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» dans ses manières et sage dans ses dis» cours ; craignant toute sorte d'ambition, » même celle de montrer de l'esprit (1) Ce portrait si simple et si aimable, est-ce celui de La Bruyère , est-ce celui du philosophe dontil nous fait la peinture au sixième chapitre de ses Caractères ? La ressemblance est frappante ; on ne saurait s'y tromper. Ce rapprochement est curieux : il en résulte évidemment que le philosophe des Caractères est La Bruyère lui - même, et qu'il s'est montré dans son livre aux regards de la postérité, tel qu'il était ou paraissait être aux yeux de ses contemporains. .

ou la

Entrez chez ce philosophe ; « vous le trou» verez sur les livres de Platon, qui traitent » de la spiritualité de l'ame. » plume à la main pour calculer les distances » de Saturne et de Jupiter. ..... Vous lui » apportez quelque chose de plus précieux » que l'argent et l'or si c'est une occasion » de vous obliger..... Le manieur d'argent,

(1) Histoire de l'Académie, par l'abbé d'Olivet, t. II, p. 232. Paris, 1930.

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» l'homme d'affaires est un ours qu'on ne » saurait apprivoiser ; on né le voit dans » sa loge qu'avec peine.. L'homme de » lettres, au contraire,.... est vu de tous » et à toutes les heures; ......

... il ne peut » être important et il ne le veut point » être (1) ». Ne serait-ce point' ce passage qu'avait particulièrement en vue le successeur du philosophe à l'Académie française lorsque, attestant ses collégues qui l'avaient connu de plus près, La Bruyère, assurait-il, en fesant les caractères des autres parfaitement exprimé le sien (2). N'y retrouvons - nous pas, en effet, celui qu'on nous représente comme n'ayant d'autre ambition que de vivre tranquillement avec des amis et des livres ?

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Quant au bon choix qu'il sut en faire, c'étaient , pour les livres , les anciens, j'en

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(1) La Bruyère, chap. VI, Des Biens de fortune. Voyez tout le paragraphe dont on ne donne ici que la substance.

(2) Discours de réception de l'abbé Fleuri. - Recueil des Harangues prononcées par MM. de l'Académie française, seconde édition, Paris, 1714, tome III.

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tends ceux qu'adopte pour maîtres quiconque est appelé à le devenir : et c'étaient, parmi les modernes, pour ses livres comme pour ses amis, ceux qui ressemblaient aux anciens : C'étaient les Boileaux , les Racines les Molières, les La Fontaines ; cet éloquent Bossuet qui l'appela , jeune encore , auprès du duc de Bourbon, pour lui enseigner l'histoire, et ce Malézieu plein de goût, dont il estimait les avis, et qui fut le confident des premiers travaux de Voltaire.

Si l'on en juge par le discours du successeur de La Bruyère à l'Académie française, les collégues de cet homme illustre avaient déploré sa perte comme celle d'un ami, frappé presque entre leurs bras, par une mort surprenante et prématurée. Ces paroles sont très - remarquables. On n'ignore point que l'auteur des Caractères avait blessé dans son livre un grand nombre d'Académiciens. Comme Boileau', plusieurs raisons (1) semblaient l'exclure de l'Académie,

(1) Discours de réception de Boileau à l'Académie française.

où il n'a siégé que trois années. Serait-il vrai que dans

un tems si court, l'habitude de le voir , une connaissance plus intime de son caractère eût suffi pour dissiper des préventions intéressées , calmer les ressentimens, et lui concilier tous les cours ? S'il est ainsi, quel autre témoignage voulonsnous de son caractère ? Un changement si prompt et si rare ne suppose-t-il pas à-lafois, et les vertus qui commandent l'estime, et ces qualités aimables qui rendent la vertu douce et l'estime bienveillante ?

Tel se montre en effet La Bruyère, et, ce qu'il ne faut pas oublier, dans un ouvrage tout satirique. La politesse, l'urbanité, toutes les vertus sociales y sont peintes avec amour , et avec moins d'esprit encore que de complaisance. Le cachet de l'homme aimable ou du vertueux citoyen est empreint sur chaque page du philosophe inexorable et du critique rigoureux. Le censeur le plus amer des moeurs corrompues

de son siècle, interdit à sa voix courageuse, mais

pure de toute personnalité, la plaisanterie qui diffame, et le sarcasıne qui voudrait ayilir. Je tiens de lui cette inaxime que

ceux qui nuisent à la réputation ou à la fortune des autres plutôt que de perdre un bon mot , méritent une peine infamante (1): Qu'on réfléchisse un moment que c'est un écrivain satirique qui n'a pas craint d'avancer cela ; et qu'aucun de ses nombreux ennemis, en voinissant contre lui tant d'injures , ne s'est jamais hasardé à lui en faire l'application.

gens trouvent

Ces écrivains satiriques , ces censeurs que les vices du siècle importunent, et qui moralisent en médisant , sont jugés, par représailles, avec une sévérité placée tout près de l'injustice. La satire met son auteur hors des lois de la charité : trop de leur compte à faire honneur au caractère des malices de l'esprit. Tel qui se sent blessé crie ; tel erie de la blessure d'un autre: tous frappent l'ennemi commun pour empêcher qu'on ne l'écoute : et si parmi leurs clameurs, l'imprudente équité s'élève pour le défendre, elle irrite l'amour-propre, et ne le persuade pas. Quand madame de Sévigné

(1) La Bruyère, chap. VIII, De la Cour.

disait

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