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Mais comment surmonter sa douceur inhumaine,
Sa funeste douceur , qui m'ôte enfin l'espoir
Qu'elle-même d'abord m'avoit fait concevoir ?
Quel sera mon destin? Tu peux seul me l'apprendre ?
Ne me reste-t-il plus , amour rien à prétendre ?
A mon plus grand bonheur suis-je donc arrivé :
Est-ce là tout le prix que tu m'as réservé?

En achevant ces mots,

il attachoit sa vue » Sur le Dieu qu'imploroit sa voix ; Il vit , où les amans se trompent quelquefois,

» Il vit sourire la statue. » Ce prodige douteux fatta pourtant son cæur :

» Mais enfin qu'auroit voulu dire Le plus incontestable et le plus vrai sourire ? » C'étoit peut-être un sourire moqueur.

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Les bergers tous les jours font entr'eux des combats

Et de chansons et de musettes ;
Lorsque vous vous trouvez seules comme vous êtes,

Pourquoi ne les imiter pas ?
Quoi ! les graces du chant sont-elles nécessaires

A des bergers plutôt qu'à vous ?

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Je n'en connois qu'un seul pour de jeunes bergères.

SY IV E.

Nos amours ?

A M A RILLI S..

Et quoi donc !

FLORIS E.

Prenons garde en ces lieux
Que quelques bergers curieux
N'écoutent des récits peut-être trop sincères.

SYLV I E.

Ne craignez point ces dangers
Dans des lieux si solitaires.

FLORIS E.

Je crains par-tout les bergers.

A M A R I L I, I S.

Chantez sans tarder davantage :
Voyons qui de vous deux sait le mieux engager

Ceux dont elle reçoit l'hommage,
Mon expérience et mon âge
Me rendent

à vous juger.
Que sans feinte avec moi votre cæur se déclare :
Entre belles je sais que la franchise est rare ;
Mais elle doit ici régner dans vos discours. 2007

propre

Par un combat tel que le vôtre, Vous apprendrez l'une de l'autre A bien conduire yos amours.

Quand on y dessire sa vie ,
On ne s'y peut trop exercer.

Allons, agréable Sylvie ,
Je le vois bien , vous voulez commencer.

SYLV I E.

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Lycas brûle pour moi de l'amour le plus tendre,
Que faire , Amarillis? quel parti puis-je prendre !
Je n'y sais que d'aimer Lycas.

FLORIS E.
Il n'est fidèle amant que mon amant n'efface ;
J'aime, mais j'ea voudrois voir quelqu'autre en ma place;
Elle ne s'en sauveroit pas.

SYLV I E.
Aimer est un plaisir, mais il ne peut suffire
11
у fauc joindre encor le plaisir de le dire :
J'aime Lycas , Lycas le sait.

FLORIS E.
Ce plaisir est bien doux, mais je me le refuse.
Je sais trop qu'il n'est point de berger qui n'abuse
D'un bonheur qu'on rend trop parfait.

Sy [ V I E.
Je suis simple et naïve , et de feindre incapable;
Et je crois ma franchise encor plus aimable
Que l'éclat qu'on trouve à mes yeux,

TO FLORI S. E.
Je pourrois, comme vous, être simple et naïve;
Mais ce n'est pas ainsi qu'un amant se captive,

Et mon amant m'est précieux,

S Y LV I E.
Si l'on cache le feu dont on se sent éprise ,
Ce n'est pas à l'amant du moins qu'on le déguise ;
Qui le cause , s'en •apperçoit.

FLORIS E.
consens qu'avec soin un amant m'examine ;
Mais il est plus piqué d'un amour qu'il devine ,
Qu'il ne l'est de celui qu'il voit.

S Y LV I. I.
Dans vos regards, mes yeux, l'amour ose se peindre ;
Mes yeux, vous dites tout: mai je ne puis m'en plaindre ,

On vous répond trop tendrement.

FLORIS E.

Quand mon berger paroît trop vif et trop sensible,
Détournez-vous de lui, mes yeux, s'il est possible ,

Détournez-vous pour un moment.

SYLV I E.

Je feignis quelque temps, moins par art que par honte;
Mais je trouvai Lycas si tendre un certain jour,
Un jour qu'on célébroit la Reine d’Amathonte,

Que je découvris mon amour.

FLORIS E.;

Je dissimulois moins hier qu'à l'ordinaire ;
Si l'on ne fût venu troubler notre entretien
Je ne sais plus comment Thamire avoit su faire,

Mon secret ne tenoit à rien.

S v LV: I E.
Pour faire à mon berger l'aveu de ma tendresse ,
La fête de Vénus étoit un temps heureux ;
Je m'en suis apperçue ,

, grace

à la déesse Il n'en est que plus amoureux.

et

FLORSE. FLORISE.

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Je sais bien dans mon cæur que je suis obligée
Au jaloux Alcidor qui nous interrompit :
Du péril où j'étois je me vis dégagée;
J'en eus cependant du dépit.

S Y V I E.
Souvent nous disputons sur l'ardeur qui nous touche,
Et mon berger et moi, l'amour juge entre nous ;
Et je dis en moi-même , à prendre un air farouche ,
J'y perdrois des combats si doux.

FLORIS E.
Lorsqu'avec des regards attentifs, pleins de flamme,
Thamire cherche en moi ce qu'ont produit ses soins,
Je triomphe ; et je dis dans le fond de mon ame
J'y perdrois à me cacher moins.

S v L v I E.
J'imagine toujours quelques faveurs nouvelles,
Des présens que l'amour a soin d'assaisonner;
Lycas aura bientôt jusqu'à mes tourterelles,
Je ne sais plus que lui donner.

FLOR IS E.
J'évite de n'avoir qu'une même conduite :
Mes faveurs pour Thamire ont un air inégal ;
Je le prends à danser deux ou trois fois de suite,
Mais après je prends son rival.

S Y LV I E.
Voyez jusqu'à quel point ya ma douceur extrême :
Un jour Lycas et moi nous caressions mon chien ,
Nous le baisions ensemble , il me baisa moi-même;

Je feignis de n'en sentir rien.
Tome V.

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