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VOITURE

Vous exercez sur mon coeur
Trop de tyrannie;
Je ne vis plus qu'en langueur, uw r
C'est une peine infinie
Que de vivre en vous aimant,
Et pour vous parler franchement,
Ma foi, je m'ennuie.

Un petit reen heen

5

TO

Si vous pensez honorer
Une âme transie,
Qui meurt pour vous adorer,
Pour moi, je vous remercie.
Je ne veux point tant d'honneur,
Gardez-l(e) à quelque grand seigneur,
Ma foi, je m'ennuie.

Faire des vers en bateau?
Ce serait folie;
Car par la fraîcheur de l'eau
Je sens ma tête assaillie;
Vous n'aurez donc que ceci,
Il fait mauvais écrire ici;
Ma foi, je m'ennuie.

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3. RONDEAU
Ma foi, c'est fait de moi: car Isabeau

M'a conjuré de lui faire un rondeau,
1 Jeu de mot sur l'expression populaire: monter un bateau d quel-
qu'un-fatiguer quelqu'un par une plaisanterie indéfiniment répétée;
ou mener quelqu'un en bateau-duper.

2 Voiture se vante d'avoir fait revivre le genre du rondeau. Dans une lettre datée de 1638 il écrit: «Je ne sais si vous savez ce que c'est que de rondeaux (sic); j'en ai fait, depuis peu, trois ou quatre, qui

Cela me met en une peine extrême.
Quoi! treize vers, huit en eau, cinq enlème!
Je lui ferais aussi tôt un bateau.
En voilà cinq pourtant en un monceau,
Faisons en huit, en invoquant Brodeau,
Et puis mettons par quelque stratagème:

Ma foi, c'est fait.
Si je pouvais encor de mon cerveau
Tirer cinq vers, l'ouvrage serait beau.
Mais cependant je suis dedans l'onzième,
Et si je crois que je fais le douzième,
En voilà treize ajustés au niveau:

Ma foi, c'est fait!

TO

4. LA CHANSON DE LANTURLU, 1630

Le roi, notre sire,
Pour bonnes raisons,
Que l'on n'ose dire,
Et que nous taisons,
Nous a fait défense

ont mis les beaux esprits en fantaisie d'en faire. C'est un genre d'écrire qui est propre à la raillerie.» Ce rondeau est une imitation d'un sonnet de Lope de Vega: Un soneto me manda hazer Violante, etc.

(Cf. CRANE, La société française

au xviie siècle, 1907, p. 292) 1 Un avocat célèbre de Paris.

? Le mot «lanturlu» n'a pas de sens; il avait servi à plusieurs reprises de refrain à des chansons dirigées par le peuple de Paris contre des personnages de haut rang, et le roi, Louis XIII, avait fait un édit spécial défendant de chanter Lanturlu (1629). Ce fut l'occasion de cette spirituelle chanson de Voiture.

De plus chanter lanturlu,
Lanturlu, lanturlu,

lanturlu, lanturlu.

La reine, sa mère, 1
Reviendra bientôt,
Et Monsieur, son frère,
Ne dira plus mot.
Tout sera paisible,
Pourvu qu'on ne chante plus
Lanturlu, lanturlu,

lanturlu, lanturlu.

De la Grand' Bretagne,
Les ambassadeurs,
Ceux du roi d'Espagne
Et des électeurs,
Se sont venus plaindre
D'avoir partout entendu
Lanturlu, lanturlu,

lanturlu, lanturlu.

Ils ont fait leur plainte
Fort éloquemment,
Et parlé sans crainte
Du gouvernement;
Pour les satisfaire,
Le roi leur a répondu:
Lanturlu, lanturlu,

lanturlu, lanturlu.

1 Marie de Médicis, exilée à cause de ses intrigues de cour. 2 Gaston, duc d'Orléans, en révolte ouverte contre Richelieu, 3 Titre de dignitaires diplomatiques en Allemagne,

Dessus cette affaire,
Le nonce parla,
Et notre Saint-Père
Entendant cela,
Au milieu de Rome
S'écria comme un perdu:
Lanturlu, lanturlu,

lanturlu, lanturlu.
Pour bannir de France
Ces troubles nouveaux,
Avec grand'prudence
Le garde des sceaux
A scellé ces lettres,
Dont voici le contenu:
Lanturlu, lanturlu,

lanturlu, lanturlu.

TO

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5. MADRIGAUX
Jamais l'ail du soleil
Ne vit rien de pareil,
Ni si plein de délice,
Rien si digne d'amour
Si ce ne fut le jour
Que naquit Arthénice.
Quand les dieux eurent fait
Le chef-d'æuvre parfait
Que Julies on appelle,
Minerve qui la vit:
En pleura de dépit,
Et se trouva moins belle.
2 Mme de Rambouillet. 3 Mlle de Rambouillet..

1 Chancelier.

CHAPITRE DEUX

L'ACADÉMIE FRANÇAISE

I. L'ACADÉMIE FRANÇAISE

1635 (Richelieu offrit la protection du gouvernement à une société d'hommes de lettres qui se réunissaient chez Conrart. La première séance du «corps officiel» eut lieu le 13 mars 1634; les lettres patentes du roi sont de 1635; le Parlement cependant n'enregistra les lettres patentes qu'à la date du 10 juillet 1637.]

Statuts et règlements de l'Académie française

(extraits) Premièrement. — Personne ne sera reçu dans l'Académie qui ne soit agréable à Mgr le Protecteur, et qui ne soit de bonnes meurs, de bonne réputation, de bon esprit, et propre aux fonctions académiques.

2. — L'Académie aura un sceau, duquel seront scellés 5 en cire bleue tous les actes qui s'expédieront par son ordre dans lequel la figure de mgr. le cardinal duc de Richelieu sera gravée avec ces mots à l'entour: ARMAND, CARDINAL DUC DE RICHELIEU, PROTECTEUR DE L'ACADÉMIE FRANÇOISE, établie 10 l'an mil six cent XXXV, et un contre-sceau, où sera représentée une couronne de laurier, avec ce mot: A L’IMMORTALITÉ; desquels sceaux l'empreinte ne pourra jamais être changée pour quelle occasion que ce soit.

1 Le cardinal Richelieu.

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