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La confédération de Bar conserva toujours une sorte de prééminence; c'est à elle que venaient se réunir toutes les autres, c'est aussi contre elle que se dirigeaient les efforts de la Russie. L'issue de cette lutte ne pouvait être douteuse; et malgré la courageuse opiniâtreté des confédérés, ils devaient succomber sous la puissance de la Russie seule; à plus forte raison , toute résistance devint impossible, lorsque

la Prusse et l'Autriche eurent réuni leurs forces à celles de Catherine.

Il parait que la première idée du démembrement doit être attribuée au prince Henri de Prusse, ou plutôt il faut dire que c'est lui qui s'expliqua formellement à ce sujet, dans le voyage qu'il fit à Saint-Pétersbourg, à la fin de 1770 : quoiqu'il en soit, en 1771, les troupes des trois puissances s'avancèrent chacune de leur côté, et s'emparèrent des provinces qu'elles avaient l'intention de s'approprier, en protestant toutefois que leur but unique était de rétablir la paix en Pologne, d'écarter de leurs frontières la peste qui s'était jointe

civile pour désoler ce malheureux pays, et enfin de protéger leurs provinces contre les excès des confédérés.

Bientôt on ne dissimula plus, et le 5 août 1772, un traité signé à Saint-Pétersbourg adjugea à la Prusse, la Prusse polonaise, avec une partie de la grande Pologne; à l'Aus triche, la Galicie et la Lodimirie, et å la Russie , la Livonie polonaise, et une partie de la Lithuanie.

A peine le traité fut - il connu, que les trois cours copartageantes publièrent chacune un manifeste par lequch elles cherchaient à établir leurs droits sur les territoires envahis par leurs armées. Il serait trop long d'en présenter même l'analyse; au surplus on y verrait que tous les titres invoqués étaient ou évidemment insuffisans, ou du moins incertains par leur ancienneté ; qu'en outre ils étaient annulés par une foule de traités postérieurs. On s'étonne même que les cours de Russie, de Prusse et d'Autriche aient osé invoquer des droits dont elles.

à la guerre

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devaient sentir elles-mêmes la faiblesse, et sur lesquels elles ne pouvaient espérer de faire illusion à personne ; mais sans doute, en cherchant ainsi à joindre la force de la raison à la force des armes, elles cédèrent à ce sentiment si naturel aux cours des hommes, qui les porte à détester la violence et l'oppression, alors même qu'ils sont les oppresseurs,

Depuis 1668, le roi de Pologne avait joue un rôle pure, ment passif; tantôt déclaré déchu du trône par les confédém rés, tantôt enlevé par eux à force ouverte au milieu de Varsovie, il semblait attendre que le parti vainqueur vint lui slonner des ordres, et lui confirmer ou lui enlever le titre de roi. Cependant, lorsqne le traité de partage eût été rendu publie, il parut sentir vivement les maux de son pays et la honte de sa position : il protesta , avec le sénat , contre lout démembrement de son royaume, «S'il suffisait, dit-il, d'aller chercher des titres dans des siècles d'ignorance et dans des temps de révolution, la Pologne aurait droit de réclamer plusieurs provinces qu'elle a possédées autrefois, et qui sont entre les mains de ces mêmes puissances, qui viennent s'eni. parer des domaines de la république. Toutes les transactions anciennes sont annulées par les stipulations postérieures; et comme les derniers traités entre la Pologne et les pays voisins s'opposent directement au partage qu'on médire, les titres qu'on a présentés ne peuvent être admis sans sapper les droits de toules les nations et sans ébranler tous les tones, *

Sans doute ces raisons étaient excellentes; mais que pouvaient des raisons contre des soldats russes, prussiens et autrichiens.

Le roi de Pologne finissait en adjurant tous les rois garans des traités, et en invoquant de Tout-Puissant entre les mains duquel il remettait sa cause; mais il fut abandonné de Dieu et des homines, et l'iniquité fut cunsonnée. Une diète rassemblée par les ordres des ministres prussiens, l'usses et au-, trichiens, et au milieu des bayonnettes étrangèros, délégua

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bles commissaires pour examiner les propositions qui lui étaient faites; enfin, elle sanctionna, après une résistance bien dangereuse et par conséquent bien honorable, les traités dressés par les cours copartageantes : le 19 novembre 1773, le roi lui-même les revêtit de son approbation (1).

Les commissaires avaient également été chargés de réformer ce qu'il y avait de vicieux dans la constitution; mais cette partie de leur travail intéressait moins les monarques spoliateurs , et par conséquent on pressa moins vivement la commission à cet égard. Cependant, au mois d'avril 1774, les ministres prussiens et autrichiens déclarèrent qu'ils ne voulaient plus accorder de délais. Les traupes s'avancèrent au delà des limites fixées par le dernier traité; et au mois d'août, la nouvelle forme de gouvernement fut adoptée par la diète, ou plutôt imposée par la cour de Berlin et de Vienne; car il est juste de dire que depuis le démembrement, l'impératrice de Russie ne chercha ni à empiéter de nouveau sur le territoire polonais, ni à exciter des troubles intérieurs.

Par suite des changemens opérés dans la constitution en 1774, les lois qui régissaient le royaume portaient en substance : « Un conseil permanent est revêtu du pouvoir exécutif. Il est composé de trente-six inembres ; savoir : le roi qui le préside, le primat et deux autres évêques, neuf sénateurs laïcs , quatre ministres de la république, un de chaque département, le maréchal de la diète , et dix-huit membres de la poblesse.

Les membres du conseil doivent être élus tous les deux ans. Le primat lui-même ne peut siéger qu'après avoir laissé s'écouler deux années d'intervalle. Le conseil ne se renouvelle pas en entier ; les électeurs doivent conserver six membres du sénat et six membres de la noblesse.

(1) On peut voir toutes les pièces et traités dans l'Histoire des trois démambremens de Pologne, livre 5, Pièces justificatives. Vox. aussi, sur les droits dos puissances.copartageantes, les Réflexions d'un gentilhomme polonais..

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Les sénaten rs et les ministres sont candidats de gentilshommes qui veulent être nommés , doivr cu déclarer au maréchal de la diète. On donne à chaque votant une liste imprimée de tous les candidats, et il souligne le nom de celui qu'il veut élire.

» Le conseil permanent est divisé en cinq départemens; 1° celui des affaires étrangères ; 2° celui de la police; 3o celui de la guerre; 4° celui de la justice, et 50 celui des fi

nances,

» Le conseil s'assemble en entier aussi souvent qu'il le croit nécessaire.

» Le roi a deux suffrages; et lorsqu'il ne préside pas, le primat, ou ; à son défaut, le premier sénateur le remplace. Le roi absent peut envoyer ses deux suffrages.

» Le conseil permanent n'a aucune part à la législation ni à l'administration de la justice. Il se borne à faire exécuter les Jois, à examiner les projets qu'on propose, à nommer aux charges qui ne sont pas à la nomination du roi seul, sur la présentation de trois candidats.

» Le droit de faire la paix et la guerre, de lever des troupes et des impôts, et de former des alliances, appartient à la diète générale.

» Il y a deux espèces de diètes, les diètes ordinaires et les diètes extraordinaires. Les premières sont convoquées tous les deux ans; les autres, lorsqu'un besoin imprévu l'exige. Le roi, avant de les convoquer, prend l'avis du conseil, et il adresse des lettres de convocation (les universaux ) aux palatins, six semaines avant la tenue de l'assemblée.

» La diète est composée du sénat et de la noblesse représentée par ses nonces. Le roi préside la diète, et toutes les résoJutions qui y sont prises, sont publiées en son nom et au nom de la république, sans qu'il puisse s'y opposer.

» Les sénateurs sont ou ecclésiastiques ou laïcs. Les ecclésiastiques sont les évêques et le primat (chef du sénat et vice-roi dans les interrègnes). Les laïcs sont les palatins, les

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castellans, et les grands-officiers de l'état; ces grands-officiers sont au nombre de dix; savoir : les deux grands maréchaux de Pologne et de Lithuanie, les deux grands chanceliers, les deux vice-chanceliers , les deux grands trésoriers, et les deux vice-amiraux.

» Les palatins sont les gouverneurs à vie des provinces. Ils commandent les troupes de leurs palatinats président les cours de justice et convoquent les diétines.

» Les diétines qui nomment les nonces, sont composées de tous les gentilshommes âgés de dix-huit ans, et n’exerçant d'autre profession que celle des armes.

» Les sénateurs et les nonces ont leur salle particulière. Les nonces choisissent eux-mêmes leur président.

» Lorsque la diète est assemblée, le conseil permanent reste sans fonctions. Il doit rendre compte de sa conduite ; et, s'il a excédé son pouvoir, ses membres peuvent être condamnés par la diète comme coupables de haute trahison. Après que les membres de la diète ont entendu la lecture des pacta conventa, et examiné si l'on n'y a pas porté atteinte, on procède à l'élection des nouveaux membres du conseil permanent, et ensuite les nonces et les sénateurs se séparent, et vont siéger dans leurs chambres respectives.

» Les lois anciennes fixaient la durée des diètes ordinaires à quinze jours, et celle des diètes extraordinaires à six semai. nes; cette règle n'est pas ponctuellement observée.

» Les armées de Lithuanie et de Pologne sontindépendantes l'une de l'autre, et commandées chacune par son grand général; mais, en temps de guerre, elles se réunissent sous les ordres du roi.

Le roi peut convoquer, lorsqu'il le juge nécessaire, toute la noblesse avec le consentement de la diète. Tout propriétaire d'une terre libre ou noble est obligé à un service militaire, et va seul, ou à la tête de ses vassaux, se ranger sous les ordres des officiers de chaque palatinat, c'est cela qui forme la Pospolite.

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