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l'image importune que leur offroient des victimes luttant avec les armes victorieuses de la raison, contre des bourreaux imp!acables qui vouloient les égorger à quelque prix que ce fût.

A peine le décret qui autorisoit le jurià cesser l'instruction du procès dès qu'il se croircit suffisamment instruit, fut-il rendu, que le juré Antonelle , membre de cet exécrable tribunal, demanda que ce tribusal déclarât qu'il étoit suffisamment instruir. En vain les accusés réclamèrent contre certe formalité horrible ; en vain ils représentèrent qu'on n'avoit entendu aucuns témoins à décharge, que plusieurs d'entre eux n'avoient

pas

même été nominés dans l'instruction du procès, qu'on ne pouvoic les condamner sans les entendre: ces cris furent inutiles, l'arrêt de mort fut prononcé.

Valazé, l'un d'eux, se poignarda aussifô: dans la salle et tomba mort aux pieds de ses collègues. Brissot, Vergniaud, Gensonné, Lasource, 'Foofrède, Sillery, Ducos, Carra, Duperrer , Gardien, Duprat, Fauchet, Beauvais, Ducharel, Mainvielle, Lacaze , Lehardi, Boileau , Antiboul et

B

Vigée furent conduits le lendemain å l'e chafaud : les autres coaccusés, se doutant du sort qui les attendoit, s'étoient sonstraits au supplice par la fuite. Lë féroce Fouquier , voulant tourmencer ses victimes jusqu'au dernier instant de leur existence, fic ordonner que le cadavre de Valazé se. roit conduit, traîné au lieu du supplice dans la même charrette que les condamnés, pour être enseveli avec eux.

Si ces malheureux eurent, dans le court intervalle de l'instruction de leur procès, la foiblesse de vouloir échapper à la mort par des réponses qui ne furent pas toujours dignes d'eux, leur jugement fut à peino prononcé qu'ils reprirent toute leur énergie et leur courage : le cri de vive la répu. blique fut unanime dans leur bouche, leurs derniers væux furent pour le bonheur de leur patrie ; ils passèrent la nuit à philoso, pler er le lendemain 'marchérent à l'échafaud avec l'héroïsme qui naîc d'une conso cience sans reproche et cecre fierté qu'inspire l'amour de son pays

à

un martyr de la liberté.

D'Orléans, transféré de Marseille à Paris,

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et auquel on avoit rendu commun l'acte d'accusation dressé contre Vergniaud et consorts , subit la peine de mort peu de tems apres. Son procès s'instruisir sans bruit; aucuns de ceux qui avoient jadis secondé ses vues ne se soucièrent de remuer pour prendre sa défense ; ils furent fartés au contraire que la procédure er l'instruction du procès fussent de courte durée, afin d'ensevelir dans l'oubli les preuves de leur complicité. D'Orléans fut à peine arrivé à la Conciergerie, qu'il parut au tribunal ré-. volutionnaire et fut de-là au supplice. Il vit bien qu'il étoit sacrifié par ceux qui jadis avoient été ses prôneurs; il dédaigna de les

compromettre par des aveux qui auroient

pu

les écraser, s'ils eussent été faits publiquement, et mourut avec plus de courage er de fermeté qu'on ne devoit en attendre d'un homme qui jusqu'alors avoit sali son existence par des bassesses er des lâchetés. Le peuple l'insulta généralement dans le trajet qu'il fir de la Conciergerie à la place de la Révolution; chacun le vit périr avec satisfaction, parce qu'on le regardoit comme une des causes principales

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des horreuis qui avoient existé et qui existoienr encore , et qu'on ne lui pardonnoit pas d'avoir , à la convention , vocé la more de Louis XVI son parent. Une justice à rendre à la convention et qui doit trouver ici sa place, c'est qu'au moment où d'Orléans vora la mort de Louis , il partir de la majorité de l'assemblée et de la totalité des tribunes, un bruit unanime , un bourdonnement sourd qui déroroit l'indignation qu'inspiroit une conduite aussi affreuse.

Peu de tems après cette exécution, celle de la femme de l'ancien ministre Roland ëut lieu ; elle mourut en héroïne. GireyDuprey, collaborateur de Brissot et jeune .homme d'une grande espérance, transféré de Bordeaux à Paris , fut immolé quelques jours après; rien n'égala sa tranquillité, sa grandeur d'ame en allant au supplice. Rabauc-Saint Étienne monta ensuite sur l'échafaud: déclaré traitre à la patrie, mis hors la loi, il s'étoit retiré chez des amis généreux où il fut découvert par la trahison d'un ouvrier qui avoit aidé à fabriquer l'asyle dans lequel il étoit caché. Rabaut étoit un homme du plus grand mérite , un des fondateurs de la liberté ; sa femme qui le chérissoit , ne voulant point survivre à la

perte d'un époux adoré, se donna la Dort de sa propre main , et, pour comble de barbarie, le tribunal révolutiondaire envoya ani supplice les amis de Rabaur, par la seule raison qu'ils lui avoient accordé un asyle dans le moment où il étoit persécuré.

Qu'on juge, d'après un pareil exemple, si les victimes pouvoient échapper aux bourreaux ; on frappoit de mort les citoyens vertueux qui offroient une retraite à l'innocence persécutée; la sensibilité, la bienfaisance étoient des crimes irréinissibles. Etoit-il étonnant que celui qui étoit désigné au fer assassin , ne pût se soustraire au coup qui le menaçoit , puisque le premier devoir d'un être généreux dévoué à la mort, devoit être de nedemander un asyle à personne, dans la crainte d'exposer la vie de ceux qui l'auroient recélé? Nous avons été témoins d'un fair qu prouve jusqu'à quel point la terreur, qui paralysoit la France à cette époque, rétréfissoit , froisseit le cour des citoyens , et

B

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