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ET ÉCLAIRCISSEMENTS.

NOTE 1, page 304.

y a peu d'astronomes aussi célèbres qu'Aristarque de Samos, et il y en a peu sur lesquels on ait publié autant d'erreurs. Archimède en mathématiques, Vossius et Bayle en érudition, sont des auteurs d'un si grand poids, que leurs fautes ne peuvent être sans conséquence. Celles qui font l'objet de cette note méritent d'être relevées. C'est ce qui m'engage dans la discussion suivante.

Aristarque de Samos s'est fait connaître dans l'antiquité, surtout pour l'astronomie. Vitruve le cite comme un des principaux inventeurs. C'est lui en effet qui, le premier, imagina le moyen le plus ingénieux et le plus surprenant de trouver l'éloignement du soleil dont on n'avait aucune idée et qui ne donnait aucune prise, en mesurant l'écartement de la lune au soleil dans le moment de la quadrature. On pourrait croire qu'il l'avait

reçu des Égyptiens, des Indiens ou des Chaldéens;

mais il ne nous en reste aucune trace. Cette idée paraît si belle, si extraordinaire pour ce tempslà, que l'on ne peut comparer aucune découverte astronomique à celle-là, ni aucun inventeur à Aristarque. C'est ce que le savant astronome Lalande a déclaré formellement 1. Aussi est-ce à Aristarque seul qu'il croit pouvoir appliquer les vers d'Ovide, en l'honneur des astronomes.

Admovere oculis distantia sydera nostris,
Ætheraque ingenio supposuere suo.

En effet, on voit dans l'antiquité des observations imparfaites et en petit nombre, des instruments grossiers, une marche incertaine, des progrès si lents, qu'à peine peut-on tenir compte aux anciens du petit nombre de connaissances, résultat de tant de siècles accumulés. Mais au milieu de tous ces efforts si lents et si faibles, on voit Aristarque sortir comme un Atlas dont la force étonne, et dont le génie supplée à la faiblesse de tous ceux qui l'avaient précédé, en ouvrant lui seul une carrière qui devait paraître alors impossible à parcourir. Sa gloire dure encore. Sa méthode a été employée avec succès

Discours lu au Lycée des Arts, le 29 avril 1794.

deux mille ans après lui, et même dans le dixseptième siècle, lorsque après l'invention des lunettes on fut à portée d'observer mieux le quartier de la luue par lequel Aristarque prouva que le soleil était beaucoup plus loin qu'on ne l'avait soupçonné.

1

Bayle, qui avait une vaste érudition, même en astronomie, dit qu'on n'est pas bien d'accord sur le temps auquel Aristarque a vécu; c'est la première erreur que nous avons à relever. Ce fameux critique, plus habile à élever des doutes qu'à les dissiper, ignorait que Ptolémée avait rapporté dans son Almageste un solstice observé par Aristarque la quarante-quatrième année après la mort d'Alexandre, la cinquantième année de la première période de Calippe, cent cinquante-deux ans après une observation semblable faite à Athènes par Méton et Euctémon sous l'archontat d'Apseudès. Or, cet archontat est placé par l'Art de vérifier les dates avant Jésus-Christ sous l'an 433 avant notre ère, précisément 152 ans avant l'an 281, sous lequel le même ouvrage place la première période de Calippe, dans la première des tables Calippiques, placées à la fin du cinquième volume de cet ou

2

I. Livre III, chap. 11. 2. Tome III, page 235.

III.

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vrage 1. Ainsi c'est bien sous l'an 281 avant notreère qu'il faut placer l'observation d'Aristarque. En effet, Alexandre était mort vers le solstice d'été

er

de l'an 324; ainsi l'an 1 après sa mort a commencé alors, et c'est l'an 281 vers le solstice d'été, que l'an 44 a dû commencer aussi à la manière des années Olympiques, ce qui confirme la date fixée pour cette époque par l'Art de vérifier les dates.

Ptolémée cite Hipparque qui, dans son livre sur la grandeur de l'année, avait fait úsage de l'observation d'Aristarque: il ne peut donc y avoir de difficulté sur le temps auquel a vécu

notre astronome.

Vossius, également célèbre par son érudition, s'est aussi trompé au sujet d'Aristarque; mais ce qu'il y a de plus singulier, c'est de voir que Weidler, l'historien le plus estimé de l'astronomie, impute à cet astronome une absurdité en disant qu'il faisait le diamètre du soleil 1/27 du zodiaque, et cela d'après une faute d'impression dans une traduction d'Archimède '.

Une autre erreur est celle de plusieurs passages de Plutarque où l'on trouve Cléanthe cité au lieu

1. Édition in-8°, et à la fin des éditions in-4° et in-folio. a. Hist. des Mathém., par Montucla, tom. I, p. 228.

d'Aristarque comme ayant adopté le mouvement de la terre.

Aristarque fut connu dans l'antiquité pour ses idées sur le système du monde; Archimède, Plutarque, Vitruve et Stobée, le citent; il y a un ouvrage intitulé Aristarchi Samii de Mundi systemate, publié en 1644 comme traduit d'après un manuscrit arabe, par les soins de Brulard; mais c'est un ouvrage de Roberval, comme Ménage nous en avertit en assurant que le nom de Roberval est une pure supposition. Je reviendrai sur ce sujet dans la suite.

Il nous reste cependant un véritable ouvrage d'Aristarque sur les distances du soleil et de la lune, conservé par extrait dans la Collection mathématique de Pappus, et publié en 1572. On le retrouve dans le tome III des OEuvres de Wallis. L'idée grande et philosophique du mouvement de la terre autour du soleil fut celle de plusieurs grands philosophes de l'antiquité : de Philolaüs, de Nicétas, d'Anaximandre, d'Héraclides, de Séleucus et d'Architas. Mais Aristarque est celui qu'Archimède a jugé le plus digne d'être cité. Dans le livre où il entreprend de calculer le nombre des grains de sable qui pourraient être mis depuis la terre jusqu'aux

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