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temps infini.

JE

E m'apperçois de ce que vous m'avez man

dé, Mademoiselle, que vous entreriez dans les interêts de mon Receveur , & que vous solliciteriez pour lui. Comme vous ne cherchez tous deux qu'à prolonger les affaires, vos Juges viennent de vous accorder un délai d'un

Vous allez triompher; mais j'ai trouvé un moyen de me vanger de vous. Je vais désormais partager mon temps entre mon Chicaneur & ma Chicaneuse. Le loisir ue

l'un me laissera , je l'employerai à agir contre l'autre. Je prévoy que vous m'allez donner bien de l'exercice. Dès que je serai auprès de vous, vous me ferez rappeller par votre Associé, qui me donnera quelque aliignation; & quand j'en serai à poursuivre l’ACfocié, il faura bien me faire lâcher prise en vous obligeant à me mander quelque chose de tendre, qui me fera aussitôt voler vers vous. Mais il n'importe , je m'aguerrirai, & deviendrai un fi impitoyable Plaideur, que vous aurez sujet de trembler au moindre avantage que j'aurai sur l'un de vous deux. J'aimerois mieux que ce fût vous, sur qui je commençafle à en avoir, car je vous trouve encore plus obstinée que mon Receveur; & je croi que votre exemple auroit plus de pouvoir sur lui,

i que le lien n'en aura sur vous. Si vous

me

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me payiez mes foins que vous avez reçus, il verroit bien qu'il ne pourroit pas se dispenser de me payer mon argent qu'il a reçu ausfi. Ainsi je vais travailler à obtenir de vous quelque chose qui le puisse convaincre, & je lui ferai aufli-tot signifier les faveurs que vous m'aurez faites. Il me feroit commode de terminer les deux affaires tout d'un coup, tandis que je ferai auprès de vous, & de n'être plus obligé de retourner plaider à une Jurisdiction de Campagne, je vous assure que vous m'allez retrouver par cette raison-là plus årdent & plus passionné que jamais ; & vous serez peutêtre la premiere qui serez contente des effets de l'absence.

A LA MEME.

LETTRE XV.

JE

TE vous trouvai hier , Mademoiselle , plus

belle & plus brillante que jamais. Je ne Tai fi vous êtes embellie en effet, ou fi c'est mon imagination qui vous a embellie. Voilà ce que c'est que d'aimer trop , on ne saitijam: bien au juste la verité des choses. De bonne fot je douterois quelquefois que vous fulliez aussi aimable que vous me paroissez, fi je n'entendois dire à bien des Gens que vous l'êtes veritablement. Vous pourriez être laide que je ne m'en appercevrois pas, car je vous aime jusqu'à la folie. Aufli quand je commençai à vous aimer comme je sentois que je devois

me

me défier de mon jugement sur votre chapitre, j'allai demander à tout le monde, s'il étoit vrai que vous cussiez les grands yeux vifs; l'agreable bouche, & l'air fin que je vous voyois; on me dit qu'il n'y avoit à tout cela aucune illusion , & sur cette réponse, je laissai faire à mon caur ce qu'il voulut. Quand jy songe pourtant, je trouve qu'il vaudroit mieux pour moi, que vous ne fussiez belle que par mon imagination que de l'être effectivement. Dieu fait avec combien de plaisir vous recevriez un amour qui vous embelliroit; si vous ne m'aimiez pas, je vous rendrois tout d'un coup votre premiere laideur , en cessant de vous aimer. Mais vous seriez bien fachée de me devoir votre beauté, car il faudroit que vous n'en fiffiez d'usage que pour moi, & ce n'est pas là votre compte. On est bien malheureux que vos agrémens ne doivent rien à personne, cela vous rend trop fiere. Je ne sai pourtant si ceux que je vous trouvai hier, ne vous étoient point inspirez par quelqu’un. Il est sûr que vos yeux n'étoient pas tout-à-fait au même état que je les avois laissez quand je partis. Il y avoit quelque chose de changé; un certain brillant, un feu plus doux, qui me parut de fort mauvais augure pour ma passion; car ce feu & ce brillant étoient venus pendant mon absence. Je vous défie d'aimer que je ne m'en apperçoive. Helas, on dit que Pceil du Maître est neceffaire par tout , mais l'æii de l'Amant l'est encore bien davantage; j'ai été éloigné deux mois, & voilà les fruits de mon éloignement. Si j'eufle été ici, j'culle bien empêché vos yeux de devenir plus vifs; il me semble même que je les surpris en flagrants

B

des

delit avec un Cavalier qui étoit chez vous, il vous regardoit, & vous le regardiez. Je veux un peu examiner de près cette affaire-là, mon cæur m'a dit que j'ai un Rival, mais je ne croi pas legerement mon cæur; car il me dit, par exemple, que vous devriez m'aimer & cepen. dant m'aimez-vous ?

A LA ME ME.

LETTRE XVI.

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E ne doute plus que je n'aye un Rival; il se

déclara hier par la mauvaise humeur où il fut de me voir long-tems chez vous. J'admire comme vous avez pris votre tems juste, pendant mon absence, pour vous faire aimer de lui. Je gage que si j'euile été present il n'eût jamais osé longer à vous ; il eût veu de quelle maniere je vous aime, & il n'eût pas crû pouvoir vous aimer autant. Aufli comme vous savez que j'épouvante ceux qui voudroient s'engager à vous, vous profitez de mon éloignement pour faire des conquêtes; mais je vais me montrer à mon Rival avec toute ma passion. Du moins s'il a votre cour, j'empêcherai qu'il ne l'ait à bon marché; peut-être l'inclination que vous eussiez euë pour lui, eût été cause que vous n'en eussiez exigé qu'une tendresse legere, & que vous eussiez suppléé par votre bonté, ce qui eût manqué à son amour. Mais quand il verra le mien, il faudra bien qu'il tâche à l'égaker, & il auroit honte d'être préferé à un Homme qui vous aimeroit plus que lui. Ainsi par

mes

mes foins & mes affiduitez, je pousserai votre ceur au plus haut prix qu'il se pourra, & vous m'aurez l'obligation d'être plus tendrement aimé par le Rival que vous venez de me donner. Si vous étiez bien raisonnable, vous me tiena driez compte, non seulement de mon amour, mais encore du fien. J'aurois droit de vous demander cette double reconnoissance : cependant comme je veux être genereux, je consens que vous ne me payiez que ma tendresse, & gne pour celle de mon Rival, vous n'y songiez point du tout.

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I court un bruit de vous, Mademoiselle,

on dit que vous êtes aimée d'un Cavalier Anglois & que vous n'êtes pas mal disposée pour lui. Vous moquez-vous ? Faloit-il passer la Mer pour venir aimer un Anglois en France ? Quel profit tirerez-vous de votre voyage ? Voilà ce qui fait souvent qu'on perd la peine qu'on a prise d'aller dans des Pais étrangers, on n'y voit que des Gens de la Nation. Eh, du moins donneznous le tems que vous passerez chez nous. Je voi bien que l'Angleterre a grand peur que vous - nə lui échapiez, puis qu'elle vous tient toûjour's par un Amant Anglois. Mais vous faites une insulte cruelle à la France, dont vous venez B2

mé.

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