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LES LIVRES NOUVEAUX.

ESSAIS CRITIQUES

SUR LA

LITTÉRATURE CONTEMPORAINE

PAR

ÉDOUARD DE BARTHÉLEMY.

PARIS.

A LA LIBRAIRIE ACADÉMIQUE
DIDIER ET C, LIBRAIRES-ÉDITEURS,

35, QUAI DES AUGUSTINS.

4859

AVANT-PROPOS.

Je n'ai point l'envie de faire ici une préface; je ne crois pas pouvoir me permettre une pareille prétention au sujet d'une réunion d'articles du genre de ceux-ci, et ces articles mêmes ne m'autorisent pas à une forme quasi-solennelle. Je veux seulement expliquer quelle est la pensée qui m'a décidé à rassembler des études publiées périodiquement dans l'une des plus honorables feuilles de la presse provinciale, où un si bienveillant accueil m'a été fait ; il m'a semblé qu'il ne serait pas sans intérêt de réunir en un volume deux années de travaux dans lesquels je me suis efforcé de suivre avec exactitude le mouvement littéraire de notre pays. Je crois n'avoir négligé aucun ouvrage un peu considérable, si j'en exempte la partie romanesque et ultrà-fantaisiste; j'avoue avoir peu de penchant pour ce côté de la littérature contemporaine et ne pouvoir me décider à consacrer à son étude un temps qui peut être si utilement employé d'une autre manière. Et d'ailleurs, peut-on compter comme partie intégrante de la littérature ces romans écrits à la vapeur et où non-seulement le bon sens est cruellement offensé, mais où le français est constamment malmené? Ce sont malheureusement les livres qui sont les plus lus cependant, les éditions les plus rapidement enlevées, et par conséquent les meilleures mines du Pérou, ce qui fait que ces livres attirent bon nombre d'esprits réellement intelligents, comme au théatre les drames et les pièces à sujets scabreux attirent la foule des écrivains et nuisent d'autant à la tradition et au vrai théatre. La question d'argent, telle est, avec le réalisme exagéré, la grande maladie littéraire de notre temps et la source à laquelle la postérité puisera certainement les éléments d'études piquantes et curieuses, inais affligeantes pour l'honneur de nos contemporains.

Je soumets donc au public cette série d'études, comme un essai sur les principaux ouvrages édités pendant les deux années qui viennent de s'écouler. C'est un usage, aujourd'hui complétement admis, de réunir en volume des articles disséminés dans des journaux: « Un écrivain contemporain, qui a contribué à donner à la critique une grande place dans les lettres, a dit M. le baron de Barante, en rassemblant à son tour ses remarquables Études historiques et biographiques, a modestement intitulé Causeries une série d'articles qui ont jeté une lumière nouvelle sur le caractère de beaucoup d'hommes célèbres et sur le mérite des ouvres de l'esprit. Son exemple a été imité, et maintenant la publication des morceaux épars dans les Revues ou les Journaux est devenue une coutume, encouragée par le succès et l'empressement des lecteurs. » C'est ce qu'ont fait depuis MM. de Sacy, de Pontmartin, Cuvillier-Fleury, pour ne citer que

les maîtres, et c'est à l'ombre de leurs noms, qu'à mon tour, humble soldat dans la grande armée littéraire, j'ose essayer d'appeler la bienveillance du public, en la réclamant à la fois comme une récompense pour un travail consciencieusement tenté, sinon réussi , et un encouragement pour mieux faire dans l'avenir.

Paris, 20 février 1859.

REVUE LITTÉRAIRE.

25 Janvier 1857.

Les Grands jours d'Auvergne , publiés par M. Chéruel,

avec introduction par M. de Sainte-Beuve, 1 vol. in-8, Hachette.- Histoire administrative de la France sous Louis XIV, par M. Chéruel, Dézobry , 2 vol. in-8°, Les Fondateurs de l'Unité française, par M. de Carné, 2 vol. in-8°, Didier.- Portraits historiques, par M. P. Clément, 1 vol. in-8°, Didier.- Les Nièces de Mazarin, par M. Renée, 1 vol. in-8°, Didot.

Il s'opère depuis quelque temps un mouvement intéressant à noter, plus intéressant encore à étudier, el qui, bien que je ne veuille pas en nier l'exagération dans certains cas, mérite la plus sérieuse attention et de réels éloges. Les recherches historiques semblent presqu'exclusivement dirigées depuis deux ou trois ans vers ce siècle qui résume dans ses titres divers la grandeur de la vieille monarchie française, le siècle qui eut pour roi Louis XIV, ce prince autour duquel on vit graviter les plus illustres de nos poètes, de nos anciens généraux, de nos orateurs religieux et de nos écrivains. Pendant une assez longue période le dixseptième siècle a été imparfaitement connu , médiocrement

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