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JE

TE vous écris, Mademoiselle, dans une Lan

gue que vous n'entendez pas encore beaucoup, mais en récompense , je vous écrirai sur une matiere que vous n'aurez pas

de peine à entendre. Quand je vous dirai que je vous trouve la plus aimable Personne du monde, je crois que vous n'aurez pas befoin d'Interprere.

Vous devriez m'entendre même en Chinois ; car après qu'on vous a vûë , que peut-on vous dire autre chose ? J'ai bien vû des Vaisleaux qui ayant presque fait le tour du monde , revenoient en France chargez de Curiositez étrangeres , mais ils n'ont jamais rien apporté de li curieux que ce que le vôtre a apporté, quoiqu'il n'ait pas fait un grand voyage. En verité, ce n'est pas parce que vous venez d'un autre Pais que je vous estime tant. Fussiez-vous Françoise , je vous estimerois encore beaucoup. Cependant il me semble que votre petit Jargon étranger contribuë un peu au plaisir que je me fais de vous voir. Vous ne fauriez croire combien votre visage s'anime, & combien il naît de graces au moment que vous cherchez un mot. Toute l'éloquen

CG

ce qui manque alors à votre bouche, est dans vos yeux. Je ne sai plus. comment on peut aimer des personnes qui parlent François sans aucune difficulté. Au nom de Dieu, ne l'ap: prenez point mieux que vous ne le savez, ce seroient mille petits amours perdus. Il ne vous faut que trois ou quatre mots, qui font d'un usage indispensable. Aimer, par exemple , foupirer, tendreffe; avec cela vous irez loin. Que j'envie , Mademoiselle, le bonheur de celui pour qui vous bégayerez ces mots-là!

A MADEMOISELLE de I.

LE TIRE VI.

Mn

On devoir m'oblige , Mademoiselle , à

vous parler d'une chose qu'il y a longtems que je vous cache. Je suis bien fâché de ne vous la pouvoir plus dissimuler, & d'être réduit à vous apprendre une nouvelle qui vous déplaira peut-être; mais enfin je me reprocherois de ne vous l'apprendre pas, & ma conscience en murmureroit trop. Il y a aujourd'hui justement un mois, Mademoiselle,

que je vous aime. Vous prendrez cela comme il vous plaira , vous vous fâcherez, vous vous met trez en colere; pour moi, je n'ai voulu que faire l'acquit de ma conscience, après cela je ne m'inquiete de rien. Je tiens qu'il n'y a rienu de plus injuste, que de voir une aussi aimable Personne que vous ,

fans l'aimer. L'amouk est le revenu de la beauté, & qui voit la beau AS

le

té sans amour, lui retient son revenu d'une maniere qui crie vengeance. Je ne pourrois pas dormir, li je me sentois l'ame chargée de ce peché-là. Vous me direz que je dois vous aimer sans vous le dire ; j'entens bien votre expedient , Mademoiselle, mais vous savez que quand on paye, on est bien aise d'en tirer quittance, ou prendre acte comme on a payé. Je m'acquitte de l'amour que je vous dois, mais je déclare en même tems que je m'en acquitte. Que fai - je ? Vous viendriez peut-être quelque jour m'inquieter là-dessus; il n'est rien tel que de prendre ses sûretez. Vous auriez beau me dire que je n'aurois rien à craindre. Mon Dieu , on ne fait ce qui peut arriver ; vous changerez peut-être d'humeur. Enfin, il est sûr que quand vous saurez que je vous aime, il n'y aura rien de gâté.

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VOUS

Ous vous êtes bien gendarmée de ma dé

claration, yous êtes bien fatisfaite de vousmême, votre vertu a fait son tintamarre; mais voulez - vous gager qu'au bout du compte vous m'aimerez? Oui, vous m'aimerez; je fai bien ce que je dis , je fai bien ce que je lens qui me répond que je me ferai aimer. N'ayez point fi bonne opinion de votre indifference, j'ai de la constance pour vaincre quatre indifferences comme la vôtre. Le tems

De

ne me coûte rien, en fait d'aussi jolies Personnes que vous. Faut-il des années ? Hé bien, des années, soit. Je n'ai rien de plus agréable à faire. Vous ne m'accorderez aucunes graces ? Je vous jouerai le tour d'aimer jusqu'à vos duretez. Vous ne me ferez que des graces très-legeres? Elles me paroîtront d'un très grand prix, parce qu'elles partiront de vous. Vous m'opposerez des Rivaux ? Je les ferai tous déserter par mes assiduitez, & par le desespoir où je les mettrai de vous pouvoir rendre autant de soins que moi. Enfin prenez tel parti qu'il vous plaira; je ferai enrager votre indifference, & après bien du tems, comblée de services , de fidelité, de tendresse, de refpect , vous ne saurez plus de quel côté vous tourner , & il faudra que vous m'aimiez par

laflitude. Ce qu'il y aura d'admirable, c'est que quand vous m'aimerez, je ne vous en aimerai pas moins. Vous allez compter cela pour rien, mais fachez que c'est une grande promesse que je vous fais. Vous vous imaginez, vous autres Belles, qu'il ne faut faire aucune difficulté de laisser là vos Amans des années entieres sans les aimer & après cela vous vous avisez quand il vous plaît d'aimer à votre tour; mais qu'arrive-t-il? Ils ont commencé d'aimer plûtôt que vous , ils finissent plûtôt , & vous achevez la carriere toutes seules. Vous n'aurez point cet inconvenient-là à craindre avec moi. J'aime fort bien, quoique je fois aimé. Si vous ne m'en croyez pas, c'est un point de fait qui git en experience. Eprouvez-le.

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LETTRE VIII. DEpuis que je suis votre Amant déclaré,

é, j'ai fait bien du progrès auprès de vous. Vous ne voulez plus être un moment seule avec moi , vous ne me recevez plus à votre toilette vous ne souffririez pas que je vous euffe pris le bout du doigt. Bon, Mademoiselle , cela va bien , j'avance.

Vous me retranchez toutes les faveurs que vous m'accordiez par nonchalance ou par mégarde : je n'aurai plus rien qui ne signifie quelque chose. Il est vrai qu'il faut retourner sur mes pas, & que vous me remettez au beau commencement; mais n'importe. Par la voye que j'avois prise, on avance beaucoup d'abord, & on est après tout étonné qu'on n'avance plus du tout; au lieu que par la nouvelle voye que vous me faites prendre, on avance très-lentement, mais on avance toûjours. Il n'est rien tel que les méthodes regulieres. Voyez où en font Cyrus & Aronce au commencement du premier Tome; cependant ces Heros-là, avec leurs

pas de Tortuë, ne laissent pas d'arriver au douzième. J'ai seulement un petit conseil à vous donner. On voit que vous me traitez plus mal qu'à l'ordinaire, & on devine par lä que je vous aime, & qu'il doit y avoir quelque chose entre vous & moi. Vous pourriez même me traiter fi mal, qu'on croiroit que:

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