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fures dont le dessin était tracé, ces couleurs qu'on trouvait, pour ainsi dire, toutes préparées et assorties sur la palette de ces grands peintres. L'amour des Sciences plus répandu parmi les Hommes de Lettres, dut aussi faire universellement adopter l'exemple donné par Voltaire d'associer les images de la Poésie aux grandes idées de la Physique. Enfin la connaissance des poètes anglais que ce grand hoinme nous avait apportée de son voyage dans leur île, devait attirer l'attention de nos poètes sur les scènes de la vie champêtre et les grands tableaux de la nature. De ces trois causes réunies naquit un goût général pour les descriptions poétiques. De même que Newton et Loke, Thompson eut ses imitateurs. Malheureusement il n'y avait de imiter dans Thompson que des détails, et l'on voulut encore imiter sa composition; et au lieu de se borner à répandre plus de descriptions dans les poèmes, plus de coloris dans les descriptions, d'une suite de descrip tions on voulut faire un nouveau genre de poème: c'est ce qu'on a depuis si improprement appelé le Poème descriptif. Comme s'il pouvait y avoir une sorte de poème out

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l'on dût ne décrire jamais! Comme s'il devait en être une où il fallût décrire toujours !

L'action imprime aux compositions épiques ce caractère d'unité que doivent avoir les diverses parties d'un même tout. Dans le poème didactique, les préceptes remplacent l'action ; ils ont leur suite comme elle a sa marche : ils'exigent un plan et un but. Mais quand on ne veut que décrire, on s'accoutume à tracer des tableaux sans cadre, et le plan est compté pour rien. Dans cette suite de peintures qui , n'étant point dirigées vers un but principal, ne sauraient être bien coordonnées entre elles, les préparations deviennent moins nécessaires et plus difficiles, et les transitions se réduisent à des arrangemens de mots : alors les détails s'enrichissent, et l'art de la composition dépérit toujours plus. On ne s'en tient pas là longtems. Comme on n'a, pour attacher le lec

ni l'intérêt de l'action, ni l'utilité des Préceptes, son attention, qu'on ne peut fixer par l'ensemble, on veut l'attirer du moins sur chaque détail : ainsi le goût des détails même se corrompt: il faut sans cesse surprendre, éblouir; on court après les effets; on

teur,

tourmente sa pensée, ses tours, ses images; on change la grâce en afféterie, et l'on brillante ses couleurs.

Telles sont les suites malheureuses que pourrait avoir, parmi nous, la Poésie descriptive, si l'on continuait à s'y livrer aveuglément. Mais avant de dégénérer à ce point, elle aura fécondé notre langue poétique ; elle

aura préparé des couleurs à celui qui, réunissant la poésie morale telle qu'elle est dans nos grands maîtres , à la poésie descriptive telle qu'elle aurait dû toujours être chez leurs successeurs,

osera tenter encore un nouveau poème épique dans cette langue énergique et pompeuse, mais qui peut-être n'avait pas encore essayé toutes ses forces quand le génie de Voltaire l'enrichit d'une Épopée. (1)

(1) J'ose du moins affirmer que les amis de la gloire nationale ne parleront jamais sans reconnaissance d'un genre à qui notre Littérature doit ce Poème des Saisons, où les images physiques, il est vrai, s'unissent aux idées morales, et quelques autres poèmes descriptifs si l'on veut, mais auxquels l'adresse des poètes a su conserver souvent le caractère didactique, même en le remplaçant plus fréquemment encore par toutes les séductions du talent.

L'époque de cette révolution dans notre langage poétique remonte à une traduction célèbre, qu'il ne m'est pas permis de louer mais que je ne puis passer sous silence , puisqu'elle tient le premier rang parmi les productions de ce genre difficile, et dont la gloire appartient sans partage au dix-huitième Siècle. Les grands écrivains du règne de Louis, satisfaits d'imiter les Anciens dans des ouvrages de génie , abandonnaient à des mains vulgaires la tâche moins profitable de les traduire ; et des savans, plus laborieux qu'habiles, fidèles au sens de l'original sang l'être jamais à son caractère, en reproduisant sa pensée, ne songeaient pas même à reproduire son style, ses tours,

son harmonie ses images, enfin tout ce qui imprime à la pensée le genre d'esprit de l'auteur. Ils translataient du même ton les Épigrammes de Catulle et les Cathégories d'Aristote. Dans le dix-huitième siècle, au contraire, les talens les plus distingués n'ont pas dédaigné le travail des traductions. On s'est pénétré de l'esprit de son modèle; la grâce à lutté contre la grâce, et l'énergie contre l'énergie. Les Poètes, les Philosophes, les Historiens de l'Antiquité, ont trouvé des inter

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prètes fidèles : et les meilleurs écrivains modernes ont été traduits dans notre langue, sans perdre le caractère qu'ils avaient su donner à la leur.

Si la France s'enrichissait alors des livres les plus estimables dont se glorifiait l'Europe, la France, à son tour, enrichissait l'Europe, non-seulement de ses livres , traduits dans toutes les langues, mais de sa langue elle même et de sa Littérature , qu'on voyait, pour ainsi dire, y fonder des colonies. C'est une distinction bien honorable au dix-huitième siècle, qu'on ne puisse acheyer le Tableau de la Littérature française à cette époque, sans porter ses regards hors de la France. On sait quels ouvrages français ont illustré des plumes étrangères. Quand je pourrais oublier parmi eux, le meilleur Comique de l'Italie, ce Goldoni qui parut avec honneur sur notre Scène après avoir enrichi et réformé celle de sa Nation ; quand je pourrais oublier le savant M. de Paw , et ses recherches profondes sur l'Amérique , sur la Chine, sur les Égyptiens et les Grecs ; pourrais-je oublier aussi ce Roi conquérant et législateur, qui parut vouloir inettre au rang

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