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an âne, un renard, ou un chêne et un roseau. C'est ne pas comprendre la pensée et le dessein du génie qui créa cette “ comédie à cent actes divers.” Il ne veut pas qu'on traite ses fables comme des badineries. « Elles ne sont telles qu'en apparence, dit-il ; car, dans le fond, elles portent un sens très-solide. Et, comme par la définition du point, de la ligne, de la surface, et par d'autres principes très-familiers, nous parvenons à des connaisances qui mesurent enfin le ciel et la terre, de même aussi, par les raisonnements et les conséquences que l'on peut tirer de ces fables, on se forme le jugement et les moeurs, on se rend capable des grandes choses."

Ne voir que des animaux et des badineries dans La Fontaine, c'est faire tort au poëte, comme font tort à Rabelais ceux-là qui ne cherchent dans son ouvre puissante qu'un amusement(honteux) L'auteur de Gargantua et de Pantagruel nous enseigne comment lire les maîtres quand il dit dans son prologue :

“Il faut soigneusement peser ce qui est déduit dans le livre. (Alors vous connaîtrez que la drogue qui y est contenue est bien d'autre valeur que ne promettait la boîte. C'est-à-dire, que les matières y traitées ne sont

) pas aussi folâtres que le titre le prétendait. ... N'avezvous jamais vu un chien rencontrant un os à moelle ? c'est, comme dit Platon, la bête la plus philosophe du monde.) Si vous l'avez vu, avez pu 'noter avec quelle dévotion il guette l'os, avec quel soin il lo garde, avec quelle ferveur il le tient, avec quelle affection il le brise, avec quelle diligence il le suce .... quel bien prétend-il obtenir ? Rien de plus qu'un peu de

vous

moelle. Il est vrai qu'un peu de cet aliment est plus délicieux qu'une grande quantité de tous les autres."

Pour conduire les élèves à ouvrir la boîte de La Fontaine, comme Rabelais voulait qu'on ouvrît la sienne, pour leur inspirer le désir de briser l'os et de sucer la moelle, j'ai appelé devant eux des immortels et de grands contemporains, comme Horace, Euripide, Plutarque, Shakspeare, Molière, Montaigne, La Bruyère, Emerson et Béranger. Placés au vestibule du temple, ils élèveront la pensée du lecteur des fables, et le prépareront à entrer dignement dans le sanctuaire du fabuliste.

Aux professeurs qui font usage de mes autres ouvrages, je conseille d'introduire La Fontaine dans les classes après les Causeries avec mes élèves, ou après les Petites causeries. Peut-être trouveront-ils utile aussi de le mettre sur leur programme à côté des Entretiens sur la grammaire. Quant aux écoles qui n'ont pas encore adopté les Causeries, elles pourront employer les Fables dans leur enseignement le jour où leurs élèves seront en état de les comprendre. La Fontaine est de tous les auteurs français celui qui initie le mieux les étrangers au génie de la langue française. Aucun établissement d'instruction n'est trop élevé pour le recevoir sur son programme. Les étudiants des Colléges y trouveront un riche aliment pour leur esprit et les plus hautes leçons de l'art et du goût.

Puisse mon travail contribuer à faire connaître et aimer de la jeunesse américaine le plus charmant poête de France ! NEW YORK, le 1 juin 1877.

L. S.

FABLES

DE

LA FONTAINE.

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