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de cet article, pourquoi les panegyristes que je combats, ne peuvent pas professer la même impartialité, et comment la cause de Séneque n'a été que le prétexte et l'occasion d'une querelle très-personnelle, une affaire de parti pour eux, qui ne saurait en être une pour moi.

S'il n'y a guere de pages qui n'offrent dans Séneque des défauts plus ou moins choquans, il n'y en a guere non plus qui n'offrent quelque chose d'ingénieux , soit par la pensée, soit par la tourpure. La morale de l'auteur est souvent noble et élevée, comme l'était celle des Stoïciens : elle tend à inspirer le mépris de la vie et de la mort, à mettre l'homme au dessus des choses sensibles et passageres, et la vertu au dessus de tout. C'est ce que vous avez déjà vu dans Socrate , dans Platon, dans Plutarque, dans Cicéron, avec des couleurs et des nuances différentes. La prédication de Séneque (car c'en est une, et il a l'air de prêcher quand les autres raisonnent) a une espece de force qui n'est point dans les autres : je dis une espece de force, car si la meilleure et la véritable" est celle qui est la plus efficace et qui produit le plus

la force de Séneque n'est sûrement pas celle-là : sa chaleur est de la tête, et monte à la tête sans affecter le cour. Il est proprement le rhéteur du Portique; mais j'ose croire, et avec bien d'autres, que parmi les Anciens l'orateur de la morale, c'est Cicéron, c'est l'auteur des Tusculanes, du Traité des Devoirs et de celui de la Nature des Dieux. Vous verrez dans les deux moralistes latins, quand je les rapprocherai tout-à-l'heure dans quelques morceaux, le même fonds de principes et d'objets, mais une grande disparité dans le choix des moyens et dans maniere de les présenter. Vous verrez que

l'Académicien doit avoir plus d'effet réel que le Storcien, parce qu'ila plus de mesure; qu'il doit obtenir

d'ellet sur l'anie,

la

Ce n'est pas

plus, parce qu'il demande moins; que son säge est un homme, et celui de Séneque une chimere; et dans toutes ces différences, vous pourrez encore observer le rapport naturel des hommes et des choses, qui rend compte de tout. Le stoïcisme et Séneque se convenaient : c'est le même esprit, c'est de part et d'autre une exagération, un effort, un excès. On peut dire à l'un: Qui veut trop n'obtient rien; à l'autre :: Qui prouve trop ne prouve rien. La roideur, la jactance et la morgue sont dans les phrases de Séneque , comme dans les dogmes de Zénon : le commentaire est comme le texte.


que

les hommes se prennent : on exalte ainsi les têtes, mais on choque la raison et l'on manque le coeur. Prenons cependant quelques morceaux où-il y a de l'élévation sans sécheresse, et de la grandeur sans trop d'emphase.

« Oui, Lucilius, un esprit saint réside dans nos » ames; il observe nos vices, il surveille nos » vertus, il nous traite comme nous le traitons. > Point d'homme de bien qui n'ait au dedans de » lui un dieu : sans son assistance , quel mortel s’é» leverait au dessus de la fortune? De lui nous » viennent les résolutions grandes et fortes. Dans » le sein de tout homme vertueux, j'ignore quel » dicu , mais il habite un dieu. S'il s'offre à vos » regards une forêt peuplée d'arbres antiques dont » les cimes montent jusqu'aux cieux, et dont les » rameaux pressés vous cachent l'aspect du ciel, » cette hauteur demesurée, ce silence profond , » ces masses d'ombres au loin prolongées et con» tinues (1), tant de signes ne vous annoncent-ils » pas la présence d'un dieu? Sur un antre formé

(1) Il y a dans Lagrange, qui de loin forment continuité, ce qui est trop iuélégant pour le ton de ce mors » dans le roc, s'il s'élève une haute montagne, » cette immense cavité creusée par la Nature et » non pas de la main des hommes, ne frappera» t-elle pas votre ame d'une terreur religieuse ? » On révere les sources des grandes rivieres : l'é» ruption soudaine d'un fleuve souterrain fait dres» ser des autels ; les fontaines des eaux thermales

ceau.

ont un culte, l'opacité et la profondeur de cer>> tains lacs les ont rendus sacrés : et si vous ren» contrez un homme intrépide dans le péril, inac» cessible aux vains desirs, heureux dans l'adver» sité, tranquille au sein des orages, votre ame ne

serait pas (1) pénétrée d'admiration! Vous ne » direz pas qu'il se trouve en lui quelque chose ► de trop grand , de trop élevé » à ce corps chétif qui sui sert d'enveloppe ! Ici » le souffle divin se manifeste : cette anie supé> rieure et si bien réglée, qui dédaigne les biens » périssables comme au dessous d'elle, qui se rit » de nos desirs et de nos craintes, sans doute est

mue par une impulsion divine : sans l'appui » d'un dieu, ce bel édifice ne pourrait se soutenir. » De même que les rayons du soleil touchent à

la terre et tiennent au globe lumineux d'où ils » émanent, ainsi l'ame sacrée du grand-homme, » envoyée d'en haut pour nous montrer la Divi» níté de plus près, séjourne avec nous, mais sans » abandonner le lieu de son origine; elle

у

reste

pour ressembler

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(1) Dans Lagrange, ne serait-elle pas? ce qui change le sens et l’aliere beaucoup. Le traducteur ne s'est pas aperçu que dans les phrases précédentes, sur les merveilles de la Nature, l'interrogation équivaut à l'affirmation, mais non pas ici. parce que l'auteur passe d'une vérité reconnue à une autre vérité qu'il veut persuader, comme la conséquence de l'autre : si Lucilius en était convaincu comme lui, l'auteur n'aurait rien à démontrer. Il y a bien d'autres fautes dans cet ouvrage; mais l'auteur est mort sans y avoir mis la dernicre maio,

>>

» attachée, elle le regarde, elle y aspire, et ne » vient un moment sur la Terre que comme un » être supérieur; et en quoi ? En ce qu'elle ne Þrille

que de son propre éclat. Quelle folie de louer dans l'homme ce qui lui est étranger, u d'admirer en lui ce qui peut dans un moment » passer à un autre. Un coursier ne vaut pas mieux » pour avoir un frein d'or. Le lion aux crins >> tressés, dompté par un maître, au point de souf» frir (1) les caresses et la parure, et le lion que » la servitude n'a point énervé, ne se présente pas » du même air sur l'arêne. Le dernier, bouillant,

impétueux, comme le veat sa nature, majes» tueusement hérissé, fier et beau de la terreur » qu'il inspire, ressemble-t-il à ce quadrupede » amolli et languissant sous les lames et les feuil» les d'or?On ne doit se glorifier que de ses biens : D quand les sarmens d'une vigne sont chargés » de grappes, quand ses appuis même succom» bent sous le faix, on l'admire, on la préfere à pune vigne dont les feuilles et les fruits seraient » d'or. Pourquoi ? C'est que le premier mérite » d'une vigne est la fertilité. Louez donc aussi dans » l'homme ce qui lui appartient : il a de beaux » esclaves, de riches palais, des moissons abon» dantes , un ample revenu : tout cela n'est pas en » lui, mais autour de lui. Réservez vos éloges pour » les biens qu'on ne peut ni ravir ni donner, et » qui sont propres à l'homme, c'est-à-dire, son » ame, et dans cette ame la sagesse. n

Je me suis permis quelques changemens dans

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(1) Lagrange dit au point d'endurer, ce qui est un terme impropre : on n'entlure que ce qui fait de la peine, et il ne s'agit ici que de ce qu'on permet. Souffrir est reçu pour tous les deux. Le lion apprivoisé souttre les caresses et n'en souffre rien; au contraire, il les reçoit avec joie, tout comme le chien.

la traduction, que l'auteur n'eut pas le tems de revoir; mais l'intention n'en saurait être suspecte. C'est par le même motif que j'ai supprimé deux ou trois lignes de l'original, pour ne rien gåter au morceau ni au plaisir qu'il pourrait vous faire. Séneque dit de son sage , qu'il voit les hommes sous ses pieds , et les dieux sur sa ligne. La premiere moitié de cette phrase est arrogante, et l'autre ridiculement fastueuse.Ailleurs : il ne quitte pas le ciel pour en descendre. Cette phrase, louche et amphibologique, est une faute du traducteur ; il fallait dire : Le sage n'a pas quitté le ciel pour » en être descendu ; » ce qui s'explique très-bien par cette comparaison tirée des rayons du soleil, et qui me paraît sublime. Le paragraphe entier est plein de mouvement et d'éclat. Je n'examine point si cela est d'une conversation ou d'une lettre : je ne prends point l'auteur au mot: je regarde la chose; elle est entiérement oratoire : mais si l'ouvrage était seulement intitulé Lettres philosophiques, il n'y aurait rien à objecter, car celles-là comportent tous les tons. C'est ce que sont les lettres de Séneque , quoiqu'elles n'en aient pas le titre; et qu'importe? Ce n'est donc pas sur cette convenance réelle ou prétendue que j'appuierai aucune critique : je prends ici pour bon tout ce qui l'est en soi. L'on ne trouverait peut-être pas dans Séneque trois morceaux qui vaillent celui-là; et quoiqu'il soit de la vieillesse de l'auteur, et qu'il y ait de l'imagination, n'avez-vous passenti qu'il y avait là du faux et du luxe de jeunesse ? Les grands spectacles de la Nature attestent un

mais le culte rendu aux lacs et aux fontaines est une superstition, et il ne faut pas partir d'une erreur pour arriver à une vérité. Cela pourrait se passer tout au plus à un poëte qui , avec de beaux vers, a toujours raison, jamais à un philosophe. Quatre comparaisons si près l'une de l'autre , c'est

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dieu ;

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