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Le vautour s'en allait le lier, quand des nues
Fond à son tour un aigle aux ailes étendues.
Le pigeon profita du conflit des voleurs,
S'envola, s'abattit auprès d'une masure,

Crut, pour ce coup, que ses malheurs

Finiraient par cette aventure;
Mais un fripon d'enfant (cet âge est sans pitié)
Prit sa fronde, et du coup tua plus d'à moitié

La volatile malheureuse,
Qui, maudissant sa curiosité,
Traînant l'aile, et tirant le pied,
Demi-morte et demi-boiteuse,
Droit au logis s'en retourna:
Que-bien, que mal, elle arriva

Sans autre aventure fâcheuse.
Voilà nos gens rejoints; et je laisse à juger
De combien de plaisirs ils payèrent leurs peines.

IO

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Amants, heureux amants, voulez-vous voyager?

Que ce soit aux rives prochaines.
Soyez-vous l'un à l'autre un monde toujours beau,

Toujours divers, toujours nouveau;
Tenez-vous lieu de tout, comptez pour rien le reste.
J'ai quelquefois aimé: je n'aurais pas alors,

Contre le Louvre et ses trésors,
Contre le firmament et sa voûte céleste,

Changé les bois, changé les lieux
Honorés par les pas, éclairés par les yeux

De l'aimable et jeune bergère

Pour qui, sous le fils de Cythere,
Je servis, engagé par mes premiers serments.

· Quelquefois, ici= une fois,

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Hélas! Quand reviendront de semblables moments?
Faut-il que tant d'objets si doux et si charmants
Me laissent vivre au gré de mon âme inquiète?
Ah! si mon coeur osait encor se renflammer!
Ne sentirai-je plus de charme qui m'arrête?

Ai-je passé le temps d'aimer?

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22. Le gland et la citrouille

IX. 4

Dieu fait bien ce qu'il fait. Sans en chercher la preuve
En tout cet univers, et l'aller parcourant,

Dans les citrouilles je la treuve.l

IO

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Un villageois, considérant
Combien ce fruit est gros et sa tige menue:
«A quoi songeait, dit-il, l'auteur de tout cela?
Il a bien mal placé cette citrouille-là:

Hé parbleu! je l'aurais pendue
A l'un des chênes que voilà;
C'eût été justement l'affaire;

Tel fruit, tel arbre, pour bien faire.
C'est dommage, Garo, que tu n'es point entré
Au conseil de celui que prêche ton curé;
Tout en eût été mieux: car pourquoi, par exemple,
Le gland, qui n'est pas gros comme mon petit doigt,

Ne pend-il pas en cet endroit?

Dieu s'est mépris; plus je contemple
Ces fruits ainsi placés, plus il semble à Garo

Que l'on a fait un quiproquo.)
Cette réflexion embarrassant notre homme:

treuve, forme archaïque = trouve, pour rimer avec preuve.

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«On ne dort point, dit-il, quand on a tant d'esprit.)
Sous un chêne aussitôt il va prendre son somme.
Un gland tombe; le nez du dormeur en pâtit.
Il s'éveille; et, portant la main sur son visage,
Il trouve encor le gland pris au poil du menton.
Son nez meurtri le force à changer de langage:
«Oh! oh! dit-il, je saigne! Et que serait-ce donc
S'il fût tombé de l'arbre une masse plus lourde,

Et que ce gland eût été gourde?
Dieu ne l'a pas voulu: sans doute il eut raison;

J'en vois bien à présent la cause.))
En louant Dieu de toute chose,
Garo retourne à la maison.

IO

23. Le paysan du Danube

XI. 7

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Il ne faut point juger des gens sur l'apparence.
Le conseil en est bon, mais il n'est pas nouveau.

Jadis l'erreur du souriceau!
Me servit à prouver le discours que j'avance:

J'ai, pour le fonder à présent,
Le bon Socrate, Esope, et certain paysan
Des rives du Danube, homme dont Marc-Aurèle

Nous fait un portrait fort fidèle.
On connaît les premiers: quant à l'autre, voici

Le personnage en raccourci.
Son menton nourrissait une barbe touffue;

Toute sa personne velue
Représentait un ours, mais un ours mal léché:
Sous un sourcil épais il avait l'ail caché,

1 Une fable qui n'est pas donnée ici. (VI. 5.)

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IO

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Le regard de travers, nez tortu, grosse lèvre,

Portait sayon de poil de chèvre,

Et ceinture de joncs marins.
Cet homme ainsi bâti fut député des villes
Que lave le Danube. Il n'était point d'asiles

Où l'avarice des Romains
Ne pénétrât alors, et ne portât les mains.
Le député vint donc, et fit cette harangue:
«Romains, et vous, sénat assis pour m'écouter,
Je supplie avant tout les dieux de m'assister:
Veuillent les immortels, conducteurs de ma langue,
Que je ne dise rien qui doive être repris!
Sans leur aide, il ne peut entrer dans les esprits

Que tout mal et toute injustice:
Faute d'y recourrir, on viole leurs lois.
Témoin nous que punit la romaine avarice:
Rome est, pour nos forfaits, plus que par ses exploits,

L'instrument de notre supplice.
Craignez, Romains, craignez que le ciel quelque jour
Ne transporte chez vous les pleurs et la misère;
Et mettant en nos mains, par un juste retour,
Les armes dont se sert sa vengeance sévère,

Il ne vous fasse, en sa colère,

Nos esclaves à votre tour.
Et pourquoi sommes-nous les vôtres? Qu'on me die?
En quoi vous valez mieux que cent peuples divers.
Quel droit vous a rendus maîtres de l'univers?
Pourquoi venir troubler une innocente vie?
Nous cultivions en paix d'heureux champs; et nos mains
Étaient propres aux arts, ainsi qu'au labourage.

1 Villes de tribus germaines, la Roumanie actuelle. 2 die, forme archaïque = dise, pour rimer avec vie.

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30 IO

Qu'avez-vous appris aux Germains?
Ils ont l'adresse et le courage:
S'ils avaient eu l'avidité,

Comme vous, et la violence, 5

Peut-être en votre place ils auraient la puissance,
Et sauraient en user sans inhumanité.
Celle que vos préteurs ont sur nous exercée

N'entre qu'à peine en la pensée.
La majesté de vos autels
Elle-même en est offensée;

Car sachez que les immortels
Ont les regards sur nous. Grâces à vos exemples,
Ils n'ont devant les yeux que des objets d'horreur,

De mépris d'eux et de leurs temples, 15 D'avarice qui va jusques à la fureur. Rien ne suffit aux gens qui nous viennent de Rome:

La terre et le travail de l'homme Font pour les assouvir des efforts superflus.

Retirez-les: on ne veut plus

Cultiver pour eux les campagnes. Nous quittons les cités, nous fuyons aux montagnes;

Nous laissons nos chères compagnes; Nous ne conversons plus qu'avec des ours affreux,

Découragés de mettre au jour des malheureux, 25 Et de peupler pour Rome un pays qu'elle opprime.

Quant à nos enfants déjà nés, Nous souhaitons de voir leurs jours bientôt bornés: Vos préteurs au malheur nous font joindre le crime.

Retirez-les: ils ne nous apprendront 30

Que la mollesse et que le vice;
Les Germains comme eux deviendront
Gens de rapine et d'avarice.

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