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homme qui renonce

à lui-même, Eugène, que

faut-il

que je fasse?” “ Venez avec moi, voyez, connoissez “ Athénaïs; ensuite, quelle que soit “ votre volonté, je m'y soumettrai.” Il céda à ma prière; le jour d'après nous partîmes pour Paris. A la dernière poste j'ordonnai d'aller à l'hôtel d'Estouteville : il étoit loin de le prévoir; mais je connoissois trop la violence qu'il se faisoit pour retarder cette visite promise et nécessaire.

Il s'aperçut de mon dessein lorsque nous étions près d'arriver. Mon fils ! s'écria-t-il, sans pouvoir prononcer une seconde parole: la voiture entroit dans la cour; nous montâmes chez madame de Rieux. -" Je ne vous “ amène pas encore un père, lui dis“ je, mais un ami.” Ne s'attendant point à mon retour, encore moins à voir con père, un tremblement universel la saisit.-Touché de son trouble, il s'assit près d'elle ; il la regardoit avec intérêt, et ne pouvoit lui parler. - Je sentois vivemeni ce qu'il en coûtoit à sa volonté, et ce, moment me prouvoit plus son affection que les soins donnés à ma vie entière. Avec quelle tendresse, quelle reconnoissance je le reinerciois ! Je pris sa main, celle d'Athénaïs, et les joignis dans les miennes; il tressaillit, elle remercia le ciel.--" Athénaïs, je ne vous de“mande qu'une seule promesse de “ bonheur; jurons ensemble de ren“ dre mon père heureux.” Ne pouvant plus maîtriser son émotion, elle fondit en larmes, serra la main de mon père, et me répondit : « S'il y con

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sent, je m'y engage de toute mon “ ame.”—Il se leva, et après un effort qui sembloit briser son ceur et qui déchiroit le mien : “ Eugène, mon

fils, me dit-il avec un profond soupir, la tendresse des pères est plus sûre

que celle des enfants.” Il prit Athénaïs dans ses bras, ferma les yeux; il trembloit, frémissoit, mais prononça : “ Ma fille, oublions le passé.” — Je tombai à ses pieds ; Athénaïs s'appuyoit contre son cœur; il rouvrit les yeux, me regarda, la nomma une sem conde fois ma fille, et lui dit à son tour: “ Athénaïs, promettez-moi de " le rendre heureux."

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CHAPITRE XIV.

Le lendemain nous allâmes chez madame d'Estouteville ; elle nous reçut avec un embarras mêlé de crainte. Une fois décidé à oublier le passé, j'étois bien sûr que mon père ne manqueroit à rien de ce qu'il lui devoit; il lui demanda de me regarder comme un fils." Ah! répondit-elle, si j'ai “ causé des peines, au inoins ce fut

sans le prévoir. Heureux celui qui (6 voudroit recommencer sa vie sans

y rien changer!” -- Il s'empressa de l'interrompre. “ Ne pensons qu'à

l'avenir, madame: votre lettre à mon.

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“ fils m'a fait aussi réfléchir sur ma "conduite, et je n'aurois pas la même “non plus si je recommençois à vivre. “ Mais je crois que nous devons tous

66 dire :

Dieu fit du repentir la vertu des mortels.

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