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cement et la fin de toute sagesse ,

de toute gloire, de toute puissance, parmi les bommes ?

Un grand roi, qui donna à Fénélon la plus haute marque d'estime, qu’un roi et qu'un père puisse donner, ne vit dans ce livre, écrit pour son petit-fils, que la satire de son règne. Cette accusation était sans justice, et non sans fondement. Fénélon pouvait-il concevoir la pensée d'outrager son bienfaiteur, de flétrir son souverain? Mais son âme, libre et sincère, l'avait conduit, sans qu'il le voulût, à tracer, à l'ombre niême de ce trône, resplendissant de gloire et d'orgueil, une pathétique protestation en faveur des peuples, foulés par un gouvernement, qui ne connaissait

que

la grandeur personnelle du monarque.

Où puisait-il une philosophie, encore si étrangère à son siècle? Ne suppose-t-elle pas autant d'étendue dans l'esprit, que rosité dans le coeur? Aimable précepteur des rois, digne patron des peuples, c'est la gloire particulière qu'on ne puisse rien séparer dans les perfections que tu réunis; et tout ressemble en toi à une nature céleste,

de géné

mêlée, un moment, à la nature humaine. Tout ce que je puis apercevoir dans ton génie , ou plutôt dans ton âme; c'est qu'elle était une heureuse réunion de ce qu'il y eut de plus candide dans la simplicité antique, de plus pur dans la religion chrétienne , et de plus juste dans la science moderne.

MASSILLON.

Louis XIV venait de mourir, après avoir vu toute la pompe de son règne, s'obscurcir et s'éteindre dans les deuils de sa famille et dans les désastres de son royaume. Ses dernières années n'avaient plus offert, de sa première gloire, qu'un majestueux souvenir. Un enfant de dix ans, seul rejeton de cette auguste tige, occupait déjà le trône, avant d'en pouvoir exercer la puissance et d'en connaître les devoirs. Après de longs et profonds malheurs, c'était la source de toutes les espérances. C'est à cette époque que Massillon, récompensé enfin par l'épiscopat, et touchant à la vieillesse, fut appelé pour venir, encore unefois, prêcher à la cour.

Il pouvait obtenir des triomphes flatteurs,

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245 avec ses anciens chefs-d'oeuvre. Mais son coeur sensible et vertueux conçut une haute pensée. Il osa embrasser le projet de préparer un bon roi à la nation. Il fit de nouveaux discours , qui formèrent une suite d'instructions

pour le jeune prince. Il a sans cesse cet enfant royal devant les yeux; il dépouille son style de son ancienne pompe; il en retranche même une certaine vigueur de raison, qui pouvait effaroucher un âge encore si tendre; il n'en conserve que la douceur et la grâce.

Mais ce ton simple et touchant lui suffit, pour le grand objet qu'il se propose. Il peint, des plus aimables couleurs, les vertus qu'il veut donner au jeune roi. C'est dans son cour qu'il grave ses devoirs; il les associe à tous les penchans de son âge. Il n'oublie rien , surtout, pour développer sa sensibilité; et pour la tourner vers son peuple. Il lui porte les veux que l'on forme pour lui; il lui fait goûter les premières douceurs de l'affection publique. Il lui présente la nation ; et il le présente à elle; il lui peint, tour à tour, les malheurs et la gloire , qui environnent sa jeunesse. L'or

phelin et le roi sont sans cesse mis à côté l'un de l'autre, afin que son coeur ne puisse s'élever, sans s'attendrir; et qu'il s'afflige, en même temps, de sa fortune et de son délaissement. Au milieu de ces tendres épanchemens, les plus grandes vérités lui sont enseignées; et tous les devoirs du prince. sont fondés sur les droits des peuples.

Les auteurs du Télémaque et du Petit Carême eurent bien des rapports. La nature leur accorda un talent et un caractère pleins de grâces et d'onction; leur destinée les conduisit l'un et l'autre à être les précepteurs d'un jeune prince; et, dans cet auguste emploi, leur âme noble et franche les a élevés au-dessus des préjugés , qui devaient naturellement les dominer. Ils se ressemblent jusque dans l'espèce de leurs défauts, qui sont de la faiblesse et des longueurs. Avouons cependant, que si ces deux hommes peuvent être rapprochés par tant de choses, ils ne peuvent être égalés. La sensibilité, dans Massillon, est moins vive, moins profonde; elle n'annonce pas une âme si heureusement douée. Son imagination paraît aussi souple; elle ne parait pas aussi féconde. Les beautes et les défauts, dans Fénélon, sortent uniquement d'un coeur, qui ne fait que s'ouvrir et se répandre; les beautés et les défauts, dans Massillon, tiennent davantage à un art singulièrement facile, qui souvent abuse de lui-même.

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