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AVANT-PROPOS.

« Le plaisir de rire, a dit le père Porée, n'est pas un des moindres besoins de l'homme. » Cette remarque de l'éminent professeur de rhétorique, qui eut la gloire de compter Vo’taire parmi ses élèves, est justifiée par l'histoire de l'humanité, pour ainsi dire, depuis ses origines. L'homme dans tous les temps et dans tous les pays a cherché à se distraire des chagrins et des tracas de l'existence. Et comme il ne trouvait pas toujours en lui-même de quoi s'égayer, il était naturel qu'il empruntât le secours d'autrui. Aussi voyons-nous, dans l'antiquité comme au moyen åge, chez les particuliers comme à la cour des princes, dans les couvents comme sur les places publiques, chez les nations civilisées de l'Europe comme chez les peuplades à demi barbares de l'Afrique ou de l'Orient, des personnages chargés de divertir ceux pour qui la vie était triste ou monotone. Depuis Ésope, qui peut passer pour le premier des bouffons, jusqu'aux farceurs ct aux grimaciers du Directoire,

il y a une série de rieurs de profession qui se donnaient pour tâche d'amuser leurs contemporains, ou qui devaient par ordre faire diversion aux ennuis de leurs maîtres. Quelques-uns ont même relevé la fonction et joué un plus noble rôle en profitant de l'impunité assurée à leurs folies pour faire entendre de rudes leçons aux puissants du jour, ou, quoique plus rarement, pour porter jusqu'au pied du trône un bon conseil ou même les doléances des opprimés. Avec leur droit de tout dire, droit dont ils usaient et abusaient, les bouffons en titre d'office ont élé parfois les portevoix de la vérité. Sous une forme burlesque ou cynique elle parvenait ainsi aux oreilles du maître, auprès de qui elle n'aurait pas trouvé autrement accès. La légende s'est même emparée du nom de quelques-uns de ces fous pour les grandir et les rehausser outre mesure. Certains, comme Triboulet, ont eu la bonne fortune d'être adoptés par un grand écrivain et ont passé à la postérité comme portés sur les ailes du génie. Il est presque superflu d'ajouter, par exemple, que le personnage créé de toutes pièces par l'imagination du poète dans le Roi s'amuse n'a rien de commun avec le Triboulet de l'histoire. Les bouffons n'ont jamais été sans doute des justiciers de la taille du héros de ce drame. Mais il suffit qu'ils aient plaidé de temps à autre la cause du bon sens ou de la justice pour que l'histoire enregistre leur nom avec quelque iutérêl. Aussi dans la revue rapide, trop rapide à notre gré, que nous nous proposons de faire de ceux qui, dès le

temps des Grecs et des Romains, ont eu la charge, dans les milicux les plus divers, de provoquer le rire autour d'eux par leurs grimaces ou leurs facétics, bouffons domestiques ou bouffons de cour, bouffons populaires ou bouffons de corporations, est-ce principalement sur les boussons de cour ou bouffons en titre d'office que nous appellerons la bienveillante attention du lecteur.

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