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pour frapper , eft appellé proprement oratio vebemens , & l'autre qui est pour adoucir,

Orario lenys. Ch. II. Et j'en donnerois des exemples, fi Ammonius pag.ss. r'en avoit deja rapporte plusieurs. Le Grec dit,

Si Ammonius n'en avoit rapporte de finguliers
Tazados, comme Monsieur le Févre a core

rigé. Ibid. En effet, jamais à mon avis.] Il me sem

ble que cette periode n'exprime pas toutes les beautez de l'original, & qu'elle s'éloigne de l'idée de Longin, qui dit: En effer Platon semble n'avoir ent alle de la grandes choses dans ses traitez de Pbilosopbie , o ne s'estre jette souvent dans des expressions,

dans des matieres poëtiques, que pour disputer de toute sa force le prix à Homere, comme un nouvel athlete à celuy qui a déja receu toutes les acclamations, o qui a efté Padmiration de tout le monde. Cela conserve l'image que Longia a voulu donner des combats des Athletes, & c'est cette image qui fait la plus grande beauté de ce

passage. Ch.XII.

En effet nous ne croirons pas avoir un me. pag.57.

diocre prix à disputer.] Le mot Grec égancpo ne signifie point ici à mon avis prix, mais Spectacle. Longin dit, En effet de nous figurer que nous allons rendre compte de nos écrits devant un fi celebre tribunal, o sur un Theatre nous avons de tels Heros pour juges ou pour témoins , ce sera un spectacle bien propre à nous animer. Thucydide s'est servi plus d'une fois de ce mot dans le mesme sens. Je ne rapporteray qúe ce passage du Livre VII.

ο δΓύλιππG- καλόν το αγώνιСμα νόμιζεν οι είναι επι τοις άλλοις 6 τες αντιστρατήρις κομίσαι Λακεδαιμονίοις. Gylippe effimoit que ce feroit un spectacle bien glorieux pour luy, de me

ner

ner comme en triomphe les deux Generaux des ennemis qu'il avoit pris dans le combat. Il parle de Nicias & de Demosthene chefs des Atheniens.

Car s un homme dans la défiance de ce lbid. jugement a peur pour ainsi dire d'avoir dit quelque chose qui vive plus que luy, wc.] A mon avis aucun Interprete n'est entré ici dans le sens de Longin, qui n'a jamais eu cette pensée qu'un homme dans la défiance de ce jugement pourra avoir peur d'avoir dit quelque chose qui vive plus que luy , ni même qu'il ne se donnera pas la peine d'achever les ouvrages : au contraire il veut faire entendre que cette crainte ou ce découragement le mettra en estat de ne pouvoir rien faire de beau , ni qui lui survive, quand il travailleroit sans cesse & qu'il feroit les plus grands efforts ; car fi un bomme , dit-il , aprés avoir envisagé ce ju. gement , tombe d'abord dans la crainte de ne pouvoir rien produire qui luy survive, il est impossible que les conceptions de son esprit ne forent aveugles o imparfaites; ex qu'elles n'avortent , pour ainsi dire , sans pouvoix jamais parvenir à la derniere pofterité. Un homme qui écrit doit avoir une noble hardieffe , ne se contenter pas d'écrire

pour son fiecle , mais envisager toute la posterité. Cette idée luy élevera l'ame & animera ses conceptions, au lieu que fi dés le moment que cette pofterité se presentera à son esprit il tombe dans la crainte de ne pouvoir rien faire qui foit digne d'elle, ce decouragement & ce desespoir luy feront perdre toute fa force , & quelque peine qu'il se donne, ses écrits ne seront jamais que des avortons. C'est manifestement la doctrine de

Lon.

Longin, qui n'a garde pourtant d'autoriser par là une confiance aveugle & temeraire, commo

il seroit facile de le prouver. (6. XIII.

Prend garde qu'une ardeur trop funeste à ta pag.50. vie. ] Je trouve quelque chose de noble & de

beau

dans le tour de ces quatre vers, il me semble pourtant , que lors que le Soleil dit, au dessus de la Libye, le fillon n'eftant point arrosē d'eau, n'a jamais ra;raichi mon char, il parle plūrost comme un homme qui pousse son char à travers champs, que comme un Dieu qui éclaire la terre. Monsieur D***a suivi ici tous les autres Interpretes qui ont expliqué ce palsage de la même maniere; mais je croi qu'ils se lont fort éloignez de la pensée d'Euripide qui dit: Marche ou ne te laisse point emporter dans l'air de Libye,qui n'aiant aucun melange d'bumidité laissera tomber ton cbar. C'estoit l'opinion des Anciens qu'un mélange humide fair la force & la solidité de l'air. Mais ce n'est pas icy le lieu de parler de leurs Principes de Phy

figue. Pag.61.

Le Palais en fureur mugit à son aspect.] Le mot mugir ne me paroist pas assez fort pour exprimer seul le cv@scãi & le faxcoues d'Eschyle. Car ils ne signifient pas seulement mugir, mais se remuer avec agitation, avec violence. Quoique ce soit une folie de vouloir faire un vers aprés Monsieur

D***, je ne laisserai pas de dire que celui * Dans le * d'Eschyle seroit peut-être mieux de cette Penthée. maniere

pour

le sens.
Du Palais en fureur les combles ébranlés

Tremblent en mugis ant. Dans les Et celuy * d'Euripide: Bacchan

La Montagne s'ébranle, répond à leurs cris.
Les images dans la Poésie font pleines ordinai-

tes. pag.

62.

rement

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rement d'accidens fabuleux. ] C'est le sens que tous les Interpretes ont donné à ce passage mais je ne croi pas que ç'ait esté la pensée de Longin; car il n'est pas vrai que dans la poësie les images soient ordinairement pleines d'accidens, elles n'ont en cela cien qui ne leur soit commun avec les images de la Rhetorique. Longin dit simplement, que dans la poësie les images sont pousées à un excés fabuleux e. qui pale toute forte de créance.

Ce n'est point, dit-il, un Orateur qui a fait Pag.64. passer cette Loy, c'est la bataille, c'est la defaite

de Cheronée. Pour conserver l'image que Lon5 gin a voulu faire remarquer dans ce paslage

d'Hyperide, je croi qu'il auroit falu traduire : Ce n'est point, dit-il, un Orateur qui a écrit cette Loy, c'est la bataille, c'est la défaite de Cherönée. Car c'est en cela que consiste l'image. La bataille a écrit cette Loy. Au lieu qu'en difant, la bataille a fait passer cette Loy, on ne conserve plus l'image, ou elle est au moins fort peu

sensible. C'estoit même chez les Grecs le ferme propre écrire une loy, une ordonnance, un edit, ac.Monsieur D ***a évité cette expression écrire une Loy, parce qu'elle n'est pas Françoise dans ce fens là ; mais il auroit pû mettre ce n'est pas un Orateur qui a fait cette Loi,c.Hyperide avoit ordonné qu'on donneroit le droit de bourgeoisie à tous les habitans d'Athenes indifferemment, la liberté aux esclaves, & qu'on envoyeroit au Pyrée, les femmes & les enfans. Plutarque parle de cette Ordonnance dans la vie d'Hyperide, & il cite même un passage, qui n'est pourtant pas celui dont il eft ici question. Il est vrai que le même passage rapporté par Longin est cité fort differemment par Demetrius Phalereus, Ce n'est pas moy, dit-il, qui ay écrit cette Loy, c'est la guerre

Ch. XIV. pag.67.

qui l'a escrite avec l'épée d' Alexandre. Mais pour moy je suis persuadé que ces derniers mots qui l'a escrite avec l'épée d'Alexandre, Aniševops doegek zcáow, ne font point d'Hyperide ; elles sont apparemment de quelqu'un qui aura crû ajoûter quelque chose à la pensée de cet Orateur, & l'embellir mesme en expliquant par une espece de pointe le mot tróżem aéregtev, la guerre a écrit , & je m'affure que cela paroiltra à tous ceux qui ne se laissent point éblouir par de faux brillans.

Mais il n'y a pas grande finesse à jurer fimplement, il faut voir , comment, en quelle occasion pourquoy on le fair. ] Ce jugement est admirable ,'& Longin dit plus luy seul que tous les autres Rheteurs qui ont examiné le passage de Demosthene. Quintilien avoit pourtant bien vû que les fermens sont ridicules, si l'on n'a l'adresse de les emploier aussi heureusement que cet Orateur ; mais il n'avoit point fait sentir tous les defauts que Longin nous explique li clairement dans le seul exämen qu'il fait de ce serment d'Eupolis. On peut voir deux endroits de Quintilien dans le Chap. 2. du Livre IX.

Et ne sçauroit fouffrir qu'un cherif Rhetoricien entreprenne de le tromper comme un enfant par de grossieres finesses.] Il me semble que ces deux expressions chetif Rhetoricien & finesses grossieres ne peuvent s'accorder avec ces char. mes du discours dont il est parlé Gx lignes plus bas.Longin dit, & ne sçauroit fouffrir qu'un fimple Rhetoricien, τεχνίτης ρήτωρ, entreprenne de le tromper comme un enfant par de petites fineles gruasiois.

Sidonc vous voulez éviter les malheurs qui vous menacent. ] Tous lus Interpretes d'He.

rodote

Ch. xv.

pag.69.

(h. XVIII. pag.77.

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