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une révolution étoient ceux qui ne

prenoient aucun parti.

La révolution française a démontré aujourd'hui ce qui , pour ainsi dire, n'étoit qu'un problême, et les honnêtes gens, ou soi-disant tels, qui ont refusé de suivre le torrent, en précipitant la ruine générale , ont été les premières victimes d'un mouvement qu'ils devoient suivre ou annuller,

Un nommé Théophile-Mandar fit, il y a quatre ans , un gros volume in-8°. de 500 pages, intitulé : Des Insurrections , où il donnoit des moyens de les régulariser et de les utiliser. Comme si on pouvoit régler ce qui est hors des régles, et utiliser ce qui va directement contre l'intérêt général et l'intérêt particulier ! On ne lit plus ce livre qui pourrit tranquillement chez celui qui la imprimé, et qui prouve une chose déjà démontrée tant de fois qu'il n'y a rien dans le monde qu'on ne puisse montrer du bon côté, et que les plus

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mauvaises choses ont leurs apologistes. On sait qu'il existe une justification de la journée de la Saint-Barthélemy, des meurtres et des dragonnades des Cévennes et des albigeois. Après de telles extravagances,

il n'est plus permis de douter de rien.

Unauteur a dit : Si la peste avoit des emplois, des distinctions et de l'or à distribuer, elle auroit des courtisans et des apologistes.

JOUISSANCE. Fleur dont le parfum s'évapore, et dont l'éclat s'éteint sous la main qui la cueille. On a eu raison de lire que la jouissance est le tombeau de l'amour, Jeunes amans, qua

n'avez pas encore cueilli les prémices de l'amour , ne vous hâtez pas de jouir ; prolongez les momens où vous aimez, mais ne jouissez pas; vous serez mille ois plus heureux que si vous obieniez des faveurs : la première faveur est le

G&

VOUS

premier coup porté à l'amour, et dont il ne se relève presque jamais. Une première faveur détruit pour toujours le spectacle enchanteur que notre imagination s'étoit plu à former ; une femme qui, un instant avant de se rendre, étoit pour nous une divinité que nous adorions à genoux, après s'être rendue n'est plus pour nousqu'une femme, et nous nous écrions avec surprise : n'est-ce que cela ?

JUSTE

ET IN JUSTE.

Le juste et l'injuste sont une pure affaire de localité, car ,

comme dit Montaigne, on ne voit presque rien de juste et d'injuste qui ne change de qualité en changeant de climat; trois degrés d'élévation du pôle renversent toute la jurisprudencc ; un méridien décide de la vérité, ou peu d'années de possession. Les lois fondamentales changent; le droit a ses époques. Plai

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( 87 ) sante justice qu'une rivière ou úno montagne borne ! vérité en-deçà des Pyrénées , erreur au-delà.

A v í s.

Demander un avis, c'est souvent quêter un suffrage. On trouve beaucoup de donneurs d'avis, inais peu de gens qui donnent ce qui peut les mettre à exécution. * Ce matin , écrivoit Dorilas à Valère ,

« En duel je me suis battu,
« Et j'ai tué mon adversaire :
« Ami , que me consei les-tu ? »

Arrive réponse à la lettre :
Elle contient ces mots pour tout avis :
Je charge le porteur, ami, de te remettre

Deux éperons et cent louis.

So T.

Dans sa comédie du Méchant Gresset a dit : Les sots sont ici bas pour nos merus plaisirs.

Ce vers n'est pas exactement vrai.

Qui prospère dans le monde ? un sot. Qui amasse de l'or et des richesses? un sot. Qui est recherché dans la société ? un sot. Qui est aimé et adoré des femmes ? un sot. En un mot, il vaut mieux être sot que spirituel. Le sot prend la vie comme elle est , et se trouve heureux. L'homme d'esprit se tourmente sans cesse,

et finit toujours par être malheureux.

Un homme qui avoit deux enfans, l'un sot et l'autre spirituel, fit son testament. Il ne laissa

presque

rien au premier. On lui en demanda la raison; il répondit : Celui qui a de l'esprit aura bientôt dissipé ce que je lui laisse ; quant à l'autre, il est sot : il fera son chemin.

Quelquefois on est sot avec de l'esprit, mais jamais avec du jugement.

Le propre du sot est de toujours parler à tort et à travers , d'être toujours sa

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