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ON
N dit qu'outre votre Procès, vous avez

de l'amour , & que vous aimez la Femme de votre Rapporteur. On ne prend ordinairement dans la maison de ses Juges , que du chagrin, de la haine, du dépit; & vous, vous y avez pris de la tendresse. Je ne conçoy pas comment dans un Homme qui plaide, il reste encore quelque chose qui puisse aimer; mais peut-être aufli n'aimez - vous que pour plaider mieux. Il vous est plus commode d'attendre dans la Chambre de Madame , que dans l'Antichambre de Monsieur, où vous vous promeneriez avec d'autres Plaideurs qui vous conteroient leurs affaires , & ne vous donneroient pas la consolation d'écouter la vôtre attentivement. Vous avez bien fait de convertir en assiduitez amoureuses, les fâcheuses affiduitez qu'il falloit avoir dans cette Maisonlà; & encore vaut-il mieux faire la cour à la Dame du Logis , qu'au Secretaire. Il ne vous en coûtera pas plus pour l'un que pour lautre; au contraire, je crois que vous y gagnez, & que les rigueurs du Secretaire auroient paffé celles de la Dame, quelque vertueuse qu'elle soit. Je ris, quand je fonge que vos tendres foins ne lui demandent apparemment qu'une bonne sollicitation auprès de fon Mari, & qu'elle s'applique les soupirs que vous pous

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sez

sez pour le gain de votre cause. Je ne doute point que vous ne mettiez sur son compte les nuits que vos affaires vous font passer fans dormir. C'est assurément un beau secret que de rendre toutes les inquiétudes d'un Plaideur méritoires en amour. Mais G. vous êtes amoureux tout de bon, que vous êtes occupé ! Conter vos raisons au Mari, & à la Femme, tour à tour ! Parler Procès à l'un, & galanterie à l'autre! Au fortir d'un Cabinet où l'on a crié avec une espece de fureur, aller foupirer tendrement dans une Chambre! N'avoir que la distance de deux Appartemens, pour quitter le hideux personnage de Plaideur, & prendre l'agréable personnage d'Amant! La tête ne vous tourne-t-elle point quelquefois? Ne vous méprenez-vous point,& ne parlez-vous point de gılanterie au Mari, & de procès à la Femme? Vous vous allez faire une grande habitude de vigilance. Vous avez des Rivaux d'un côté, & de l'autre des Parties , & ce sont autant de personnes dont il faut éclairer la conduite. Vous serez bien habile, si vous empêchez que les uns ne vous fassent quelque supercherie , tandis que vous songerez aux autres. Vous verrez qu'ils se ligueront ensemble , & que tantôt on fera un faux rapport de vous à la Dame, tantôt on mettra une fausse Piece dans le Procès. Adieu, Monsieur. Si vous n'aimez pas tout de bon, vous entendez bien vos attaires; si vous aimez, vous vous êtes fait bien des affaires nouvelles.

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E ne doute point que le compliment de

condoléance qu'il faut vous faire sur la perte de votre Procès, ne doive être accompagné d'un compliment de congratulation. tre affaire étoit fort bonne & vous l'avez perduë. Cela veut dire, que vous plaisiez à Madame de L. Vous n'avez que trop bien follicité votre Rapporteur , & que trop engagé dans vos interêts une Personne qui le touchoit. La justice que l'amour vous a renduë, vous a attiré l'injustice du Palais. Je vous crois consolé de reste; car l'Homme galant l'emporte bien chez vous sur le Plaideur. Il n'y a que fix mois que vous plaidez, & il y a vingt ans tout au moins que vous êtes galant; il étoit bien raisonnable que vous réusfirfiez mieux dans le métier où vous avez plus d'experience. Songez que vous étiez deshonoré li vous aviez gagné le Procès, & manqué la Dame. C'est comme fi un Homme d'Epée avoit bien résolu une question de Philosophie , & s'étoit mal battu." Tous ceux, qui perdent leur Cause, ne sont pas vangez comme vous ; & la Femme du Rapporteur ne répare pas toûjours les torts que le Mari leur a faits. Vous allez être plus amoureux de cette belle Dame, que vous ne l'avez encore été; la haine que vous avez pour son E.

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poux

poux, tournera à son profit. Au reste, vous qui avez toûjours été discret à l'égard des Belles, gardez-vous bien de vous plaindre du Procès perdu. Vous ne fauriez parler de l'injustice du Mari, fans publier les faveurs de la Femme; sur-tout une Requête civile seroit la chofe du monde la plus indiscrete & la plus contraire aux loix de l'Amour. N'y fongez seulement pas; prenez votre parti doucement, & comptez ce que votre Rapporteur vous fait coûter, au nombre des dépenses que vous avez faites pour les Dames.

penger A MONSIEUR le M. de V.

LETTRE IV. Pourquoi vous mocquez-vous tant de notre

Ami le Chevalier, fur ce qu'il aime une Grisette? Vous voudriez donc qu'on ne pût entrer dans un coeur , que comme on entre dans l'Ordre de Malthe, en faisant ses preuves ? Pour moi je trouve deux beaux yeux auffi nobles que le Roi , & je ne demande point qu'ils me produisent d'autres titres , que de la vivacité & de la douceur. Croyez-vous que je pardonne la laideur d'un visage, parce que ce visage-là sera descendu de vingt Ducs?' Point du tout. Je compte toutes les Laides pour roturieres. J'ai pourtant vû des Gens , qui dans des Personnes affez éloignées d'être belles, aimoient seulement leurs illustres Ancêtres, & les titres de leur Maison ; mais je

vous avouë que je n'aurois pas les sentimens assez élevez pour être amoureux d'un arbre Génealogique. Si notre Chevalier étoit dans les Pais où l'on choisit les Rois à la bonne mine, il aimeroit présentement une Princesle; mais parce qu'il est en France, il n'aime qu'une Grisette; hé bien, il n'a qu'à la prendre pour une Princesse Etrangere, qui n'est pas reconnuë. Serieusement, li vous sentiez votre coeur sur le point de s'aller rendre à une jolie Personne , l'arrêteriez-vous pour dire, Attendons , nous fommes contents de la beauté, mais nous n'avons pas encore examiné la noblesse ? Je suis sûr que votre cour préviendroit bien -tột votre examen. Le goût du Chevalier me semble fort bon. Il n'y a presque plus rien de naturel chez beaucoup de Dames du grand monde, ni teints, ni tailles, ni sentimens; la Nature s'est réfugiée chez les Grisettes, & il l’y va chercher. Tout le malheur est qu'il ne sou pirera point dans des Appartemens de sept Pieces de plein-pied, & fuperbement meublez, & que dans toute la Maison où fa Maitresse sera , il ne verra rien de si beau qu'elle; mais s'il a dessein de la tromper , je le condamne tout-àfait. Les Gens comme lui font entendre d'or. dinaire à ces Belles-là, qu'il n'est pas du bon air de se défendre; que ce n'est point là comme en usent les femmes de qualité; & là-dessus ces pauvres Créatures se rendent , seulement pour montrer qu'elles savent vivre. Je veux qu'on respecte la fimplicité ; si l'on veut être fourbe, qu'on le soit dans le grand monde, ou le commerce de la fourberie est établi.

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