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AVERTISSEMENT SUR CETTE EDITION, le lieu et la date de leur naissance et de leur mort, e leurs principaux ouvrages.

3° Les allasiulis aux événements contemporains étant assez nombreuses, nous avons expliqué ces allusions.

4° Nous avons rectifié, en nous appuyant sur les autoités les plus compétentes, quelques-uns des jugements trop absolus de notre auteur, et dans l’Art poétique nous avons également rectifié quelques erreurs relatives aux origines de notre théâtre et à notre ancienne littérature.

5o Ensin, et pour la première fois, nous avons établi, pour les vers renfermant une maxime ou une leçon morale, des points de comparaison avec nos grands moralistes, et principalement avec Montaigne.

En ce qui touche la correction du texte, nous avons suivi les éditions revues par l'auteur, dans les dernières années de sa vie; et entre deux textes différents du même passage, nous nous sommes attaché à la leçon adoptée dans les meilleures éditions posthumes, en plaçant l'autre aux variantes.

Tout en rejetant des pièces apocryphes qu'on trouve dans d'anciennes éditions, nous avons admis quelques vers nouveaux conservés par Tallemant des Réaux; nous avons également reproduit, sous toute réserve, - et c'est ainsi d'ailleurs que l'a présentée M. Louis Passy, qui en a fait la découverte, - une satire qui n'a figuré jusqu'ici dans aucune des œuvres de notre poële, et que, d'après certaines formes de style qui lui sont particulières, on peut considérer avec quelque apparence de raison comme un essai de sa jeunesse. Enfin le volume est complété par une notice biographique et critique, et par un index

BOILEAU DESPRÉAUX.

De tous les écrivains de la littérature française , Ni colas Boileau Despréaux est peut-être celui qui a le plus exercé les commentateurs, les critiques et les biographes. Il est résulté de là un entassement de faits confus et contradictoires, et quand on étudie la vie du grand satirique, on se trouve dès les premiers pas arrêté par la multiplicité même des documents. Nous devions donc, en présence de cette difficulté, nous attacher exclusivement aux détails dont l'authenticité nous paraissait incontestable. C'est ce que nous avons fait; et après une vérification attentive, nous espérons, dans la notice qu’on va lire, ne présenter aux lecteurs que des choses exactes. Cette notice est divisée en trois parties : la première contient la biographie proprement dite; nous avons réuni dans la seconde quelques anecdotes relatives au caractère du poëte, à ses luttes ou à ses amitiés littéraires; enfin, dans la troisième, nous avons donné le résumé des principaux jugements qui ont été portés sur ses ouvres, depuis le dixseptième siècle jusqu'à nos jours, et nous avons recueilli dans toute leur sincérité les éloges et les critiques.

1.

Le lieu de la naissance de Boileau est resté longtemps indécis. Les uns, et Louis Racine est de ce nombre, le font naître aux environs de Paris, à Crosne, près VilleneuveSaint-Georges, dans une maison de campagne appartenant à sa famille; les autres le font naître à Paris même, dans une maison située au coin du quai des Orfévres et de la rue du Harlıy. Grâce aux patientes recherches de M. Berriat-Saint-Prix la question est ensin résolue, et Boileau comme l'avaient dit quelques-uns de ses biographes, est bien né dans la capitale le 1er novembre 1636. Son père était greffier à la grand'chambre du parlement de Paris, où il avait acquis une grande considération par sa probité et son expérience des affaires'. Despréaux, le onzième enfant.

Gilles Boileau, né à Paris le 28 juin 1584, mourut le 2 février 1657. . Il fut marié deux fois, et c'est de sa seconde femme, Anne de Niélé, nommée aussi par quelques biographes de Nielle, que naquirent les trois enfants qui se sont fait un nom dans les lettres : Gilles, Jacques et Nicolas.

Gilles, le frère ainé, avocat au parlement, payeur de rentes de l'hôtel de ville, contrôleur de l'argenterie du roi, et membre de l'Académie française, naquit à Paris en 1631, et mourut en 1669. Il était jaloux de son frère; Despréaux disait de lui : « J'avais un frère aîne qui faisait des vers ; quand il vit mes premières satires, il en conçut une étrange jalousie. Ce petit drôle, disait-il, s'avise de faire des vers. • Lorsque parurent les premières satires, Gilles disait : « On les lira pendant quelque temps; mais à la fin, elles tomberont dans l'oubli, comme font la plupart de ces petits ouvrages ; ct le temps leur ôtera le charmes que la nouveauté leur aura donnés. » A cette critique de son frère, Despréaux répondit par quelques iraits satiriques qu'on trouvera dans ses euvres. Gilles a publié plusieurs traductions du grec et quelques brochures littéraires de circonstance, Ses æuvres posthumes, publiées par Despréaux. en 1679, contiennent entre autres des poésies diverses, et la traduction en vers du quatrième livre de l'Eneide. Jacques Boileau, docteur de Sorbonne, chanoine de la Sainte-Chapelle, né à Paris le 16 mars 1635, mort le fer août 1716, était un homme de beaucoup d'esprit et d'un grand savoir ; il a laissé, dit la Biographie universelle, un grand nombre d'ouvrages, mais peu volumineux, sur des questions curieuses de théologie. Son frère, le satirique, disait de lui que s'il n'avait été docteur de Sorbonne, il se serait fait docteur de la comédie italienne. On cite, en effet, ce l'abbé Boileau une foule de bous mots qui justifient cette opinion,

de la famille, perdit sa mère à l'âge de onze mois et fut élevé par une vieille gouvernante acariâtre. « Cet homme, dit d'Alembert, qui devait jouer un si grand rôle dans les lettres et y prendre un ton si redoutable, paraissait dans son enfance pesant et taciturne. Son père disait de lui, en le comparant à ses autres enfants : « Pour celui-ci, c'est un bon garçon qui ne dira jamais de mal de personne. » Cette pesanteur, si rare chez les enfants, tenait peut-être au genre d'éducation que recevait le jeune Nicolas; car il ne parait pas qu'on l'ait entouré de soins bien affectueux. On lui donna d'abord pour demeure une espèce de guérite, audessus d'un grenier; plus tard on le logea dans le grenier même; et en se rappelant cette circonstance, il disait qu'il avait commencé sa fortune par descendre au grenier. Un sentiment amer et triste se mêlait au souvenir de ses premières années, et il répétait souvent que si on lui offrait de recommencer sa vie aux mêmes conditions, il s'empresserait de refuser. « Peut-on, disait-il, à

propos

de mière jeunesse, ne pas regarder comme un grand malheur de chagrin continue) et particulier à cet âge de ne jamais faire sa volonté? Qu'importe qu'on connaisse le prix de ses chaines lorsqu'on les a secouées, si l'on n'en sent le poids que quand on les porte! Au surplus, il serait difficile de savoir quel est le meilleur temps de la vie. On peut seulement dire que ce n'est jamais celui qui s'écoule au moment où l'on fait cette question. » Despréaux commença ses études à l'âge de sept ou huit ans au collége d'Harcourt. Il achevait sa quatrième lorsqu'il fut attaqué de la pierre. Il fallut lui faire l'opération de la taille, et cette opération redoutable lui laissa pour tout le reste de sa vie une trèsgrande incommodité.

Ici se place une anecdote qui a été souvent répétée, et qui a fini par s'imposer auprès du public avec l'autorité

sa pre

d'un fait avéré. On a dit que dans son enfance Despréaux avait été mutilé par un dindon, et c'est à cet accident qu'Helvétius, dans le livre de l'Esprit, attribue la disette de sentiment qu'il prétend exister dans tous les ouvrages du poëte. « De là, suivant Helvétius, le célibat de Boileau, sa satire contre les femmes, son antipathie pour Quinault et pour toutes les poésies galantes, sa satire sur l'Équivoque, son admiration pour Arnauld, et son épître sur l'Amour de Dieu. De là aussi son aversion pour les jésuites qui avaient apporté les dindons en France; car c'était un dindon qui, à grands coups de bec, l'avait blessé dans une partie très-délicate. »

En rapportant ces explications d'Helvétius, M. Daunou n'hésite point à les regarder comme très-hasardées, et il ajoute que l'histoire de cette prétendue mutilation n'est attestée par aucun témoignage authentique. Voici ses propres paroles : « Nous ne pouvons pas être tentés de réfuter sérieusement tant de conséquences, si rapidement déduites d'un fait fort peu avéré, révélé, dit-on, après 1711, par le médecin Gendron à l'intendant de Languedoc, Le Nain, qui l'a conté à un quidam de qui le tenait l'un des rédacteurs de l'Année littéraire, recueil où Helvétius et après lui le chevalier de Cubières, et plusie autres, ont pris cette anecdote. »

Dès que Boileau fut en état de reprendre le travail, on le plaça en troisième au collége de Beauvais, et il s'y fit remarquer de son maître, M. Sévin, qui lui prédit de grands succès littéraires. Son ardeur pour l'étude était telle qu'il passait des nuits entières à lire des poésies et des romans, et qu'il oubliait quelquefois les heures des repas, quoique la cloche qui les sonnait fût placée près de la fenêtre de sa chambre. Ce fut là, dans ce même collége de Beauvais, qu'il composa une tragédie où figuraient trois géants qui

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