , on le garda, en me disant que c'étoit ma faute si je n'écois pas en règle ; j'ajoutai qu'on pouvoit bien , sans se gêner beaucoup, avertir les étrangers de toutes ces formalités ; on me répliqua que le bureau des messageries n'étoit point un bureau d'avis, et que c'étoit à moi à connoitre l'arrêté de la commune , qui défendoit aux employés des diligences de donner aucune place dans leurs voitures à ceux qui n'auroient pas un passe - port visé de la commune, encore bien qu'il le fût

par mités révolutionnaires.

Je courus à la commune ; le lieu ou l'on visoit les passe-ports n'étoit point encore ouvert, mais il étoit déjà assiégé par une multitude de citoyens qui , rangés à la file pour passer chacun à leur tour, attendoient que l'on ouvrît. Après une faction de crois heures sans désemparer , dans la crainte de perdre mon tour , je fus admis dans la

les co

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