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A

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***

terme.

Pour tracer aux Auteurs des regles ennemies ?
Penses-tu qu'aucun d'eux veüille subir mes loix,
Ni suivre une raison qui parle par ma voix ?
Ole plaisant Docteur, qui sur les pas d'Horace
Vient prescher, diront-ils, la reforme au Parnasse?
Nos écrits sont mauvais; les liens valent-ils mieux ?
J'entens déja d'ici L furieux
Qui m'appelle au combat, sans prendre un plus long

gio's
De l'encre, du papier, dit-il, qu'on nous enferme.
Voions qui de nous deux plus aisé dans ses vers
Aura plâtost rempli la page & le revers.
Moi donc qui suis peu fait à ce genre d'escrime:
Je le laisse tout seul verser rime sur rime,
Et souvent de dépit contre moi s'exerçant,
Punir de mes défauts le papier innocent.
Mais toi qui ne crains point qu'un Rimeur te noircisse,
Que fais-tu cependant seal en ton Benefice ?
Attens-tu qu’on Fermier payant quoi qu'un peu tard,
De ton bien pour le moins daigne te faire part?
Vas-su, grand deffenseur des droits de ton Eglise,
De tes Moines mutins reprimer l'entreprise ?
Croi moi, důst Ausanet t'assurer du succés,
Abbé n'entrepren point même un jufte procés.
N'imite point ces Fous dont la force avarice
Va de les revenus engraisser la Justice,
Qui toûjours aflignans, & toûjours assignés,
Souvent demeurent gueux de vingt procés gagnez.
Soûtenons bien nos droits : Sot est celui qui

donne. C'est ainsi devers Caen que tout Normand raisonne. Ce sont là les

leçons, dont un pere Manceau ląstruit son Fils novice au sortir du berceau.

Mais

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D4

Mais pour toi qui nourri bien en deça de l'Oife
As succé la vercu Picarde & Champenoise,
Non, non, tu n'iras point ardent Beneficier,
Faire enroüer pour toi Corbin pile Mazier.
Toutefois si jamais quelque ardeur bilieuse
Allumois dans ton caur l'humeur litigieuse;
Consulte moi d'abord, & pour la reprimer,
Retien bien la leçon que je te vais rimer..

Un jour, dit un Auteur, n'importe en quel Chapitre,
Deux Voiageurs à jeun rencontrerent une huistre;
Tous deux la contestoient: lors que dans leur chemis
La Justice passa, la balance à la main.
Devant elle à grand bruit ils expliquent la chose.
Tous deux avec dépens veulent gagner leur cause.
La Justice pesant ce droit litigieux
Demande l'huistre, l'ouvre,

& l'avale à leurs yeux, Et par ce bel arrest terminant la bataille: Tenés voilà, dit-elle, à chacuu une écaille. Des sortises d'autrui nous vivons au Palais :: Melficurs, l'huiltre altoir bonne. Adieu. Vivez en paix.

E P I STRE II I.

A MONSIEUR ARNAUD.

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O

Vi sans peine au travers des Sophismes de Claude;
Et
romps

de leurs erreurs les filets caprieux.
Mais que sert que ta main leur défille les yeux ?
Si toûjours dans leur ame une pudeur rebelle,
Prests d'embrasser l'Eglise, au Presche les rappelle ?
Non, ne troi pas que Claude habile à se tromper
Soit insensible aux traits dont tu le sçais frapper:
Mais un demon Farreste, & quand ta vois l'attire,
Lui dit: Si tu te rensysçais tu ce qu'on va dire ?
Dans son heureux retour lui montre un faux malheur: :
Lui peint de Charenton l'heretique douleur, ·
Et balançant Dieu mesme en son ame flottante, ·
Fait mourir dans son cœur la verité naissante.
Des superbes mortels le plus affreux lien,
N'en douto!is point, Arnaud, c'est la honte du bien,
Des plus nobles vertus cette adroite ennemie,
Peint l'honneur à nos yeux des traits de l'infamie;-
Asservit nos elprits sous un joug rigoureux,
Et nous rend l'un de l'autre esclaves malheureux,-
Par elle la vertu devient lâché & timide,
Vois-tu ce Libertin en public intrepide
Qui presche contre un Dieu, que dans son ame is croit ?
Iliroit embrasser la verité qu'il voit:
Mais de ses faux amis il craint la raillèric,
Er ne brave ainsi Dieu que par poltronerie.'-

C'est-là de tous nos inaux le fatal fondemenr.
Desjugemens d'autrui nous tremblons follement,
Etchacun l'un de l'autre adorant les caprices,
Nous cherchons hors de nous nos vertus & nos vices, --
Miserables jouets de nostre vanité,
Faisons au moins l'aveu de nostre infirmité.!?

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D'S

A quoi bon, quand la fievre en nos artéres brûle,
Faire de nostre mal un secret ridicule:
Le feu fort de vos yeux petillans & troublez:
Vostre pouls inégal marche à pas redoublez:
Quelle fausse pudeur à feindre vous oblige?
Qu'avez-vous ? Je n'ai rien.Mais... Je n'ai rien vous dî-je,
Répondra ce Malade à se taire obstiné.
Mais cependant voilà tout son corps gangrené.
Et la fiévre demain se rendant la plus forte,
Un benitier aux piés, val'étendre à la porte.
Prevenons sagement un si juste malheur.
Le jour fatal est proche & vient comme un voleus
Avant qu'à nos erreurs le Ciel nous abandonne,
Profitons de l'instant que de grace il vous donne;
Hastons-nous, le temps fuit, & nous traine avec foi.
Le moment où je parle est déja loin de moi.

Mais quoi ? toûjours la Honte en esclaves nous fie.
Oüi, c'est toi qui nous pers, ridicule folie.
C'est toi qui fis tomber le premier Mal heureux,
Le jour que d'un faux bien fortement amoureux,
Er n'ofant soupçonner la femme d'impofture,
Au Demon par pudeur il vendit la Nature.
Helas ! avant ce jour qui perdit ses Neveu v;
Tous les plaisirs couroient au devant de ses ræux.
La faiin aux animaux ne faisoit point la guerre.
Le blé, pour se donner sans peine ouvrant la terre,
N'attendoit point qu'un Baufpreflé de l'éguillon
Traçaft à pas tardifs un penible fillon.
La vigne offroit par tout des grappes toujours pleines,
Er des ruisseaux de laict serpentoient dans les plaines.
Mais des ce jour Adam décheu de fon estat
D'un tribut de douleurs paya son attentat.
Il falut qu'au travail son corps rendu docile
Forçast la terre avare à devenir fertile.
Le chardon importun heriffa les guerets;
Le Serpent venimeux rampa dans les Forests :
La Canicule en feu desota les campagnes :
L'Aquilon en fureur gronda sur les montagnes.

Alors

Alors pour se couvrir durant l'âpre saison,
Il falut aux Brebis dérober leur toison, ?
La peste en mesme temps, la guerre, & la famine
Des malheureux humains jurerent la ruine :
Mais aucun de ces maux n'égala les rigueurs,
Que la mauvaise Honte exerça dans les cœurs.
De ce nid à l'instant fortirent tous les vices.
L'Avare des premiers en proye à ses caprices,
Dans un infame gain mettant l'honneitere,
Pour toute honte alors, compta la pauvreté.
L'honneur & la vertu n'oferent plus paroistre
La pieté chercha les deserts & le Cloistre.
Depuis on n'a point veu de cãur fi détaché.

par quelque lien ne cinst à ce peché.
Trifte & funeste effet du premier de nos crimes!
Moi-mesme, Arnaod, ici qui te presche en ces rimes,
Plus qu'aucun des Mortels par la Honte abattu,
En vain j'arme contre elle une foible versu.
Ainsi toûjours douteux, chancelant, & volage,
A peine du limon, ou le vice m'engage,
J'arrache un pié timide, & fors en m'agitant,
Que l'autre m'y reporte, & s'embourbe à l'instant.
Car, si comme aujourd'huy, quelque rayon de zele
Allume dans mon coeur une clarté nouvelle,
Soudain aux yeux d'autrui s'il faut la confirmer,
D'un geste, d'un regard je me sens alarmer;
Et melme fur ces vers que je te viens d'écrire,
Je tremble en ce moment de ce que l'on va dire.

Qui

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