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Tant de miroirs, ce sont les sottises d'autrui.
Miroirs, de nos défauts les peintres légitimes;
Et quant au canal, c'est celui

Que chacun sait, le livre des Maximes (1).

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XII

Le Dragon à plusieurs têtes, et le Dragon à plusieurs queues

Un envoyé du grand-seigneur

Préférait, dit l'histoire, un jour chez l'empereur
Les forces de son maître à celles de l'empire.

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Qui de leur chef sont si puissants,

Que chacun d'eux pourrait soudoyer une armée.
Le chiaoux, homme de sens,

Lui dit : Je sais par renommée

Ce que chaque électeur peut de monde fournir;
Et cela me fait souvenir

D'une aventure étrange, et qui pourtant est vraie.
J'étais en un lieu sûr, lorsque je vis passer
Les cent têtes d'un hydre au travers d'une haie.
Mon sang commence à se glacer :

Et je crois qu'à moins on s'effraie.

Je n'en eus toutefois que la peur sans le mal;

(1) Publié dans la Bibliothèque nationale, tome LXXXVIII de la collection.

Jamais le corps de l'animal

Ne put venir vers moi, ni trouver d'ouverture.
Je rêvais à cette aventure

Quand un autre dragon, qui n'avait qu'un seul chef,
Et bien plus d'une queue, à passer se présente.
Me voilà saisi derechef

D'étonnement et d'épouvante.

Ce chef passe, et le corps, et chaque queue aussi :
Rien ne les empêcha, l'un fit chemin à l'autre.
Je soutiens qu'il en est ainsi
De votre empereur et du nôtre.

XIII

Les Voleurs et l'Ane

Pour un âne enlevé deux voleurs se battaient :
L'un voulait le garder, l'autre le voulait vendre.

Tandis que coups de poing trottaient,

Et que nos champions songeaient à se défendre,
Arrive un troisième larron,'

Qui saisit maître Aliboron.

L'âne, c'est quelquefois une pauvre province :
Les voleurs sont tel et tel prince,

Comme le Transylvain, le Turc et le Hongrois.
Au lieu de deux, j'en ai rencontré trois;
Il est assez de cette marchandise.

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De nul d'eux n'est souvent la province conquise :
Un quart (1) voleur survient, qui les accorde net
En se saisissant du baudet.

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XIV

Simonide préservé par les Dieux

On ne peut trop louer trois sortes de personnes;
Les dieux, sa maîtresse et son roi.

Malherbe le disait : j'y souscris quant à moi;
Ce sont maximes toujours bonnes.

La louange chatouille et gagne les esprits;
Les faveurs d'une belle en sont souvent le prix,
Voyons comme les dieux l'ont quelquefois payée,

Simonide avait entrepris

L'éloge d'un athlète; et, la chose essayée,
Il trouva son sujet plein de récits tous nus.

Les parents de l'athlète étaient gens inconnus ;
Son père, un bon bourgeois; lui, sans autre mérite:
Matière infertile et petite.

Le poëte d'abord parla de son héros.
Après en avoir dit ce qu'il en pouvait dire,
★ Il se jette à côté, se met sur le propos
De Castor et Pollux; ne manque pas d'écrire
Que leur exemple était aux lutteurs glorieux;
Elève leurs combats, spécifiant les lieux

(1) Un quatrième,

Où ces frères s'étaient signalés davantage :
Enfin, l'éloge de ces dieux

Faisait les deux tiers de l'ouvrage.

L'athlète avait promis d'en payer un talent:
Mais quand il le vit, le galant

N'en donna que le tiers; et dit fort franchement
Que Castor et Pollux acquittassent le reste :
Faites-vous contenter par ce couple céleste.
Je veux vous traiter cependant;
Venez souper chez moi; nous ferons bonne vie ;
Les conviés sont gens choisis,

Mes parents, mes meilleurs amis,
Soyez donc de la compagnie,
Simonide promit. Peut-être qu'il eut peur
De perdre, outre son dû, le gré de sa louange.
Il vient l'on festine, l'on mange.

Chacun étant en belle humeur,

Un domestique accourt, l'avertit qu'à la porte
Deux hommes demandaient à le voir promptement.
Il sort de table; et la cohorte

N'en perd pas un seul coup de dent,

Ces deux hommes étaient les gémeaux de l'éloge.
Tous deux lui rendent grâce; et, pour prix de ses vers,
Ils l'avertissent qu'il déloge,
Et que cette maison va tomber à l'envers,

La prédiction en fut vraie.

Un pilier manque, et le plafond,
Ne trouvant plus rien qui l'étaie,
Tombe sur le festin, brise plats et flacons,
N'en fait pas moins aux échansons.

Ce ne fut pas le pis: car, pour rendre complète

La vengeance due au poëte,
Une poutre cassa les jambes à l'athlète,
Et renvoya les conviés

Pour la plupart estropiés.

La renommée eut soin de publier l'affaire ;

Chacun cria: Miracle! on doubla le salaire

Que méritaient les vers d'un homme aimé des dieux.
Il n'était fils de bonne mère

Qui, les payant à qui mieux mieux,
Pour ses ancêtres n'en fit faire.

Je reviens à mon texte et dis premièrement
Qu'on ne saurait manquer de louer largement
Les dieux et leurs pareils; de plus, que Melpomène
Souvent, sans déroger, trafique de sa peine;
Enfin, qu'on doit tenir notre art en quelque prix.

Les grands nous font honneur, dès lors qu'ils nous font

Jadis l'Olympe et le Parnasse

Etaient frères et bons amis.

[grâce :

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XV

La Mort et le Malheureux

Un malheureux appelait tous les jours

La Mort à son secours.

O Mort! lui disait-il, que tu me sembles helle!

Viens vite, viens finir ma fortune cruelle:

La Mort crut, en venant, l'obliger en effet.

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