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ses de nos Belles ? Vous aurez beaú leur dire que les couleurs sont dans les yeux de ceux qui les regardent, & non dans les objets. Les Dames ne veulent point dépendre des yeux d'autrui pour leur teint, elles veulent l'avoir à elles en propre; & s'il n'y a point de couleur la nuit, Mr de N... est donc bien attrapé, qui est devenu amoureux de Mademoiselle D. L. G. sur son beau teint, & la épousée? Il seroit fort fächeux pour lui, de croire tenir le plus beau blanc, & le plus bel incarnat du monde; & de ne tenir rien. Nous fifmes encore un raisonnement Madame de B... & moi, qui afsurément vous embaraffera. Vous dites que les Bêtes sont des Machines, aullibien que des Montres ? Mais mettez une Machine de Chien & une Machine de Chienne, l'une auprès de l'autre, il en pourra resulter une troisième petite Machine ; au lieu que deux Montres les ront l'une auprès de l'autre toute leur vie sans faire jamais une troisième Montre. Or nous trouvons par notre Philosophie , Madame de B... & moi, que toutes les choses qui étant deux ont la vertu de se faire trois, font d'une noblesle bien élevée au dessus de la Machine. Nous vous donnons du tems pour nous répondre , nous savons bien qu'il faudra que vous consultiez vos Livres. Madame de B... vous avertit par moi, que quand vous viendriez ici, elle ne vous recevra point chez elle, si vous ne faites réparation à fon teint; & moi je vous assure que je suis une Machine montée à vous estimer; & à vous aimer toujours.

A MA

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Qui pretendoit avoir entretenu quatre heures un

Esprit familier, qui parloit par la bouche du-
He petite Fille , à laquelle il s'étoit attache:

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JE

E commence, Madame, à connoître les

Gens de l'autre monde, ils ont les mêmes goûts que ceux de ce monde-ci, ils recherchent votre conversation aussi bien que nous. Nous pourrez-vous bien souffrir , nous autres fimples Mortels, après vous être accoûtumées aux Esprits ? Ils vous diftinguent de la maniere du monde la plus honnête. D'ordinaire ces Messieurs-là sont brusques; ils ouvrent vos rideaux, tirent votre couverture, vous donnent quelques soufflets, & on ne fait ce qu'ils deviennent. Ils démeubleront toute une Chambre fans dire pourquoi; enfin je n'avois jamais été contento de leur procedé , & je trouvois qu'ils ne venoient ici que pour faire des tours de laquais, ou le plus fouvent il n'y avoit pas le mot pour rire. Ausfi y en a-t-il quelques-uns d'entr'eux , qui se rangent volontairement à l'Ecurie, & ne se jugent dignes que de panser les Chevaux. Mais enfin il s'est trouvé un honnêre Homme d'esprit, qui sans battre, ni faire de vacarme, a bien voulu entrer dans une conversation reglée. Es dans quelle conversation dans une conversation de quatre heures. Il faut que vous ayez bien du merite. Ces gens-là n'ont jamais dit quatre paroles suivies. Ils ne font que donner des nafardes, parce qu'ils ne daignient entretenir personne; & vous ils vous entretiennent quatre heures. Vous êtes la premiere qui ayez eu un tête-à-tête tranquille avec un esprit, lui dans fon Fauteuil , & vous dans le vộtre. Mais voyez comme cet Esprit fait vivre; il n'a osé d'abord s'adresser à vous, il s'est attaché à une petite fille par la bouche de qui il vous a entretenuë. Il me semble que je voy quelqu'un de vos Amans qui commence par gagner votre Demoiselle. Assurément l’Esprit a de grandes déclarations à vous faire , puisqu'il prend ces voyes-là. Il ne vous a encore parlé que' de. matieres generales, pour ne vous pas effrayer. Vous dites que vous n'avez rien fu tirer de lui sur les affaires de l'autre monde : & mon Dieu! je voy bien fa politique; vous êtes assez aimable pour lui faire trahir tous les secrets du païs d'où il vient, mais il veut vous Vendre ces confidences-là un peu cher, j'avoue que j'en ferois autant en la place. Du moins, vous l'aurez bien interrogé sur ce monde-ci. Je croi vous tenir assez au cour , pour me flater que vous lui aurez demandé de mes nouvelles , & que vous aurez voulu favoir de lui la verité de tout ce que je vous proteste. Il n'aura pas manqué de vous dire que j'en proteste autant à bien d'autres; qu'une veritable passion & moi, nous sommes des choses incompatibles; que je ne faurois aller audelà de l'amitié un peu égayée, mais je vous prie très-humblement de ne l'en croire pas; l'EL

prit est jaloux de moi. . Il fait que je vous aime plus qu'il ne fait, & il veut me détruire. On est bien malheureux quand on a des ennemis cachez comme lui. Je ne doute point qu'il n'oublie pour moi la politesse qu'il a cuë pour vous; & qu'après vous avoir entretenuë fort galamment, il ne vienne m'insulter avec toute l'incivilité, qu'ont accoûtumé d'avoir ceux de son espece. Mais j'espere du moins que vous reconnoîtrez bien ce qui le fera agir, &

que les coups qu'il me donnera prouveront autant à mon avantage, que mes soins & mes assiduitez. Je ne m'attendois pas que vous me filliez des Rivaux, qui puflent venir déménager ma Chambre toutes les nuits , jetter tous les meubles par les fenêtres , & me roüer peutêtre de coups, sans que je fusse en pouvoir de m'y opposer; voilà ce que c'est que de m'être adressé à une Dame trop aimable. L'Esprit quittera bientôt assurément la petite Fille, qui lui sert de prétexte, & s'attachera à vous-même; mais fût-il ici, je lui dirois en fa préfence, que quand il parlera par votre bouche , on ne s'apercevra point que vous y ayez rien gagné.

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A MADEMOISELLE de 1..

L E T TRE

XIII.

ON
Na bien raison de dire , Mademoiselle,
que le mystere est un affaisonnement très-

ne:

necessaire à l'amour. Si la passion que j'ai pour vous étoit moins connuë , un Procès que j'ai ici en iroit bien mieux. Je plaide contre mon Receveur , & je voy bien qu'il se moque de mes poursuites. Il cherche à gagner toûjours du temps, parce qu'il connoît que je vous aime, & qu'il est persuadé que j'aurai la foiblefle de retourner bientôt à ... pour vous voir. J'ai beau faire le méchant, il n'en tient compte. C'est grand' pitié, Mademoiselle, qu'il faille essuyer vos mépris, & ceux de mon Receveur ! Il faut que cer Homme-là ait pris de vos memoires, tant il yous imite en tout. II fait bien en la conscience ce qu'il me doit , & il a pris une forte resolution de ne me rien payer. Il me chicane de toutes manieres sur les moindres choses; il m'engage dans des procedures qui ne finiront de dix ans, suivant le train qu'elles prennent; la bonne foi que j'ai avec lui ne le touche point, il ne fonge qu'à trouver l'occasion de me faire une tromperie. Du moins ce que j'espere, c'est que le juge ment que j'obtiendrai contre lui, sera valable aussi contre vous ; il fera tout-à-fait en cas pareil, & vous n'aurez rien à y répondre. Je m'en vais presser mon Homme vivement, non pas à cause des quatre mille Ecus qu'il me doit, mais à cause de la tendresse que vous me devez. Je m'animerai beaucoup davantage contre lui, & lui ferai moins de quartier, parcequ'il vous représente.

A LA

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