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NOTICE HISTORIQUE

SUR

L'ÉGLISE ET LE CHATEAU DE COLOMBEY,

PAR M. CHARLES ABEL,

MEJIBRE TITULAIRE.

Un membre de l'Académie de Metz, l'habile dessinateur M. Léon Simon, s'est donné la mission de fixer sur le papier les plus beaux sites de la vallée de la Moselle. Cet artiste éniinent occupe son crayon magistral à représenter les points de vue qui le frappent dans ses excursions au travers de ces anciens domaines seigneuriaux qui font encore aujourd'hui la gloire du pays messin. C'est ainsi qu'à été composée une charmante suite de dessins recueillis dans les parcs de Lagrange aux Ormes, de Grimont, de Lagrange Lemercier, de Colombey.

Lorsqu'en octobre 1870 la capitulation signée au château de Frescati eût ouvert les portes de Metz aux trois corps d'armée étrangers qui tenaient notre ville enserrée et affamée depuis deux mois, M. Simon s'empressa d'aller prendre un croquis des arbres séculaires qu'il avait admirés dans toute leur force végétative quelques temps auparavant, et qui à cette

heure jonchaient le sol à côté de cadavres d'hommes et de chevaux recouverts à la hâte d'une mince couche de terre.

De mon côté, je venais en archéologue visiter ce que la guerre avait laissé debout de nos antiques châteaux-forts et de nos églises élégantes du moyen åge. Je me donnais la modeste tâche de laisser, å ceux qui travailleront après nous à notre histoire, des documents naïfs, mais vrais, comme nous en ont transmis nos chroniqueurs mosellans, tels que Jean Beauchet, Ancillon, sur la dévastation de notre pays par les Allemands et les Suédois, lors de la guerre de trente ans.

Le château de Colombey eut ma première visite. N'avait-il pas été avec l'église de Borny le centre de la première bataille livrée sous les murs de Metz? Du haut de nos remparts restés vierges du contact du boulet des ennemis n'avions-nous pas aperçu les flammes qui consumaient le hameau de Colombey? J'élais impatient de voir ce que le pétrole avait respecté dans cette demeure, qui évoque des souvenirs chers parmi nos savants et nos horticulteurs. Mais je l'estai tout interdit, cherchant ces belles fermes, cette serre remarquable où il s'était fait tant d'expériences sous les auspices de l'Académie de Metz. Je n'apercevais que des murs noircis par la fumée du pétrole. Là où j'avais admiré des massifs de roses et des bosquets d'arbres exotiques, s'élevaient en guise de plates-bandes une vingtaine de tombes de militaires allemands morts pour leur Vaterland dans la journée du 14 août 1870. Sur le coteau opposé, vers Aubigny, je remarquais une tranchée dont la terre fraîchement remuée recouvrait les dépouilles d'une centaine de soldats français morts désarmés et dé

quenillés le soir même de leur évacuation vers l'Allemagne.

Je détournai le regard de ce spectacle navrant pour aller respirer un air plus consolateur dans l'église de Colombey qui avait trouvé heureusement grâce devant les incendiaires. M. Léon Simon était en train d'en prendre un croquis. Notre collègue en a fait un dessin qu'il a eu l'obligeance de m'offrir. Cette cuvre d'art nous montre l'église de Colombey au clair de lune, barricadée par des fascines de chênes et de sapins, et servant d'abri à des mousquetaires prussiens. En contemplant ce fusain d'un réalisme saisissant je songeais que l'histoire de Colombey est encore à faire et je mis en ordre les notes que je possédais sur cette localité.

A en croire l'étymologie du nom de Colombey il est permis de supposer que c'est un colombier monumental, en lalin Columbarium, qui a été le point de départ de ce hameau, comme le domaine autrefois ruiné, aujourd'hui rétabli près de Thionville, sur la route de Longwy, et appelé le Daubhaus.

Les Romains avaient l'habitude de construire à la campagne de ces édifices qui servaient à élever plusieurs milliers d'oiseaux. Ces Columbaria avaient plus d'importance que nos pigeonniers modernes. Colombey étant située non loin de la voie romaine qui reliait Divodurum à Moguntiacum, il n'y aurait rien d'étonnant que dans les premiers siècles de notre ère en cet endroit il y eût un majestueux Columbarium dépendant de la villa d'un haut fonctionnaire, un ami des Césars alors les maîtres de l'Europe.

Ce fut certainement un noble personnage qui sonda Colombey, puisque d'après les coutumes féodales les seigneurs avaient seuls le droit d'avoir un pigeonnier, usage aristocratique qui reçut la consécration de différentes coutumes écrites, telles que celles de Paris, d'Orléans, de Bourgogne. Les anciens jurisconsultes français prétendent que ce droit féodal nous vient des Hébreux, chez qui il n'était pas permis de bâtir un colombier sur son propre domaine, à moins qu'il ne fût éloigné de cinquante coudées des propriétés voisines.

Les coutumes de Verdun, de Sedan, de Thionville, de l'Evêché de Metz ne parlaient point de cet usage. Il n'en était pas de même des coutumes de Bar et de Lorraine. La coutume de Metz était la plus explicite, car elle proclamait, titre II, des droits des seigncurs hauts justiciers, article 5: Pareillement ont droit de « faire crier la fête ; pendre enseignes aux » tavernes, hôtelleries, cabarets; ériger pressoir, » moulins et colombiers. »

C'est dans un document du disième siècle que j'ai découvert la première mention de Colombey. Si les personnes qui possédaient à cette époque ce domaine avaient le droit exclusif d'élever des pigeons, ce monopole seigneurial et leur noblesse ne les mettaient pas à l'abri des altaques du démon. La biographie de sainte Glossinde, composée par Jean, abbé de SaintArnould, nous apprend que de son temps (c'est-àdire vers l'an 950) la dame qui possédait la villa Columbaria était venue se faire guérir de ses hallucinations démoniaques dans Metz, en priant sur la tombe de sainte Glossinde.

Colombey s'appelait alors la villa aux colombes; c'était donc plus qu'un pigeonnier, mais un ensemble de cabanes servant de demeures à des serfs des deux sexes attachés à la glèbe. Au centre de cette villa s'élevait un château flanqué de tourelles aux

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