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raison, quel espoir de repos, de tranquillité pour mon avenir !

“ Je m'empressai de retourner chez la maréchale. “J'ai encore une lettre “à vous donner, me dit-elle, ce sera “ la dernière ; et dorénavant je ferai “ les demandes et les réponses, car vous

n'avez guère plus de raison l'un que " l'autre."

“ Amélie m'écrivoit: "En apprenant la résolution ou vous êtes de guider mon inexpérience, je deviens plus tranquille; mes pas dirigés par vous seront plus assurés : il me sem“ ble n'avoir, à l'avenir, ni à m'occu-

per de mon bonheur, ni à craindre

pour le vôtre; aussi j'aurai, sans ef“ fort, une déférence que rien n'altèrera jamais.”— “Le soir je me rendis chez monsieur

d'Estouteville. Après avoir eu la bonté de me dire qu'il étoit flatté de me voir allié à sa famille, il m'avoua qu'il avoit consenti avec peine au mariage d'Amélie.-“ Je n'aime point les grandes

obligations entre deux époux, ajouta“t-il: je sais qu'avec un homme hon“nête, délicat, comme vous l'êtes, elles

ont moins d'inconvénient; cependant “il eût été plus honorable pour

made“moiselle d'Estaing de se renfermer " dans un cloître. Je l'avois résolu; " elle y étoit déterminée; mais madame « d'Estouteville ne pouvoit supporter « l'idée de ces væux éternels. Il sem“bloit, à l'entendre, qu'Amélie seroit "la première qui, par respect pour " les siens, auroit embrassé l'état reli

gieux: enfin vous vous êtes présenté, etiln'a plus été question de couvent.”

Rappelez-vous ces paroles; mon: fils, qui ne me frappèrent alors que pour trouver monsieur d’Estouteville un barbare capable de tout sacrifier à son orgueil,

“Le jour de la signature du contrat, Amélie revint chez le maréchal. Je la revis

pour la première fois ; sa timidité étoit encore augmentée; Sophie ne la quitta pas. Attentive à suivre tous ses regards, prévenant ses moindres désirs, elle sembloit avoir deviné l'inquiétude d'une jeune mère qui marie sa fille. Leur mutuelle affection me répondoit de la bonté de leur ceur.

Je ne sais quelle circonstance me fit passer dans un salon voisin; Sophie vint m'y trouver. "Monsieur, me dit-“elle avec une inquiétude si naive, si: “ facile à calmer, demain vous pro-

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« mettez à Dieu de rendre ma cousine heureuse !... Tiendrez-vous cette

pro“ messe?” Ses mains étoient jointes, comme si son propre bonheur eût dépendu de moi. Je me récriai sur l'injustice d'en douter.—“ Ah! reprit" elle en soupirant, vous avez l'air bien

sévère !" Et cet air sévère qui inquiétoit Sophie vint encore m'expliquer les craintes d'Amélie.

Lorsqu'il fallut signer le contrat, Amélie trembloit; son nom étoit à peine lisible. Comment fus-je assez préoccupe pour que son trouble ne m'éclairât point? Je lui offris les présents d'usage: la maréchale seule parut les apprécier. Amélie les vit parce qu'on lui dit de les regarder. Mon fils! mon cher fils! quand on commence à s'aveugler, tout accroît notre illusion. Amélie si indifférente ne me parut que raisonnable et modérée; ce qui auroit dû m'avertir: ajoutoit à mon erreur.

Le lendemain, la famille de made-. moiselle d'Estaing, celle de monsieur d'Estouteville, la mienne se réunirent à midi chez le maréchal; c'étoit tout ce qu'il y avoit de grand, de connu en France, qui venoit être témoin de notre. union.

6. On se rendit dans la chapelle. de monsieur d'Estouteville. Amélie, qu'on disoit à sa toilette, se fit assez : attendre; dès qu'elle parut, le prêtre : monta à l'autel pour célébrer notre mariage.

Amélie étoit pâle, respiroit à peine; je lui offris mon bras et sentis le sien trembler. . Jusque-là elle s'é-. toit.contrainte. Je ne l'avois jugée quec

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