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économistes, sans être politiques, mais, aidés du simple bon sens, nous leur répondrons que parler sans cesse d’augmenter la population, c'est parler d'augmenter les malheureux. Le monde est plus que complet, tant qu'on voit les hôpitaux remplis, des fainéans les bras croisés, des moines en babit de masque, des soldats faire l'exercice, et des hommes surnuméraires, si on peut le dire, sans patrie , sans fortune , sans asile, à qui il semble qu'on laisse, par grace ; la jouissance gratuite de l'air et du soleil. ( Voyage en Espagne par Delangle.) NOU V E AUX ENRICHI S.

Selon Figaro , recevoir et prendre voilà tout leur secret. Le principal théâtre où on les voit en évidence est le Perron ei la Bourse : c'est là qu'ils font des affaires sur tous les papiers du gouvernement; c'est là qu'ils achètent du rentier, pour un morceau de pain, les bons qu'il a reçus de la république,

et qui finissent par devenir très-mauvais ; c'est là , et en pleine rue, qu'ils tirent le sang et la vie du pauvre peuple français. A trois ou quatre heures cette horde de brigands s'engouffre chez les restaurateurs, et de là dans les cafés, où l'on boit, à plein verre , à la santé du bon peuple qui meurt de faim dans son galetas, rongé par la misère et la vermine.

DÉCLARATION D'AMOUR.

Elle seroit quelquefois un peu

difficile à débiter dans toute sa longueur, si les femmes n'avoient pas la louable coutume de l'achever. En voici une d'un praticien , marquée au coin de la formalité, et qui plaira par son lacopisme :

Vous, pour qui je suis chaque jour
Dans les soupirs et dans les transes ,
Madame, agréez inon amour
Circonstances et dépendances.

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COU TU M E. Espèce de préjugé qui nous tyrannise avec violence. Il y a cette différence de la coutume et du préjugé que celui-ci s'é end quelquefois sur un peuple entier, au lieu que la coutume, se borne quelquefois à une seule ville, un seul viilage, un simple hamieau. Il est inutile de raisonner avec des gens qui vous répondront touijours : c'est la coutume. Son empire est si fort et si tyrannique, qu'un irlandais, convaincu de rebellion, présenta requête au vice-roi pour être pendu avec une branche d'osier, plutôt qu'avec une corde, parce que c'é:oit, disoit-il, l'usage de traiter ainsi les rebelles.

N A T U R E. Mot qu’on emploie très-fréquemment, sans avoir une idée juste de sa siguification.

Ce mot sententieux Souvent a fait le sort du vers le plus oiseux.

La

La nature ! mot sublime que nos penseurs et même nos chansonniers on mis à la mode , devenu amphigourique par l'abus qu'ils en font. On dit aux femmes : Rendez

grace

α à la nature, consultez la nature ; et les femmes enchantées applaudissent sans savoir pourquoi.

PĽ A GI A I R E. On nomme plagiaire celui qui donne la pensée d'un autre pour la sienne, qui coud dans ses rapsodies les passages d'un bon livre, avec quelques petits changemens : c'est mettre un inorceau de drap d'or sur un habit de bure, ce qui décèle le voleur. Il est cependant certains plagiaires qu'on pourroit justifier : Vous avez des endroits, on diroit presquebeaux,

Mais le bruit court qu'ils sont d'un autre; Non, non, dans vos écrits vous les rendez si sots,

Qu'en vérité je n'y vois que du vôtre.

PRÊTEURS SUR
Sangsues publiques qui calculent de

E

GAGE.

sang

froid les bénéfices à faire sur la misère, les produits du besoin, et qui, avec l'horrible joie des démons, semparent du dernier lambeau que laisse tomber l'indigence.

On compte à Paris près de douze cents lombards, ou maisons où l'on prête sur gage. Ce sont des espèces de pompes aspirantes, dont le jeu continuel est un véritable fléau. Ceux qui tiennent ces maisons ont une figure sinistre et barbare, une ame atroce, jamais ils n'ont souri de leur vie. C'est cerebut de la nation qui porte le désespoir dans toutes les familles, et qui est la cause de tous les suicides.

Les lois sont impuissantes contre eux, ils peuvent impunément piller et voler. Dernièrement, une jeune personne , pressée par le besoin , alla porter dans un de ces gouffres dévorans six superbes mouchoirs ; au bout de l'expiration du délai fixé pour les retirer , elle vint chercher ses six mouchoirs :

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