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BIOGRAPHIE GÉNÉRALE

DEPUIS

LES TEMPS LES PLUS RECULÉS

JUSQU'A NOS JOURS,

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Les éditeurs se réservent le droit de traduction et de reproduction à l'étranger,

175195

BIOGRAPHIE

GÉNÉRALE

DEPUS LES TEMPS LES PLUS RECULÉS JUSQU'A NOS JOURS.

* DANS ( Adolphe), poëte néerlandais, mort, Il tirait son surnom d'un village situé dans le en 1636. Ona de lui : Oratio de laudibus Eliza. environs de cette ville. Envoyé à Paris pour y faire betha, reginæ Angliæ; Leyde, 1619, in-4°; ses études classiques, il habita successivement - Poemata; accessit vita Elizabethæ, Anglo- plusieurs colléges de la capitale. Suivant ses rum reginæ ; ibid., 1636, in-12 ( ouvrage pos biographes, il passa du collége de Lisieux à celui thome).

du Plessis; pois à celui des Grassins. Mais proAdelung, Sapplément à Jocher, Allgem. Gelehr.-Lex. bablement, dans cette énumération, ils ont oublié

DANSSBOI D'ANSSE DE VILLOISON (Jean-Bap- le collége d'Harcourt; car c'est dans ce dernier tiste-Gaspard), célèbre helléniste français, né à établissement qu'il connut le père de l'auteur de Corbeil, le 5 mars 1750, mort à Paris, en 1805(1). cet article, et forma avec lui cette liaison d'ami

ordinaire de la nos als était probablement Co. 285; t. V,

(1) Badsse ou D'Ansse de Villoison était originaire d'Espagne. Un de ses ancêtres, nommé Miguel de Ansso, vint en France, à la suite de la reine Anne d'Autriche, dont 11 était Papothicaire. Son noin, en passant dans la langue française, fut orthographié de plusieurs manières. On le trouve écrit dans les mémoires du temps, d'Ancé, Dancé, D Ance, Danse, Dansse. Dans les Historiettes de Talemant des Réaux t, v, p. 24), on lit Hanse, et ailleurs ( t. VI, p. 114 ) Hanssè. Mais je crois que dans ces passages il faut reconnaitre une faute de copiste et écrire Dansse ou D' Ansse. Sa femme était femme de chambre d'Anne d'Autriche, et, comme dit De La Porte (Mémoires, p.293 ), elie entrait au prie-Dieu de S. M. et avail grande part à sa familiarité ; en sorte que le crédit dont elle jouissait finit par porter ombrage au cardinal Mazarin. Suivant le même écrivain (p. 226 ), « Mme de Hautefort ayant voulu, comme elle faisait autrefois, entrer au prie-Dien de la reine, Mme Dansse lui dit de la part de S. M. qu'elle sortit, et que la reine ne voulait voir personne avec elle à cette heure-là ». A l'époque des troubles de la Fronde, Mme Dansse, qui était liée avec plusieurs des principaux frondeurs, perdit la confance de la reine, et fat complétement disgraciée (Mem. de Mme de Mottevillé; Lettres de Guy Patin à Ch. Spon). Mais, suivant toute apparence, elle ne tarda pas à recouvrer l'affection de cette princesse et à remplir de nouveau la place qu'elle avait occupée auprès d'elle : car dans son testament (Mémoires de Motteville, t. VI, p. 326 ) Anne d'Autriche légua à chacune des demoiselles de Niert, Varenne, do Bocher, Braquemont, Dance et Daubry, ses femmes de chambre ordinaires, la somme de 10,000 livres, et au sieur Dancé, apothicaire de son corps, 10,000 livres, Suivant le témoignage de Dacier (Mémoires de l'Institut, 1815, p. 354), Miguel de Ansso, en récompense de ses longs services, avait obtenu des lettres de naturalisation et de confirmation de

NOUV. BIOGR. GÉNÉR, — T. XIII,

son ancienne noblesse. Son ils (Jean) Juf fut adjoint, et lui succéda dans la charge qu'il occupait à la cour. Après la mort de Miguel de Ansso, sa veuve habitait dans la maison des Quinze-vingts (Tallemapt, t. VI, P. 166). Elle avait auprès d'elle sa Alle, femme de chambre de la reine, et épouse d'un nommé Patrocle, écuyer ordinaire de la même princesse (De La Porte, Mémoires, P. 175). On de ses fils était probablement cet abbé Danse dont parle Bussy-Rabutin (Lettres, t. 1. p. 285; t. V, P. 274, 280 ). Il avait été d'abord membre de la congrégation de l'Oratoire, et obtint du cardinal Mazarin un canonicat de la Sainte-Chapelle. Suivant la tradition, c'est lui que Boileau, dans son Lutrin, a désigné sous le nom da chanoine Évrard; ce qui n'empêchait pas qu'il ne fût intimement lié avec le célèbre poëte, dont il avait tenu une nièce sur les fonts de baptême.

Les petits-fils de Miguel de Ansso embrassèrent la pro. fession des armes. L'un d'eux, capitaine de dragons, fut tué à la bataille de Hochstedt (M. Dacier, tom. I). L'aieul paternel de M. de Villoison, qui occupait dans la hiérarchle militaire une position distinguée, avait contracté un mariage d'inclination, en épou sant une très-jolie personne, mais qui n'appartenait pullement à une famille de gentilshommes. Son fils, père du savant qui fait l'objet de cette notice, resta dans la carrière militaire autant de temps qu'il lui fallait pour obtenir la croix de SaintLouis. C'était un homme franc, loyal, qui attachait peu d'importance à la culture des lettres. 1 avait peine à concevoir comment son fils s'était écarté de la route que lui avaient tracée les exemples de sa famille, et comment cette déviation l'avait conduit à une renommée européenne, dont il semblait partager peu le prestige, Une branche de cette famille, sous le nom de Danse, est depuis longtemps établie dans la ville de Beauvais, où elle occupe encore aujourd'hui nne position très-honorable.

Letter

l'affectoute

tié qui se prolongea tout le temps de leur vie. Lexique d'Apollonius il a pris soin de consigner Le jeune Villoison se distingua par un goût les étymologies d'un grand nombre de inots passionné pour la littérature, surtout pour la grecs, dont il va chercher les origines dans la langue grecque, une mémoire prodigieuse et langue hébraïque. Ce genre de travail, auquel une ardeur infatigable pour le travail. Dans les dans un âge plus mûril attachait beaucoup moins concours universitaires, il obtenait chaque année d'intérêt, témoigne de la ferveur de son zèle pour les premiers prix, principalement ceux de ver des connaissances qu'il venait récemoment d'acsion grecque et de vers latins. Une seule fois quérir. L'ouvrage parut 'en 1773, et forme deux la palme de la composition grecque lui échappa; volumes in-4®. L'Académie des Inscriptions et mais ce fut par la faute des examinateurs, qui Belles-Lettres, qui s'était fait rendre compte d'un s'en rapportèrent trop à une version latine. Dans fruit si étonnant d'érudition précoce, s'était une autre circonstance, on avait donné pour sujet hatée, l'année précédente, d'appeler dans son sein de la composition latine une versiou extraite de l'éditeur, qui n'était alors âgé que de vingt-deux l'Histoire naturelle de Pline, et remplie d'expres ans. Comme une pareille distinction était sans sions techniques ainsi que de mots qui ne se exemple dans les fastes de cette société, elle dut trouvent pas dans les lexiqucs ordinaires. Les | solliciter du roi Louis XV une dispense, qui fut concurrents, pour la plupart, reculèrent devant accordée dans les termes les plus honorables. ces difficultés, et n'essãyèrent pas même une Silon en croit Chardon de La Rochette, Villoison lutte qui leur paraissait impraticable. Le jeune entreprit, en l'année 1775, un voyage dans lequel Villoison ne se laissa nullement effrayer par une il parcourut la Hollande, une partie de l'Allematâche si épineuse. Il aborda de front les ob- gne, et surtout la Saxe. Mais j'avoue que je n'ai stacles que lui offrait la matière. Il traduisit tout, trouvé aucune trace de cette prétendue excursans hésiter, sans passer un seul mot, et le prix sion; tout me porte à croire que cette assertion lui fut décerné par acclamation. On a peine à repose sur une méprise, et que notre savant à concevoir jasqu'à quel point, dans un åge encore l'époque dont il s'agit n'avait pas quitté Paris, et tendre, il avait acquis une connaissance appro- encore moins la France. En 1778 Villoison publia fondie des meilleurs écrivains grecs et latins. une édition grecque et latine du roman de DaphJe lui ai souvent entendu dire qne dans le cours nis et Chloé, composé par le sophiste Longus; it de ses études classiques, et avant de quitter le accompagnà cet ouvrage d'un long'et savant comcollége, il avait lu quinze fois les odes de Pindare. mentaire. Toutefois, on doit remarquer un fait qiri En sortant de ses classes, il suivit, au Collége de a besoin d'explication. Dans la préface, l'éditeur France, les leçons de Capperonier, professeur de annonce que son travail offrira de nombreuses grec. Poursuivant avec un zèle passionné, explications et conjectures, que lui avaient sugune ardeur insatiable, les travaux auxquels il gérées les hellénistes de l'Europe tès plus céleavait voué sa vie, déployant, à peine dans l'ado. bres, avec lesquels il entretenait une docte corlescence, les talents et l'érudition qui auraient respondance; et cependant ces observations, honoré un homme blanchi dans les études les annoncées avec tant d'éclat, ne sont pas en fort plus profondes, il conquit bientot l'estime de grand nombre. Mais il faut savoir que, dans l'intous ceux qui le connaissaient, 'et acquit une tention du savant éditeur, son commentaire devait véritable célébrité. Voulant mettre en pratique le avoir une bien plus grande étendue. Un libraire précepte de Perse:

estimable, M. De Bure, s'était chargé de publier Scirc trum nihil est, nisi tescire luc sciat alter, l'ouvrage. Le texte, avec la version latine, était il était empressé de communiquer au public déjà imprimé. Villoison avait remis les notes qui savant un premier fruit de ses doctes veilles. concernaientles premiers chapitres, et qui, dit-on, Par le conseil d'un profond érudit, le Suédois auraient formé un volume entier. Le libraire, Biarpstæbl, il choisit pour objet de ses recherches épouvanté de l'extension qu'avait prise ce travail, le Lexique d'alpollonius sur Flomère, qui était et craignant que cette surabondance d'érudition, conservé dans un seul manuscrit appartenant à en augmentant la valeur commerciale du livre, ne la bibliothèque de l'abbaye de Saint-Germain-des nuisît à son débit, s'adressa à l'un des confrères de Prés. Non content de copier avec une exacti Villoison, M. Larcher, et le conjura d'engager son tude scrupuleuse un 'texte gréc hérissé d'abré ami à resserrer son commentaire dans les limites viations, il l'accompagna d'une version latine, que réclamait impérieusement l'intelligence du de commentaires et de protégomènes qui an- texte, et à réserver pour une autre occasion cette nonçaient une vaste et solide érudition. A cette masse d'observations, sans doute fort utiles pour époque, et guidé par les leçons du même savant, la philologie grecque, mais dont l'abondance anil s'était livré à l'étude de l'hébreu, du syriaque, rait pu nuire au succès matériel du livre. Villoison de l'arabe, ét avait fait dans ce genre de travail céda, bien à regret sans doute, et se contenta de des progrès rapides, qui excitaient au plus haut | joindre au texte environ 300 pages de commenpoint l'admiration de son docte maitre. Sans taires. L'année qui précéda cette publication, Vildoute Villoison, absorbé par sa passion pour le loison avait acquis la connaissance d'un savant grec, négligea beaucoup, par la suite, ces con- éminemment distingué. Wyttenbach était venu naissances accessoires; mais dans ses notes surle faire un voyage à Paris, pour collationner les ma: nuscrits de la Bibliothèque du Roi. Il se propos important manuscrit, et de le mettre sous présse. sait alors de publier une édition complète et Durant son séjour à Venise, il se délassait de critique de toutes les oeuvres de Plutarque. Villoises laborieuses recherches en allant passer une son annonçait ( Animadvers., p. 4) ce travail partie de ses soirées dans les réunions où se troucomme devant bientôt paraître : « Cui præ- vait rassemblée la plus brillante société, et vů stantissimam et omnibus numeris absolutan il était accueilli avec le plus vif empressement. Plutarchi editionem mox debebimus. ) Mal- Ce fut à cette époque qu'il prit pour la littérature heureusement de nombreux obstacles retardèrent | italienne ce goat passionné qu'il a conservé toute la marche de cette vaste entreprise; et bien des sa vie (1). années après cette époque les Euvres morales Villoison avait été invité par le duc de Saxe. sedles ont vu le jour, accompagnées seulement Weimar à se rendre à sa cour. Il accepta avec d'une partie du comanentaire qu'avait promis l'il cmpressement cet honorable appel, et séjourna lustre philologue.

quelque temps auprès du duc, qui le combla de Villoison avait contracté un mariage parfaite- témoignages de bienveillance. Voulant reconment assorti , qui devait faire le bonheur de sa naftre à sa manière la brillante hospitalité dont il vie. Il venait d'épouser Mlle Caroline de Neu avait été l'objet, il adressa à ses illustres hôtés des kart, native de Pithiviers. Cette jeune personne lettres latines, dans lesquelles il passait en revue réunissait à toutes les qualités qui font l'orne- | quelques-uns des trésors littéraires qu'il avait rent de son sexe une connaissance approfondie trouvés dans la bibliothèque du palais de Weide la langue grecque et bien d'autres talents, mar. L'ouvrage parut à Zurich, sous le titre de : qu'elle cachait avec le plus grand soin. Chari Epistolæ Vinarienses, in-4°, 1783. M. Dacier, table au dernier point, elle faisait souvent enlever avec sa verve un peu épigrammatique, s'est égayé de sa table un plat délicat, et le faisait porter à sur l'idée qu'avait eue le sávant helléniste d'aune pauvre famille. Pleine d'habileté dans la con dresser une lettre fiérissée de grec à une princesse duite des affaires, elle était parvenue à aug. qui, dit-il, ne se piquait pas de savoir le latin et menter de beaucoup les revenus de sa maison. encore moins le grec. Mais, comme l'a fait obVilloison aimait tendrement son intéressante com server Chardon de La Rochette, la duchesse de pagne ; mais, par malheur, il ne put pas jouir Saxe-Weimar, par l'étendue et la profondeur de longtemps du bonheur qu'il trouvait auprès ses connaissances, était parfaitement digne de red'elle. Après quelques années de mariage, domine cevoir un présent de ce genre et capable de l'appár sa passion pour la langue grecque, il sollicita précier. Villoison, à la suite de ces voyages, était de et obtint, en 1781, la permission d'aller à Venise retour à Paris, lorsqu'une imprudence peu excuaux frais du roi pour faire dans la Bibliothèque sable le compromit assez gravement à l'égard d'un de cette ville des recherches savantes, qui pro ami et d'un confrère. Le baron de Sainte-Croix, mettaient d'importants résultats. Il séjourna trois qui était alors absent de Paris, en 1784, le pria années dans cette ville, s'occupant avec ardeur de surveiller l'impression de ses Recherches sur de compulser les manuscrits et d'en extraire les Mystères du Paganisme. Il accepta votous les morceaux inédits qui avaient rapport à lontiers cette tâche; mais il comprit mal ses foncla littérature grecque. Il en composa deux volumes tions d'éditeur. Il ajouta à l'ouvrage de son ami in-4°, qui parurent à Venise, sous le titre d'A quantité de notes, dans lesquelles il modifiait ou necdota græca. Le premier, comme on sait, se contredisait les assertions de l'auteur. Enfin, il compose de l'Ionia de l'impératrice Eudocie; le | inséra au milieu de l'ouvrage une dissertation lasecond renferme une quantité prodigieuse de tine sur la théologie des stoïciens. Ce morceau, fragments, plus ou moins longs, d'auteurs grecs, complétement inutile, et qui formait dans un ousurtout de grammairiens, de scoliastes. Il avait vrage français un véritable hors-d'auvre, coupait aussi découvert une portion d'une version grec d'une manière désagréable l'ensemble du travail que de la Bible, différente de celle des Septante. de l'auteur. M. de Sainte-Croix fut outré de ce

en publia plusieurs livres à Strashourg en qu'il appelait une infidélité, et réclama vivement 1784, et y joignit une préface savante et de cour sur 02 sujet par une lettre insérée dans le Jourtes notes. Il envoya la copie du Pentateuque à l nal des Savants. Tous ses amis, qui étaient en un habile helléniste, Ammon, qui se chargea de le

(1) En parlant habituellement la langue italienne, il faire imprimer; l'ouvrage parut, en 3 vol. in-8°,

avait, comme on peut croire, et sans y penser, adópté l'an 1790. Mais une découverte qui excita chez l'accent de Venise et les idiotismes particuliers à cette Villoison et dans toute l'Europe savante un véri ville. Une petite anecdote achèvera de démontrer table enthousiasme fut celle d'un manuscrit gree

combien, après une interruption d'un grand nombre

d'années, il avait, à son insú, conservé le caractère du de illiade, copié dans le dixièrne siècle, et offrant langage qu'il avait durant plusieurs années parlé d'une avec les obèles et autres signes inventés par les manière exclusive. Au commencement de ce siècle,

Villoison, se rendant à la campagne, rencontra dans l'avegrammairiens de l'école d'Alexandrie une masse

nue de Neuilly un bataillon de soldats napolitains. Il considérable de scoliés extraites des ouvrages de

s'approcha d'eux, et engagea avec eux une longue conses anciens critiques. A la vue dece trésor, si pré versation en langue italienne. Au moment où ils allaient cieux pour la philologie grecque, Villoison fut au

se séparer, ces braves gens lui dirent : « Monsieur, vous

ne pourriez pas renier votre patrie : vous êtes vraiment comble de la joie. Il s'empressa de copier cet | Italien de nation, et natif de Venise. »

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