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* tente, et je veux vous parler." “ Une autre fois," a dit madame de “ Kieux si tendrement, si doucement!” -" Non, mes enfants,” a repris madame d'Estouteville, croyant que nous écouterions sa prudence. Mais cette expression, mes enfants, avoit retenti jusqu'au fond de nos cœurs. Nous la répétions avec une joie insensée. Je suis tombé à ses pieds : Athénaïs l'embrassoit pour la remercier, l'embrassoit encore pour l'empêcher de gronder, et madame d'Estouteville a fini par n'avoir pas le courage de troubler notre bonheur. Au milieu de tous nos trans. ports, je me suis rappelé l'heure du dîner de mon père, et les ai quittées aussitôt sans m'arrêter une minute. Oh ! j'avois besoin aussi que mon père fût content.

Dans le courant du jour, je me suis prêté à toutes ses volontés avec empressement. Le soir il m'a proposé de faire des visites; j'y ai consenti avec plaisir : par-tout je portois la bienveillance, la satisfaction dont mon coeur étoit rempli. D'ailleurs j'avois un peu l'espoir de revoir madame de Rieux. Mon père ne manque à rien; et certes, dans nos devoirs de parenté, Madame d'Estouteville ne pouvoit pas être oubliée. Mais mon père est aussi un homme d'ordre, et naturellement il arrange ses courses pour que ses chevaux fassent le moins de chemin possible. C'est donc à sa dernière visite qu'il a donné l'ordre d'aller chez ma dame d'Estouteville.

Quel battement de ceur en arrivant près de la maison de madame de

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Rieux! En vérité je m'aime davantage: la vie m'est plus chère ; j'ai une bien autre opinion de moi

même depuis que je suis aimé d'elle.

Lorsque nous sommes arrivés chez la maréchale, Athénaïs faisoit de la musique. Après les premiers compliments d'usage, mon père la priée de lui permettre de l'entendre. Je me suis rappelé le jour où elle m'avoit si sèchement refusé de chanter; je me suis approché de sa harpe.—“ Accor“ dez-moi aujourd'hui, lui ai-je dit “ tout bas, de choisir l'air que vous

préférez.”-“ Je le veux bien, a-t“ elle répondu de manière à n'être entendue

que

de moi, si auparavant vous prononcez encore le mot d'a“ mitié."-"Disons affection, chacun " de nous entendra ce qu'il voudra.” “ Non, amitié rassure mon ame.” -"Eh bien! amitié.” Aussitôt elle a fait quelques accords et a chanté :

De plaire un jour, sans aimer, j'eus l'envie;
Je ne voulois qu'un simple amusement:
L'amusement devint un sentiment;
Ce sentiment le bonheur de ma vie. *

Moi, faire le bonheur de sa vie ! que j'étois ému! J'osois à peine respirer; il me sembloit que je laisserois voir toute ma joie, si je ne parvenois pas à contraindre toutes més impressions. Madame d'Estouteville a aperçu

le trouble qui nous agitoit, et peut-être pour nous avertir de le dissimuler, elle a dit à Athénaïs : “Ce couplet est d'au“ tant plus joli que vous pourrez chan“ ter alternativement bonheur ou mal

* Vers de madame la marquise de Boufflers.

« Ah!

" heur de ma vie ; la mesure du vers

s'y trouvera également.”-
pour cela, a répondu madame de

Rieux, c'est comme la vie elle“ même; malheur ou bonheur, la me

sure des jours est égale aussi.”

J'ai trouvé qu'elle avoit fort bien répondu, et l'ai approuvée de mes regards. J'étois très-satisfait. Pourquoi chercher à lui inspirer des craintes ? Elle a posé sa harpe avec un peu d'humeur, s'est mise à son ouvrage, et madame d'Estouteville a eu l'air assez mécontent. · Athénaïs avoit pris de l'humeur contre sa grand’mère ; je ne sais par quelle fatalité j'en ai pris aussitót contre mon père. Il a parlé de la jeunesse, de son imprévoyance.--" Combien, disoit-il, " les jeunes gens, en écoutant leurs

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