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Eu quoi ! grand monarque , avec toute ta puissance et ton orgueil, tu ne pourras donc jamais montrer dans tes villes, dans tes compagnes, ces miracles de l'industrie, qui enrichissent cette province de Hollande, conquise sur la mer par ses habitans; et que tes valeureuses armées ne purent t'assujettir ! S'il te faut renoncer ; par les vices de la constitution que tu laissas à ton empire, à ce qu'un despotisme, vraiment magnifique, pourrait avoir de bienfaisant; du moins, par l'éclat des beaux-arts, ne laisse pas ta capitale au-dessous de cette Athènes, éternelle par cette gloire; de qui la ville du monde reçut toutes ses pompes ; et de qui seule tu peux encore apprendre, aujour

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d'hui , à faire rivaliser ta vaste monarchie , avec cette petite république.

Voilà le voeu que Louis a dignement accompli. Le faste des rois a un charme qui séduit, un ascendant qui subjugue; l'adulation l'a mieux seconde ici, que le zèle dans de meilleures choses; la vanité nationale s'est émue où se taisait l'esprit public; les murmures sur ces ruineuses constructions, n'ont commencé

que

dans la postérité. Que ne peut-on donner aux potentats de l'Europe, des idées d'une meilleure gloire , je leur dirais :

Si vous voulez que l'étranger ralentisse involontairement sa course, en parcourant vos états; qu'il fasse envier, au loin, le bonheur de vivre sous vos lois; si vous voulez être heureux vous-mêmes, et laisser de vous un beau souvenir; portez vos regards et vos soins au-delà de vos cours, au-delà de vos capitales. Comment vous borner à la décoration de ces enceintes, toujours trop étroites, pour absorber et réfléter la majest suprême? Les monumens des arts sont imposans et glorieux; mais l'admiration qu'ils inspirent, est souvent attristée par la misère qui les entoure; et leurs plaisirs ne se communiquent qu'à ceux qui ont appris à les adorer. Ce sont les bienfaits d'une administration savante et généreuse, qui font la vie et l'honneur des monarchies, comme des républiques.

Vous recherchez aujourd'hui la nature dans vos somptueux jardins; vous aimez à

y surprendre partoutce qu'elle offre de simple et d'aimable; vous épuisez vos trésors à l’imiter et souvent à la défigurer : enrichissezvous, en la secondant; faites de tout votre empire un jardin immense , fécondé par tous les prodiges du travail et de l'industrie ; et embelli de toutes les formes, de tous les aspects du bonheur.

Alors, sortez de vos palais; venez jouir de ce que vous avez fait , observer ce qui vous reste à faire encore. Quelquefois, sans pompe, sans cortége, inconnus; et, comme le mortel, content de lui-même, cherchez les lieux infréquentés. Là, mille détails d'une amélioration continuelle, opérée par vous, pour ainsi dire, à votre insu , feront long-temps l'occupation de vos yeux et le charme de vos cours. D'autres fois parcourez vos états, dans toute votre splendeur, pour achever la joie de vos peuples, par votre vue; pour contempler votre gloire, dans ce riche développement de la prospérité publique ; pour goûter les plus pénétrantes délices, dans ces cantiques de la reconnaissance , qui saluent votre marche triomphale; rétentissent encore bien loin derrière votre passage; et se répéteront dans des temps, où vous ne serez plus.

FÉNÉLON ET MASSILLON.

FÉNÉLON.

Qui n'a senti, qui n'adore les grâces de l'i-* magination, qui a produit ce beau livre; un poëme sans versification, puisqu'il est plein de poésie ; et, que, hors de la poésie, il n'y a pas un genre où il trouve sa digne place ? Qui pourrait se refuser à ce charme d'innocence et de vertu, qui semble épurer l'âme du lecteur , à proportion du plaisir qu'il en reçoit? Mais a-t-on donné assez de bénédictions à cette politique, grande à force d'être simple; qui, s'élevant au-dessus, tout à la fois, et de ce fanatisme patriotique des anciens, lequel , en resserrant les liens des citoyens, rompait tous ceux des nations; et de ces insolens préjugés de la stupide féodalité, qui avaient voué les peuples à la bassesse et au mépris, s'appuie, toute entière, sur la sainte humanité; en fait le commen

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