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RICHELIEU ET MAZARIN.

Tiré de mon Éloge de Montausier.

La jeunesse de Montausier s'écoula entre deux époques mémorables. Il vit la puissance de Richelieu et son règne; car c'est de ce nom qu'il faudrait appeler celui de Louis XIII, qui n'y eut d'autre part que de donner, le premier , l'exemple de la soumission aux volontés de son ministre; de ce ministre, qui subjugua dans l'âme de son maître jusqu'à la haine; eut un vaste génie; chercha la gloire; fut dépositaire de toute l'autorité royale; mais ne la fit jamais servir qu'au maintien de sa propre grandeur; opprima la France, pour abaisser l'Autriche; apprit aux grands à tout craindre, aux peuples à tout supporter; ne vit jamais dans les lois , que des instrumens serviles entre les mains de l'homme puissant; leur imposait silence devant ses volontés; ou leur commandait de prêter leurs formes et

leur nom à ses vengeances ; et n'a dû qu'à la reconnaissance des lettres , d'échapper, peut-être, à la renommée des tyrans.

Montausier vit ensuite la régence d'Anne ď Autriche , et ces longs troubles, où la nation parut, d'abord, vouloir se venger

de l'affront d'être gouvernée par unétranger qu'elle méprisait; où elle parut même, pendant quelques momens, tendre à la réforme de l'état: dessein digne de l'âme et du génie du cardinal de Retz; et qui eût placé, parmi les bienfaiteurs des peuples, un factieux sans but et sans plan; ces troubles où l'autorité royale fut sans vigueur; où les grands ne se révoltèrent que pour trafiquer de leur soumission; où les femmes étendirent l'empire de leur sexe et accrurent la corruption des moeurs, en mêlant la galanterie aux affaires; et en opposant le genre d'intrigues, qui leur est propre, à la fourberie italienne, le seul talent de Mazarin ; où la magistrature, étonnée d'être devenue le centre des factions, voulut au moins faire régner ses formes dans leur anarchie ; et par-là fit entrer le ridicule dans une guerre et une insurrection; où le peuple, seul, montra quelque con

stance et quelque raison, en répétant, tant qu'il eut quelque espoir, ce cri de l’indignation et du mépris: Point de Mazarin; mais où la nation entière ne sut ni rien faire , ni rien désirer pour son bonheur; où elle riait et chantait dans une guerre civile; bien différente d'un peuple voisin qui, à la même époque, faisait tomber sur un échafaud la tête du malheureux Charles I.; et ne reconnaissait rien de sacré et d'inviolable, que ses droits et sa constitution.

Descendons dans l'âme de Montausier; voyons ce qui s'y passe, à la vue de ces spectacles si divers. Tandis que Richelieu subjugue les protestans et fait trembler la haute noblesse, Montausier, encore jeune, et qui ne peut encore produire son âme, y nourrit une indignation contrainte; la plus énergique des impressions, que le coeur humain puisse recevoir et conserver. Mais, pendant l'agitation de la Fronde, il s'habitue à des sentimens, peut-être encore plus utiles pour

le pays et pour le temps où il doit vivre; il monte son âme à ce courage , qui ose juger et reprendre les cours et les rois ; et qui est une grande vertu dans une monarchie absolue.

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Dans cet imposant appareil du trône, tout commandait une soumission sans réserve, une admiration silencieuse; rien n'y avertissait plus, que l'on pouvait parler avec la franchise du zèle , avec la confiance de l'amitié; si ce n'est la magnanimité du prince: mais où sont les courtisans, qui sachent

у croire, et qui osent s'y fier?

Combien le bon Henri fut plus grand dans la simplicité et la familiarité de ses moeurs ! Il ne voyait dans ses premiers sujets que les anciens compagnons de ses victoires; et toutes les expressions de l'amitié sortaient continuellement de sa bouche et de son

coeur.

Louis parut encore dédaigner l'exemple

de son aïeul, dans une autre vertu, dans sa popularité.

Ce dernier, chéri entre tous les autres, comme le meilleur ami du peuple, le cherchait toujours au milieu de ses fêtes et dans ses jours de bonheur; on s'assurait d'un bon accueil, en lui en parlant. Par sa bonté attirante et paternelle, il relevait l'humanité de cette dégradation, où l'avait fait tomber la tyrannie féodale.

Louis renouvela , en quelque sorte, ce crime de la barbarie, par l'orgueil de sa magnificence. Toute cette grandeur, dont il marchait environné; toute cette inflexible dignité de son maintien, semblait dire au people : Adore, et n'approche pas. Je le remarque avec douleur; mais je dois à l'humanité d'exprimer cette plainte: jamais il n'a reçu lui-même la prière du pauvre; jamais il n'a adressé une parole à un homme du peuple. Cependant il montra souvent une belle âme au milieu de sa cour; il voulait le bonheur du peuple, et désirait son estime.

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