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pafle à l'heure mesme. Un Soldat , dit Xenophon, eftant tombé sous le cheval de Cyrus, o estant foulé aux pieds de ce cheval, il lui donne un coup d'espée dans le ventre. Le Cheval blessé se démene & secouë fon maistre. Cyrus tombe. Cette Figure est fort frequente dans Thucydide. CHAPITRE XXII.

Du Changement de Perfonnes,
E Changement de Personnes n'est pas

moins pathetique, Caril fait que l'Auditeur affez souvent se croit voir lui-mesme au milieu du peril. Vous diriez à les voir pleins d'une ardeur fi belle, Qu'ils retrouvent to jours une vigueur nouvelle : que rien ne les sçauroit ni vaincre ni lajfer , Et que leur long combat ne fait que commencer. Et dans Aratus.

Net'embarque jamais durant ce triste mois. Cela se void encore dans Herodote, Ala fortie de la ville d'Elephantine , dit cet Historien, du coté qui va en montant , vous rencontrez d'abord une colline , &c. Delà descendrez dans une plaine : Quand vous l'aurés traversée, vous pouvez vous embarquer tout de nouveau, den douze jours vous arriverez à une grande ville qu'on appelle Meroe. Voiez vous, mon cher Terentianus , comme il prend vostre esprit avec lui, & le conduit dans tous ces differents païs : vous faiCant plûtost voir qu'entendre. Toutes ces choses ainfi pratiquées à propos, arrestent

l'Au

VONS

i l'Auditeur , & lui viennent l'esprit attaché

sur l'action presente. Principalement lors-
qu'on ne s'adresse pas à plusieurs en general,
mais à un seul en particulier.

Tu ne sçaurois connoistre au fort de la mejlée,
Quel

parti suit le fils du courageux Tydee.
Car en réveillant ainsi l'Auditeur par ces A-
postrophes, vous le rendez plus emû, plus
attentif, & plus plein de la chose dont vous
parlez.

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CHAPITRE XXIII.

Des Transitions impreveuës.

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L arrive aussi quelquefois qu'un Escrise met à sa place, & jouë son personnage : & certe Figure marque l'impetuosité de la Paffion.

Mais Hector de ses cris remplissant le rivage,
Commande à ses soldats, de quitter le pillage :
De courir aux vaiseaux. Car, j'atteste les Dieux
Que quiconque ofera s'écarter à mes yeux ,

Moi-mesme dans son fang j'irai laver fa bonte. Le Poëte retient la narration pour soi , comme celle qui lui est

& met tour d'un coup, & fans en avertir, cette menace précipitée dans la bouche de ce Guerrier bouillant & furieux. En effet fon discours auroit langui s'il y eust entremellé: Hector dit alors de telles ou femblables paroles. Au lieu que par cette Transition impreveuë il previent le Lecteur,& la Tranition est faite avant que le Poëte mesme ait songé qu'il la faisoit. Le veritable lieu donc où l'on doit user de cette Figure, c'est quand le temps preffe, & que l'occasion qui fe presente ne permet pas de differer: lorsque sur le champ il faut passer d'une personne à une autre , comme dans Hecatée. Ce Heraut aiant assés pesé la conséquence de toutes ces choses, il commande aux Descendans des Heraclites de se retirer. Je ne puis plus rien pour vous, non plus que si je n'estois point au monde. Vous estes perdus, e vous me forcerez bien-toft moi-mesme d'aller chercher une retraite chez quelque autre peuple. Demofthene dans son raison contre Aristogiton a encore emploié certe Figure d'une maniere differente de celle-ci, mais extremement forte & pathetique. Et il ne se trouvera personne entre vous, dit cet Orateur, qui ait du ressentiment & de l'indignation de voir un impudent, un infame violer infolemment les choses les plus saintes ? Un scelerat dis-je, qui.... O le plus méchant de tous les hommes! rien n'aura arrester ton audace effrenée ? Je ne dis pas ces portes, je ne dis pas ces barreaux , qu’un autre pouvoit rompre comme toi. Il laisse là sa pensée imparfaite, la colere le tenant comme suspendu & partagé sur un mot, entre deux differentes personnes. Qui... O le plus méchant de tous les Hommes! Et ensuite tournant tour d'un coup contre Ariftogiron ce mesme discours qu'il sembloit avoir laissé là; il touche bien davantage, & fait une bien plus forte impresfion. Il en est de mesme de cet emportement de Penelope dans Homere , quand

propre,

fona

elle

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: elle void entrer chez elle un Heraut de la 3 part de ses Amans :

De mes fâcheux Amans ministre injurieux,
Her aut,

t, que cherches-tu? Qui t'amene en ces lieux?
r viens-tu de la part de cette Troupe avare,
Ordonner qu'à l'instant le Festin se prepare?
Fasse le juste Ciel, avançant leur trépas ,
Que ce repas pour eux soit le dernier repas.
Laches , qui pleins d'orgueild foibles de courage,
Confumez de son fils le fertile beritage,
Vos Peres autrefois ne vous ont-ils point dit
Quel Homme estoit Ulyle, &c.

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CHAPITRE XXIV.

De la Periphrase.

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L n'y a personne, comme je croy, qui

puisse donter que la Periphrafe ne soit encore d'un grand usage dans le Sublime. Car, comme dans la Musique le son principal devient plus agréable à l'oreille, lors qu'ilest accompagné de ces differentes parties qui lui répondent : De mesme la Periphrase tournant à l'entour du mot propre, forme souvent par rapport avec lui une consonance & une harmonie fort belle dans le discours, Sur tout lors qu'elle n'a rien de discordant ou d'enflé,mais que toutes choses y sont dans un juste temperament. Platon nous en fournit un bel exemple au commencement de son Oraison funebre. Enfin, dit-il , leur avons rendu les derniers devoirs , maintenant ils achevent ce fatal voyage, .

nows

ils s'en vont tous glorieux de la magnificence avec laquelle toute la ville en general, el leurs parens en particulier, les ont reconduits bors de ce monde. Premierement il appelle la Mort, ce fatal voyage. Ensuite il parle des derniers devoirs qu'on avoit rendu aux morts, comme d'une pompe publique que leur païs leur avoit preparée exprés, pour les conduire hors de cette vie. Dirons-nous que toutes ces choses ne contribuent que mediocrement à relever certe pensée ? Avouons plâtot que par le moien de cette Periphrase melodieusement répandue dans le discours, d'une diction toute simple, il a fait une elpece de concert & d'harmonie. De mesme Xenophon. Vous regardez le travail comme le seul guide qui vous peut conduire à une vie heureuse & plaisante. Au reste vostre ame eft ornée de la plus belle qualité que puissent jamais poffeder des hommes nés pour la guerre; c'est qu'il n'y a rien qui vous touche plus sensiblement que la loüange. Au lieu de dire: Vous vous adonnez au travail, il use de cette circonlocution ; Vous regardez le travail, comme le seul guide qui vous peut conduire à une vie heureuse. Et estendant ainsi toutes choses, il rend fa pensée plus grande, & releve beaucoup cer éloge. Cette Periphrase d'Herodote me semble encore inimirable. La Déesse Venus , pour chaftier l'infolence des Scythes qui avoient pille fon Temple, leur envoya la maladie des Fem

Hemor- mes. soïdes,

*

Au reste, il n'y a rien dont l'usage s'é tende plus loin que la Periphrase, pouryeu

qu'on

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