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PRÉ FACE. Sous le nom de Mythologie, je n'entends pas seulement l'histoire fabuleuse des Dieux, des demiDieux & des Héros de l'antiquité profane, quoique ce soit-là proprement le fond de cette science, comme son nom même le fignifie (a); j'y comprends encore tout.ce qui a quelque rapport à la religion Païenne : c'est-à-dire, tous les différens fyftêmes de théogonie, & tous les dogmes monstrueux qui se sont établis successivement dans les différens âges du paganisme : les mystères & les cérémonies du culte dont étoient honorées ces prétendues divinités : les Oracles, les Sorts, les Augures, les Auspices & Aruspices , les Présages, les Prodiges, les Expiations, les Dévouemens, les Evocations, & tous les genres de divination qui ont été en usage : les pratiques superstitieuses, & les fonctions des Prêtres, des Devins , des Sibylles, des Vestales : les fêtes & les jeux : les sacrifices & les victimes : les temples, les autels, les trépieds & les inf

(2) Voyez dans le Dictionnaire , au mot Mythologie.

pas inutile

trumens des sacrifices : les Bois sacrés : les statues & généralement tous les symboles sous lesquels l'idolâtrie s'est perpétuée parmi les hommes durant un fi grand nombre de siécles.

Quoique la religion & le bon sens nous aient entiérement désabusés de toutes ces erreurs, & que nous ne les regardions plus depuis long-temps que comme autant d'absurdités ou de chimères, il n'est

pour cela d'en être instruit; ne fût-ce que pour mieux sentir , par la comparaison, le bonheur que nous avons d'être éclairés de la vérité & de l'avoir pour guide. Je suis même persuadé que cette connoissance est très-propre à nous affermir dans la religion Chrétienne; car, (pour me servir de la belle réflexion d'un sçavant moderne (a) sur un semblable sujet), quand on considère sérieusement que les peuples les plus éclairés de l'univers, les Grecs & les Romains si vantés, leurs sages mêmes & leurs philosophes , ont pensé pitoyablement de la divinité, ont adoré l'ouvrage de leurs mains, ont rendu les honneurs divins à des hommes dont ils avoient fait eux-mêmes l'apotéose, & qu'ils avoient vûs sujets à toutes les foiblesses humaines ; ne doit-on pas naturellement conclure que l'homme par lui-même est incapable de penser, comme il faut, du souverain être : qu'il avoit besoin de la révélation : que la vraie religion est un don de Dieu : que la religion Chrétienne est la seule véritable , puisque c'est la seule revélée, la seule qui donne des idées nobles & justes de la divinité. Tel est le premier fruit qu'un Chrétien doit tirer de la lecture de toutes ces fables.

(a) Feu M. l'Abbé Gédoin.

En second lieu, la Mythologie fait une partie considérable des belles lettres, dans lesquelles vous ne sçauriez faire aucun progrès , non pas même y être initié, sans une connoissance particulière des fables anciennes. Les Ouvrages des Grecs & des Romains

que

la haute antiquité nous a transmis, & dont l'intelligence fait la principale étude des gens de lettres, ne sçauroient être parfaitement entendus, si on n'est au fait des mystères & des coutumes religieuses auxquelles ils font de continuelles allusions. Les arts les plus agréables, la poësie, la peinture, la sculpture, d'où tirent - ils leurs principaux ornemens ? N'est-ce pas de la Mythologie , & n'en ont-ils pas fait souvent même le fond de leurs productions ? Qu'est-ce que représentent le plus ordinairement les statues & les peintures qui embélissent nos galeries , nos plafonds , nos jardins, finon des sujets tirés de la fable? Quels noms sont plus souvent répétés dans notre poësie dramatique & lyrique, que ceux d'Hercule & de Philoctère, d'Achille & de Pyrrhus , d'Hector & d'Andromaque, d'Agamemnon & de Priam , d'Iphigénie & d'Oreste, d'Edipe, &c.co... Sans parler des divinités qu'on y fait intervenir à tout propos.

J'ajoute enfin que la Mythologie est devenue aujourd'hui d'un usage si fréquent dans nos écrits, & jusques dans nos conversations, que quiconque la néglige doit craindre avec raison de passer pour être dépourvû des lumières les plus communes qu'on acquiert dans l'éducation.

S'il est utile de s’instruire de la Mythologie, on peut dire assurément que les secours ne manquent pas pour y parvenir ; car, sans parler des auteurs

originaux que je laisse pour les sçavans; combien n'avons-nous pas de Mythologies publiées depuis un siécle? Et après les excellens Ouvrages qu'a donnés, en dernier lieu , feu M. l'Abbé Banier, de l'Académie des Inscriptions & Belles - Lettres, Ouvrages (a) qui semblent avoir épuisé la matière, ne paroît-il pas fuperflu de donner aujourd'hui au public une nouvelle Mythologie ? Le docte Académicien que je viens de citer, n'en jugeoit pas ainsi, puisqu'il s'étoit engagé à couronner ses travaux littéraires par un Dictionnaire Mythologique, qui fut annoncé quelque temps avant la mort. Son projet est resté sans exécution ; mais dès qu'il l'avoit formé, j'en conclus qu'il croyoit donc que ce genre d'ouvrage manquoit encore à l'utilité publique : soit que la forme alphabétique lui parût

à un sujet dont les parties ont peu de liaisons entr'elles , & plus commode au commun des lecteurs qui aiment les articles détachés les uns des autres , qu'on peut quitter & reprendre suivant son goût. Soit qu'il voulůt donner à ses fables plus de détail historique , dont les traités didactiques n'avoient pas été susceptibles. Les mêmes motifs m'ont déterminé à entreprendre ce Di&tionnaire , au défaut du sçavant Mythologue dont nous regrétons la perte ; & si je ne puis me flatter d'y avoir aussi bien réussi qu'il l'auroit fait, j'ose assurer que j'aurai tout le courage & toute la patience nécessaire pour travailler continuellement à le perfectionner, aidé des lumières de ceux

plus propre

(a) Ces Ouvrages sont la Mythologie expliquée par l'histoire , en 3 vol. in-4o. 1738 ; & l'Explication Historique des Fables, en 3 vol. in-12. 1742 , qui fe vendent chez Briaffon.

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qui voudront m'obliger, jusqu'au point de me critiquer, de me corriger, de m'instruire.

Les sources où j'ai puisé mes matériaux, sont tous les Auteurs de l'antiquité, mais principalement les poëtes, que je regarde avec fondement comme les pères de la fable & les auteurs de presque toutes les superstitions païennes; quoi qu'en disent quelques modernes, qui prétendent qu'Homère, Héfiode, Euripide, Virgile, Ovide, n'ont fait que suivre dans leurs poëmes les traditions qui étoient déja

reçûes de leur temps sur la religion. J'ai tiré des Tragiques Grecs , plusieurs faits curieux & intéressans qui paroîtront, je crois, pour la première fois, dans un Recueil de Mythologie, tels qu'on verra aux articles d'Hélène & Ménélas en Egypte, d'Ion & de Xurhus, du Cyclope Polyphème, &c. ..... Les historiens, comme Hérodote, Diodore de Sicile , Denys d'Halicarnasse, Pausanias Tite-Live, ont ausli' contribué, pour leur part , à ma collection ; mais je n'ai eu garde de copier toutes les fables qu'ils débitent dans leurs ouvrages, il y auroit eu trop à faire, & j'aurois grossi inutilement mon Dictionnaire , qui n'est point destiné à rassembler toutes les fables anciennes mais seulement celles où le ministère des Dieux & de la religion se trouve employé : il n'y a que çelles-ci qui entrent dans mon plan. De tous les historiens, aucun ne m'a été plus utile que

Pausanias, auteur d'un Voyage Historique de la Grèce , qu’Alde Manuce appelle, avec justice, un trésor de la plus ancienne & de la plus rare érudition. Ce curieux voyageur avoit parcouru avec des yeux sçavans toutes les parties de la Grèce, (& pour ne parler que de ce qui nous regarde , ) il

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