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combattre, toujours prète à s'imınoler pour le prince et pour la patrie, comme pour

la cause

de l'innocence et de la justice.

« Un des caractères les plus remarquables de la chevalerie, celui qui excite aujourd'hui le plus notre curiosité et notre surprise, c'est l'alliance des sentiments religieux et de la galanterie. La dévotion et l'amour, tel était le mobile des chevaliers : Dieu et les Dames, telle était leur devise.

« Pour avoir une idée des mours de la chevaJerie, il suffit de jeter les yeux sur les tournois, qui lui durent leur origine, et qui étaient comme les écoles de la courtoisie et les fêtes de la bravoure. A cette époque, la noblesse se trouvait dispersée, et restait isolée dans les châteaux. Les tournois lui donnaient l'occasion de se rassembler , et c'est dans ces réunions brillantes qu'on rappelait la mémoire des anciens preux, que la jeunesse les prenait pour modèles, et se formait aux vertus chevaleresques, en recevant le prix des mains de la beauté.

« Comme les dames étaient les juges des actions et de la bravoure des chevaliers, elles exercèrent un empire absolu sur l'ame des guerriers; et je n'ai pas besoin de dire ce que cet ascendant du sexe le plus doux put donner de charine å

l'héroïsme des preux et des paladins. L'Europe com mença

à sortir de la barbarie du moment où le plus faible commanda au plus fort, où l'amour de la gloire, où les plus nobles sentiments du cæur, les plus tendres affections de l'ame, tout ce qui constitue la forec morale de la société, put triompher de toute autre force.

« Louis IX, prisonnier en Égypte, répond aux Sarrasins qu'il ne veut rien faire sans la reine Marguerite, qui est sa dame. Les Orientaux ne pouvaient comprendre une pareille déférence; et c'est parce qu'ils ne comprenaient point cette délicatesse qu'ils sont restés si loin des peuples de l'Europe, pour la noblesse des sentiments et l'élégance des mours et des manières.

« Ou avait vu dans l'antiquité des héros qui couraient le monde pour le délivrer des fléaux et des monstres; mais ces héros n'avaient pour mobile ni la religion qui élève l'ame, ni cette courtoisie qui adoucit les mours. Ils connaissaient l'amitié, témoins Théséc et Pirithous, Hercule et Lycas; mais ils ne connaissaient point la délicatesse de l'amour. Les poètes anciens se plaisent à nous représenter les infortunes de quelques héroïnes délaissées par des guerriers; mais, dans leurs touchantes pein

tures, il n'échappe jamais à leur muse atlendric la moindre expression de blâine contre les héros qui faisaient ainsi couler les larmes de la beauté. Dans le moyen âge, et d'après les mæurs de la chevalerie, un guerrier qui aurait imité la cona duite de Thésée eayers Ariane, celle du fils d'Anchise envers Didon, n'eût pas manqué d'encourir le reproche de félonie.

« Une autre différence entre l'esprit de l'antiquité et les sentiments des modernes, c'est que, chez les Anciens, l'amour passait pour amollir le courage des héros, et qu'au temps de la chevalerie, les femmes, qui élaient juges de la valeur, rappelaient sans cesse dans l'ame des

guerricrs l'enthousiasme de la vertu et l'amour de la gloire. On trouve, dans Alain Chartier, une couversation entre plusieurs dames, exprimant leurs sentiments sur la conduite de leurs chevaliers qui s'étaient trouvés à la bataille d'Azincourt. Uu de ces chevaliers avait cherché son salut dans la fuite; et la dame de ses pensées s'écrie: Selon la loi d'amour, je l'aurais mieux aimé mort que vif, Dans la première croisade, Adèle, comtesse de Blois, écrivait à son mari, qui était parti pour l'Orient avec Godefroy de Bouillon : Gardez-vous bien de mériter les reproches des braves, Comme le comte de Blois

était revenu cu Europe avant la reprise de Jérusalem , sa femme le fit rougir de cette désertion, et le força de repartir pour la Palestine, où il combattit vaillamment, et trouva upe mort glorieuse. Ainsi l'esprit et les sentiments de la chevalerie u'enfantaient pas moins de prodiges que le plus ardent patriotisme dans l'antique Lacédémone; et ces prodiges paraissaient si simples, si naturels, que les chroniqueurs du moyen âge nc les rapportent qu'en passant, et sans en témoigner la moindre surprise.

« Cette institution, si ingénieusement appelée Fontaine de courloisie, et qui de Dieu vient, est bien plus admirable encore sous l'influence loule-puissante des idées religieuses. La charité chrélienne réclame toutes les affections du chevalier, et lui demande un dévouement perpétuel pour la défense des pèlerins et le soin des malades. Ce fut ainsi que s'établirent les ordres de Saint-Jean et du Temple, celui des chevaliers Teutoniques et plusieurs autres, tous institués pour combattre les Sarrasins et soulager les misères humaines. Les Iofidèles adoriraient leurs vertus antant qu'ils redoutaient leur bravoure. Rien n'est plus louchant que le spectacle de ces nobles guerriers qu'on voyait tour à tour sur le champ de bataille et dans l'asile des dou

leurs, tantôt la terreur de l'ennemi, tantôt la consolation de tous ceux qui souffraient. Ce que les paladins de l'Occident faisaient pour la beauté, les chevaliers de la Palestine le faisaient pour la pauvreté et pour le malheur. Les uns dévouaient leur vie à la dame de leurs pensées ; les autres la dévouaient aux pauvres et aux in-. firmes. Le grand - maître de l'ordre militaire de Saint-Jean prenait le titre de Gardien des pauvres de Jésus-Christ', et les chevaliers appelaient les malades et les pouvres nos seigneurs. Une chose plus incroyable , le grand-maître de l'ordre de Saint-Lazare, institné pour la guérison et le soulagement de la lepre, devait être pris parmi les lépreux. Ainsi la charité des chevaliers, pour entrer plus avant dans les misères humaines, avait ennobli en quelque sorte ce qu'il y a de plus dégoûtant dans les maladies de l'homme. Ce grand-maître de Saint-Lazare, qui doit avoir lui-même les infirmités qu'il est appelé à soulager dans les autres, n'inuite-t-il

autant qu'on peut le faire sur la terre, l'exemple du fils de Dieu qui revêtit une forme humaine pour délivrer l'humanité ?

« On pourrait croire qu'il y avait de l'ostentation dans une si grande charité; mais le christianisme, comme pous l'avons déjà dit, avait

pas,

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