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LA CULTURE DE LA VIGNE,

PAR M. DÉSIRÉ AMBLARD,

LAURÉAT.

PRÉFACE.

Je vais essayer d'exposer les principes de la culture de la vigne dans la Lorraine et le résultat de mes expériences. Je me suis toujours occupé de cette culture par goût et par intérêt.

J'ai, sans contredit, l'établissement viticole le plus important du département. J'y joins la culture, les fourrages, l'élevage et la sylviculture. Sans ces diverses branches agricoles, aucun vignoble ne peut prospérer. La culture fournit les pailles, ou au moins une grande partie; les fourrages pour la nourriture des chevaux, des vaches, des moutons. L'élevage diminue les frais des engrais qui sont le point capital de toute bonne exploitation agricole et viticole. Enfin, la sylviculture procure des bois pour faire des échalas qui sont aujourd'hui d'un prix exorbitant. Ce que j'écris, n'est la copie d'aucun livre, ni de la théorie pure, mais bien de la pratique. Car je me suis fait une théorie, à moi, basée sur ma pratique.

J'ai cherché dans ce travail à exposer la théorie et la pratique de la taille, des labours, des travaux de la feuille ; j'ai exposé les notions d'anatomie, de physiologie végétale, ainsi que divers principes de pathologie indispensables pour connaitre la culture de la vigne. Je me suis étendu autant qu'il est nécessaire sur les fermentations, les traversages, la conservation des vins qui est un point capital pour le propriétaire; la distillation n'a pas été oubliée, ni l'emploi des marcs pour la nourriture du bétail et la culture des treilles.

Pour donner plus de clarté à mon travail, j'ai fait moi-même les vignettes intercalées dans le texte. J'ai mieux rendu mes idées, car il aurait été fort difficile d'avoir toujours un artiste sous la main. Ce que j'avance, ce ne sont pas des axiomes, chaque pays cultive à sa manière, et je suis de l'opinion du célèbre Van Mons, qui disait qu'une seule et même taille n'était praticable que dans un seul pays du monde.

J'ai également expliqué les travaux qui se font dans les pays voisins et qui pourraient être appliqués dans celui-ci.

Les personnes qui ne connaissent pas la culture de la vigne, en suivant mes principes exactement, seront certaines de récolter.

Ce travail pourra également renseigner les personnes qui occupent des journaliers, faute de vigne

rons.

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L'ancien département de la Moselle, aujourd'hui Lorraine, possède 532000 hectares de terres, et ne cultive que 6 à 7000 hectares de vignes qui produisent de 40 à 50 hectolitres de vin à l'hectare.

Depuis l'annexion le prix des vins s'est élevé. Il est d'environ de 32 à 33 francs l'hectolitre; avant l'annexion, le prix moyen était d'environ 25 francs l'hectolitre.

Si, depuis la guerre, le prix du vin s'est augmenté, le salaire des ouvriers s'est accru dans les mêmes proportions. L'émigration et le changement de nationalité en sont la cause. Le prix des vivres, des vêtements, des outils, tout, en un mot, a suivi la même progression. Les bras manquent encore.

On ne peut rien donner de précis sur le rendement d'un vignoble. Une vigne, dont les cultures ont été bien faites, dans des moments convenables, donnera beaucoup plus qu'une autre faite par les pluies.

En général, une vigne labourée, raclée par la sécheresse et nettoyée de bonne heure, relevée avant que les bourgeons ne soient devenus ligneux, produira beaucoup plus qu'une autre dans un bien meilleur terrain et dont les travaux auront été faits par la pluie ou trop tard.

J'ai dit que les vignes rapportaient de 40 à 50 hectolitres de vin à l'hectare, 40 hectolitres pour les petites races qui, à 33 francs, produisent 1320 francs.

Si on veut obtenir 50 hectolitres et plus, dans les bons terrains, on plante de la grosse race qui, à 30 francs, produit 1 500 francs.

Il semble å première vue qu'il y ait avantage à planter de la grosse race, qui rapportera de 180 à 250 francs de plus par hectare. Pour entrer dans cette voie, il faut des engrais. Les engrais sont fort chers, sans compter la difficulté de se les procurer, à moins d'avoir, comme moi, des vaches, des moutons, des chevaux pour pouvoir fumer ces plants productifs tous les trois ans et copieusement; sans cela point de succès.

A la vérité, les travaux de la taille, de la feuille, sont plus expéditifs pour la grosse race que pour les fins cépages.

On n'a pas besoin de courber, on peut se dispenser d'attacher au printemps à la taille sèche. Le pince.. ment est plus tôt fini, n'ayant à pincer sur chaque cep que quatre à cinq pousses herbacées, tandis que sur la petite race on est obligé de fixer son attention sur vingt-cinq ou trente pousses vertes, pour reconnaitre celles où il y a des raisins et celles que l'on doit abattre. A la petite race, il ne faut presque pas d'engrais. Une vigne bien terrée, bien fumée, en petite race, peut rapporter pendant dix ans sans recevoir d'amendements.

Le vigneron travaillant lui-même et pour lui, a grand avantage à planter de la grosse race dans les bonnes terres.

Depuis quelques années, les propriétaires ont vendu leurs vignes à leurs ouvriers, qui savent en tirer un fort bon parti. La main-d'ouvre étant très-chère et rare, beaucoup de propriétaires ne voulant pas mettre leurs vignes en état, ont abandonné la partie et sont remplacés par leurs vignerons, qui, pour eux, trouvent le moyen de faire rapporter à leurs vignes 65 à 67 hectolitres à l'hectare en grosse race. Ce vin, quoique loin d'être aussi bon que celui de petite race, se vend 1 fr. ou 1 fr. 50 de moins par hotte de 40 litres.

Je fais à Lorry-devant-le-Pont, des vins toniques, d'un goût droit. Jamais je n'ai eu ni vin gâté, ni piqué, ni moisi, ni trouble, grâce aux soins que j'apporte à la fermentation, ainsi qu'aux vases vinaires où je les mets.

Quant aux petits propriétaires qui font du vin avec de la grosse race pure, il est supérieur dans les mauvaises années, à la bière à laquelle il ne peut en rien ressembler. La bière ne stimule pas les forces du corps, ni celles de l'esprit. Ce qui rend la bière encore plus mauvaise ce sont les falsifications. Le houblon ainsi que l'orge sont remplacés par le gingembre, la moutarde, le huis, le bois de réglisse. Au surplus, c'est une tisane, et, quelque bonne qu'elle soit, elle énerve.

Avant de faire l'acquisition d'un vignoble, il est indispensable d'avoir un capital assez important pour ne pas craindre les années mauvaises, les gelées, la coulure, la trop grande abondance de produits qui met le vin à un prix inférieur à celui de revient pour le propriétaire (mais non pour le vigneron qui ne perd que son temps) ; sans oublier les orages, la grèle qui abiment un vignoble pour plusieurs années.

Mon grand-père, homme instruit et bon comptable, me disait que l'on n'était certain de la récolte

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