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des protestations dont il s'agit ; l'article 4 du décret , rédigé et sollicité par Amar, porta seulement que ces signataires seroient niis en état d'arrestation dans une maison d'arrêt et les scellés apposés sur leurs pa• piers.

Vergniaud et ses autres collègues,contre lesquels on venoit de rendre un décret d'accusation, furent donc aussi-tôt traduies devant le tribunal révolutionnaire qui avoit ordre de les égorger avec le fer des loix. Nous ne parlerons point de leur acte d'accusation, il nous suffira de dire qu'on leur chercha des crimes, et que ceux sur lesquels on insista le plus, fut d'avoir voulu transformer la Fiance en républiques partielles, d'avoir voulu la fédériliser et d'avoir été cause par-là de l'effusion du sang qui couloit ou étoit prêt à couler dans les départemens depuis la journée du 2 juin.

Les teinoins à charge contre ces députés, parmi lesquels on comptoir Héberr, Chaumetre, Desfieux et les représentans Duhem, - Fabre d'Églantines et Chabot avoient presque tous été leurs accusateurs dans le prin. cipe ; plusieurs des accusés se défendiregi

avec tant de chaleur et de vérité, que l'audisoire , quoique renforcé de Jacobins et d'hommes à la dévotion des meneurs,

fut un moment attendri; la conviction de leur, innocence faisoit des progrès sur la multi-. tede; la commune et les Jacobins en furent alarmés , ils craignirent que les premiers fondateurs de la république n'échapassent

20x bourreaux et ne reprissent leur ascen. 1 dant premier. Marat avoit été arraché par

le peuple au tribunal; le même peuple, et à plus juste titre, pouvoit arracher la Gironde au supplice ; et quelles suites ce triomphe n'eût-il pas eues contre les anar. chistes! On se hâta donc de prendre des mesures pour que les accusés ne pussent se soustraire au coup qui les menacoit.

Comme l'instruction se continuoir et qu'on ne vouloit pas qu'elle allât plus loin, Hébert se chargea d'abord d'empêcher que les journalistes qui rendoient compte de ce qui se passcit au tribunal révolution. naire, insérassent, dans leurs feuilles, la vérité des faits et l'énergie des défenses des accusés. En conséquence Hébert dénonça les journalistes aux Jacobins , coming

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'vendus à la Gironde, et il fur convenu , dans une des séances de cette société, qu'on députeroit au comité de sûreté générale de la convention, pour solliciter l'arrestation de tous les journalistes contrerévolutionnaires(c'étoit là le moc baonal) qui avoient rendu compte, d'une manière infidèle, des débats du tribunal révolutionnaire, dans l'affaire de Brissoč et consorts ; on arrêta de plus, dans la même séance, quecinq commissaires jacobins assisteroient désormais aux séances du tribunal révolu. cionnaire er en feroient imprimer l'extrait; précaution infâme, qui n'avoit d'autre but que de charger les faits qu'on impuroit aux accusés et d'atténuer ou tronquer leurs réponses à ces inculpations.

On ne s'en tint pas là ; pour couper court plus vire à ces débats qu'on redou. toit , parce que, chaque jour, la défense des accusés devenoit plus lumineuse, ces mêmes Jacobins trouvèrent plus expedient de faire demander leurs têtes à la convention; en conséquence une députation prise dans leur sein se présente à la barre, et un nommé Audouin, gendre du maire Pache,

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sions que

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bi portant la parole , s'exprime ainsi : ce Vous

avez créé un tribunal révolutionnaire charTigé de punir les conspirateurs ; nous pen.

l'on verroit ce tribunal, dénonne çant le crime d'une main et le frappant de

l'autre , mais il est encore asservi à des Dit formes qui compromettent la liberté.

Quand un coupable ése säisi commettant un assassinat, avons-nous besoin de compter les coups qu'il a donnés pour être convaincus de son forfait ? Eh bien ! les délits

des députés sont-ils plus difficiles à juger? e be n'a-t-on pas vu les crimes du fédérálisme?

Des citoyens égorgés, des villes détruites,
voilà leur attentat. Pour que ces monstres
périssent, attend-t-on qu'ils se soient noyés
dans le sang du peuple? Le jour qui éclaire
un crime d'état ne doit

pas
luire
pour

les di conjurés. Vous avez le maximum de l'opi

nion , frappez. Nous vous proposons : 1°. de débarrasser le tribunal révolutionnaire des formes qui étouffent leur conscience ; 2°. d'ajouter une loi qui donne aux jurés

la faculté de déclarer qu'ils sont assez insche

fruits ; alors les traîtres seront déçus, et la terreur sera vraiment à l'ordre du jour,

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Telles furent les propositions de ces Jacobins, qui furent aussi-tôt transformées en loix sur la motion de Robespierre appuyée par Barrère.

Le président du tribunal eut lui-même l'impudence de soutenir la députation des

Jacobins par une lettre, dans laquelle il marquoit à la convention, que les accusés vouloient éterniser leur procès, en faisant chacun une plaidoirie générale : cc La France entière , disoit ce monstre

dans son abominable épître, la France entière accuse ceux dont nous instruisons le procès, les preuves de leurs crimes sont évidentes , chacun a dans son ame la conviction qu'ils sont coupables : le tribunal pourtant ne peut rien faire , il faut qu'il suive la loi ; c'est à la convention à faire disparoître toutes les formalités qui entra. vent sa marche »,

Les væux de ce tribunal de tigres furene exaucés par le décret rendu sur la députa. cion des Jacobins dont nous venons de rendre compte, et en condamnant sans! forme de procès les accusés qui étoient devant eux, ils se hâtèrent de se débarrasser.

de

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