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De Mendoce amoureux vous peignez le beau feu,

Et la vertueufe faibleffe

D'une maîtreffe

Qui lui fait, en fuyant, un fi charmant aveu.
Ah! pouvez-vous donner ces leçons de tendreffe,
Vous qui les pratiquez fi peu?

C'eft ainfi que Marot, fur fa lyre incrédule,
Du dieu qu'il méconnut prôna la fainteté :
Vous avez pour l'Amour auffi peu de fcrupule;
Vous ne le fervez point, et vous l'avez chanté.

Adieu; malgré mes épilogues,
Puiffiez-vous pourtant tous les ans
Me lire deux ou trois romans,
Et taxer quatre fynagogues! ( 1 )

EPITRE III.

A M. L'ABBÉ SER VIEN,

Prifonnier au château de Vincennes.

1 7 14.

AIMABLE

IMABLE Abbé, dans Paris autrefois
La Volupté de toi reçut des lois;

Les Ris badins, les Grâces enjouées,

A te fervir dès long-temps dévouées,

(1) Madame la comteffe de Fontaine était fille du marquis de Givri, commandant de Metz, qui avait favorisé l'établissement des juifs dans cette ville: ceux-ci, par reconnaissance, lui avaient fait une pension confidérable qui était paffée à ses enfans. Le roman de la comtesse de Savoie, alors manufcrit, a été imprimé en 1722.

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Et dès long-temps fuyant les yeux du roi,
Marchaient fouvent entre Philippe et toi;
Te prodiguaient leurs faveurs libérales,
Et de leurs mains marquaient dans leurs annales,
En lettres d'or, mots et contes joyeux,
De ton efprit enfans capricieux.

O doux plaisirs, amis de l'innocence,
Plaifirs goûtés au fein de l'indolence,
Et cependant des dévots inconnus!
O jours heureux! qu'êtes-vous devenus?
Hélas! j'ai vu les Grâces éplorées,
Le fein meurtri, pâles, désespérées,
J'ai vu les Ris trifles et confternés,
Jeter les fleurs dont ils étaient ornés :
Les yeux en pleurs, et foupirans leurs peines,
Ils fuivaient tous le chemin de Vincennes;

Et, regardant ce château malheureux,
Aux beaux efprits, hélas! fi dangereux,
Redemandaient aux deftins en colère,
Le tendre abbé qui leur fervait de père.

N'imite point leur fombre désespoir :
Et, puifqu'enfin tu ne peux plus revoir
Le prince aimable à qui tu plais, qui t'aime,
Ofe aujourd'hui te fuffire à toi-même.
On ne vit pas au donjon comme ici :
Le deftin change, il faut changer auffi.
Au fel attique, au riant badinage,
Il faut mêler la force et le courage;
A fon état mefurant fes défirs,
Selon les temps fe faire des plaisirs,

Et fuivre enfin, conduit par la nature,
Tantôt Socrate, et tantôt Epicure.
Tel dans fon art un pilote affuré,
Maître des flots dont il eft entouré,
Sous un ciel pur où brillent les étoiles,
Au vent propice abandonne ses voiles,
Et, quand la mer a foulevé fes flots,
Dans la tempête il trouve le repos.
D'une ancre sûre il fend la molle arène,
Trompe des vents l'impétueuse haleine;
Et, du trident bravant les rudes coups,
Tranquille et fier, rit des Dieux en courroux.

Tu peux, Abbé, du fort jadis propice
Par ta vertu corriger l'injustice;
Tu peux changer ce donjon détesté
En un palais par Minerve habité.
Le froid ennui, la fombre inquiétude,
Monftres affreux, nés dans la folitude,
De ta prison vont bientôt s'exiler.
Vois dans tes bras de toutes parts voler
L'oubli des maux, le fommeil défirable,
L'indifférence, au cœur inaltérable,
Qui, dédaignant les outrages du fort,
Voit d'un même œil et la vie et la mort ;
La paix tranquille, et la conftance altière,
Au front d'airain, à la démarche fière,

A qui jamais ni les rois ni les Dieux,
La foudre en main, n'ont fait baiffer les yeux.

Divinités des fages adorées,

Que chez les grands vous êtes ignorées!

Le fol amour, l'orgueil préfomptueux,
Des vains plaifirs l'effaim tumultueux,
Troupe volage à l'erreur confacrée,
De leurs palais vous défendent l'entrée.
Mais la retraite a pour vous des appas :

Dans nos malheurs vous nous tendez les bras ;
Des paffions la troupe confondue

A votre afpect disparaît éperdue.

Par vous, heureux au milieu des revers,

Le philofophe eft libre dans les fers.
Ainfi Fouquet, dont Thémis fut le guide,
Du vrai mérite appui ferme et folide,
Tant regretté, tant pleuré des neuf Sœurs,
Le grand Fouquet, au comble des malheurs,
Frappé des coups d'une main rigoureuse,
Fut plus content dans fa demeure affreuse,
Environné de fa feule vertu,

Que quand jadis, de fplendeur revêtu,
D'adulateurs une cour importune

Venait en foule adorer fa fortune.

Suis donc, Abbé, ce héros malheureux;
Mais ne va pas, triftement vertueux,
Sous le beau nom de la philosophie,
Sacrifier à la mélancolie,

Et par chagrin, plus que par fermeté,
T'accoutumer à la calamité.

Ne paffons point les bornes raisonnables. Dans tes beaux jours, quand les Dieux favorables Prenaient plaifir à combler tes fouhaits, Nous t'avons vu, méritant leurs bienfaits,

Voluptueux avec délicateffe,
Dans tes plaifirs refpecter la fageffe.
Par les deftins aujourd'hui maltraité,
Dans la fageffe aime la volupté.
D'un efprit fain, d'un cœur toujours tranquille
Attends qu'un jour, de ton noir domicile
On te rappelle au féjour bienheureux.
Que les Plaifirs, les Grâces et les Jeux,
Quand, dans Paris, ils te verront paraître,
Puiffent fans peine encor te reconnaître.
Sois tel alors que tu fus autrefois ;

Et cependant que Sulli quelquefois
Dans ton château vienne par fa présence,
Contre le fort affermir ta conftance.

Rien n'eft plus doux, après la liberté,
Qu'un tel ami dans la captivité.
Il eft connu chez le Dieu du Permeffe :

Grand fans fierté, fimple et doux fans bassesse,

Peu courtisan, partant homme de foi,
Et digne enfin d'un oncle tel que toi. (1)

(1) L'abbé Servien ne fut jamais mêlė dans aucune affaire d'Etat ou d'Eglife: c'était un homme de plaisir; et vraisemblablement quelque aventure un peu trop bruyante avait été la cause de sa prison. La fin du règne de Louis XIV est une des époques où la licence des mœurs s'eft montrée avec le plus de liberté. Le mépris et l'indignation qu'excitait l'hypocrifie de la cour fefaient presque regarder cette licence comme une marque de nobleffe d'ame et de courage.

Cette épître eft précieuse: on y voit que, dès l'âge de vingt ans, M. de Voltaire avait déjà une philosophie douce, vraie et fans exagération, telle qu'on la retrouve dans tous fes ouvrages. On y voit auffi que l'on parlait encore de Fouquet avec éloge : la haine pour fon perfécuteur Colbert n'était pas éteinte; ce ne fut que fous le gouvernement du cardinal de Fleuri qu'on s'avifa de le croire un grand homme.

L'abbé Servien mourut en 1716.

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