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tres, ce n'est qu'à titre de corps électoral seulement, et qu'une fois nommés, elle ne peut plus les renvoyer, leur renvoi fût-il sollicité par l'expression fortement prononcée d'une partie de la République. C'est surtout l'indispensable nécessité d'une garde départementale que le fidèle agent cherchait à prouver, pour seconder les vues du ministre et de son épouse. Rien de plus juste, disoit-il le 21 octobre, que les motifs de la citoyenne en faveur de la garde départementale...... celte garde aura lieu ; l'impression de son horreur diminue; dès que l'on verra le moment favorable, on le saisira; et dans tous les cas je me charge, s'il le faut, soit d'en faire la motion, soit d'employer tout autre ressort et tout autre agent (dont il explique en détail les moyens et les ressources). Il s'environnera, ajoute-t-il, de toute l'influence de son faubourg;j'y ajouterai la mienne. »

Par quelle voie cet homme se procurait-il de l'influence? quels moyens employail-il pour faire illusion sur celui qu'il nommoit le patriarche, et que, d'autres appelaient le vertueux Roland ? les menaces, les violences, les promesses, l'argent et la plus crapuleuse ivrognerie.

Entouré de gens parmi lesquels il plaçoit quelquefois un homme à grande moustache (geôlier au Temple), et le citoyen Gonchon qu'il avait inutilement tenté de séduire, il disposait les groupes où l'on se permettait de critiquer l'administration de Roland, ou de manifester des doutes sur la pureté des intentions de ses amis; il distribuait à des déscevrés l'argent que le ministre lui fournissait; il entretenait leur paresse en fournissant à leurs besoins ; d'un côté, comme il le dit lui-même, il se faisait craindre et haïr, et de l'autre côté il se faisait regarder comme un oracle. « En leur donnant à dîner, dit-il, en fraternisant avec eux de manière à leur laisser croire qu'on admire leur patriotisme , et en les plaçant, par le moyen du vin , dans cet état de franchise et d'abandon qui fait tout découvrir, il est facile de les détourner, moyennant qu'on leur ouvre un moyen d'exister; j'en ai fait l'expérience. »

Il dit ailleurs : « J'ai cru ențrevoir un pressant à-propos pour

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faire accepter 50 livres à cet homme, parce qu'il avait besoin d'offrir quelques verres de vin à ses acolytes du faubourg, dans la crainte qu'ils ne tombassent dans l'assoupissement moral , faute d'un entregent bachique : quand j'en rencontre, dit-il encore, s'emportant trop, je les fais bien diner, et je les vois devenir des moutons à mesure que leur estomac fait fortune....... Tout mon monde ne voit en moi qu'un ardent patriote qui caresse et choie les défenseurs de la patrie, qui fait amitié à leurs enfans et qui devine leurs besoins, leur prête , ou donne à l'enfant le moyen d'acheter un beau joujou, bien persuadé que le ménage en tirera un autre parti. » Tout mon monde ne voit en moi qu'un ardent patriote! Ce langage ne décèle-t-il pas que l'homme qui le tenait savait bien qu'il était autre chose ? que le ministre et son épouse auxquels il écrivait, le connaissaient aussi sous un autre rapport? et les moyens honteux que cet homme employait par ordre du ministre, ne prouvent-ils pas qu'ils étaieni l'un et l'autre aussi loin du républicanisme que de la verlu qui en est la base ?

Est-ce en corrompant le peuple qu'on peut se flatter de lui donner un esprit public ? est-ce en séduisant l'enfant par de riches joujous que la mère convertit bientôt en d'autres colifichets? est-ce en conduisant le père au cabaret, en troublant sa raison par l'ivresse, en procurant à l'ouvrier le moyen facile d'exister sans travail, qu'on peut espérer de rétablir les bonnes meurs ? est-ce par cet emploi des trésors de la république, qu'on se montre plus jaloux de mériter la confiance de la nation, qu'ambitieux de la gouverner ?

Les plus dangereux ennemis de la République ne sont pas ceux qui l'attaquent à main armée; ce ne sont pas même les scélérats qui secouent sur nos têtes les torches de la discorde; mais plutôt ceux qui, pour subjuguer la plus libre des facultés de l'homme, le jettent dans un avilissement qui dégrade l’espèce humaine.

Les ennemis extérieurs seront vaincus; la vérité peut sortir du choc des passions individuelles : mais notre régénération deviendrait impossible, si la corruption était plus longtemps réduite en système, et şi, sous prétexte d'éclairer le peuple , on

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s'obstinait à l'avilir. Jamais le peuple ne connaîtra la vérité, si au lieu d'aplanir les routes qui y conduisent, on prétendait la lui transmettre par la voie d'un oracle ou avec les prestiges d'une illusion mensongère , ou en troublant sa raison par des boissons enivrantes.

J'ai parcouru, disait encore l'émissaire de Roland, j'ai parcouru la dévotion réfractaire, l'aristocratie nobiliaire....... Nous n'avons d'ennemis enragés que les vociférans des sections, des groupes, la morgue des bourgeois huppés. » Ils ne regardaient donc pas, ces corrupteurs de l'esprit public, ils ne regardaient donc pas comme leurs adversaires les partisans de l'ancien régime, mais tous ceux qui paraissent jaloux de la liberté, et qui ont le plus grand intérêt au rétablissement de l'ordre.

Est-il étonnant, d'après cela , que lors du renouvellement des administrations de Lyon , à la formation desquelles l'influence du ministère échoua, un de ses amis lui ait écrit : N'attendez aucun secours des négociants et des ci-devant nobles : Faut-il chercher l'interprétation de ces mots déjà rapportés : tout mon monde ne voit en moi qu’un ardent patriote ; et de ceux-ci : en leur donnant à dîner, en fraternisant avec eux de manière à leur laisser croire qu'on admire leur patriotisme, en les mettant, par le moyen du vin, en cet état de franchise et d'abandon qui fait tout découvrir , il est facile de les détourner, moyennant qu'on leur trouve un moyen d'exisler ; j'en ai fait l'expérience.

L'émissaire de Roland n'avait donc, de son aveu, que le masque du patriotisme, une fraternité hypocrite, une admiration de commande, et l'habitude criminelle d'arracher aux patriotes leurs secrets pour en abuser.

Ces détails nous éclairent sur les opérations du ministre, et sur la nature de l'esprit public qu'il cherchait à répandre.

On le retrouve, cet esprit public, à chaque ligne de cette correspondance qu'on ne peut lire qu'avec toute l'indignation qu'elle inspire.

Pour effacer, s'il est possible, ces fâcheuses impressions , bâtons-nous de jeter les yeux sur les lettres écrites par quelques

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uns de nos collègues au ministre, et trouvées parmi les papiers de Roland, quoiqu'elles fussent presque toutes adressées à son épouse.

Je m'abstiendrai de les analyser, ces lettres, pour n'être pas taxé de rigueur; mais elle seront transcrites au long, et répondront au reproche que Roland et des journalistes gagnés nous ont fait d'avoir paru mettre quelque importance à une correspondance qui, selon eux, ne contient que des relations de société, des communications d'intérêt et de confiance. Je déclare ici également que les commissaires de la Convention ne se sont point fait représenter la correspondance de madame Roland , et qu'ils n'ont examiné d'autres papiers que ceux qui étaient depuis longtemps sous le scellé et dans le seul cabinet du citoyen Roland. J'observe que, d'après ce que ces commissaires ont vu et ce que le public verra, ils étaient peut-être en droit de demander la correspondance de la citoyenne Roland, ce qu'ils n'ont point fait ; et j'ajoute que le juge de paix dit, après que l'opération fut finie que non-seulement il aurait examiné toutes les lettres dont il s'agit, mais qu'encore il en aurait mis de côté un plus grand nombre.

L'Assemblée nationale et la France entière jugeront si, dans un moment où plusieurs de ses membres s'accusent réciproquement d'avoir employé leur crédit personnel auprès du ministre pour faire obtenir des places ou des graces à leurs protégés, nous devions regarder comme indifférentes toutes les lettres dans lesquelles on faisait de pareilles demandes; si nous pouvions regarder comme uniquement adressée à l'épouse celle où un député dit : je lui envoie pour son mari et pour Lanthenas une note de patriotes à placer , car il doit toujours avoir une pareille liste sous les yeux.... tout aux amis; enfin, si nous devions regarder comme simple communication d'estime la lettre d'un autre député à la citoyenne, où, après avoir rendu compte de ce qu'on lui écrit de Marseille, il ajoute : « La même lettre renferme un plan d'attaque contre Constantinople, pour obtenir la réparation de l'insulte de la Porte qui a refusé l'ambassadeur Sémonville,

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mais vous sentez bien que je ne vous le communiquerai pas, car Danton ne veut pas que vous soyez ministre. !

Les auteurs de ces lettres ne perdent rien de leur réputation à ce qu'elles soient imprimées ; les hommages dont elles renferment quelquefois l'expression sont de nature à ne blesser en aucune manière celle qui en paraît l'objet. Les autres lettres écrites au citoyen Roland doivent également être publiées , puisqu'il le demande; et les uns et les autres ne peuvent qu'approuver cette publicité.

Un objet plus intéressant est la correspondance de Dumouriez avec Roland : la première pièce est la copie d'une lettre confidentielle écrite par celui-ci à Dumouriez le 16 août 1792, par laquelle il lui offre sa correspondance particulière et son appui dans le conseil.

On peut douter que cette pièce soit la première , quand on lit dans une lettre écrite par Dumouriez à Roland qu'il rappelle une auire lettre de lui du 15; mais toute cette partie de correspondance devant entrer dans un autre rapport relatif aux trahisons de Dumouriez et à la recherche de ses complices, nous avons cru devoir les remettre au commissaire qui en est chargé, qui les avait lui-même réclamées, et qui ne manquera pas de les rendre publiques.

Nous nous abstenons pareillement de tirer aucune conséquence d'une lettre du ci-devant général Montesquiou, écrite du camp devant Genève le 22 octobre 1792, et qui est conçue en ces

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termes :

Lorsque j'ai reçu la lettre que vous venez de m'écrire, je venais de signer la convention pour l'évacuation des Suisses ; j'ai su , dès le principe de cette affaire, que mes principes étaient d'accord avec les vôtres, et cela m'a confirmé dans l'opinion que j'avais , etc. )

Toules les autres lettres, telles que celles écrites par l'épouse de Lafayelle, par le chevalier Saint-Dizier , par un anonyme employé auprès du ci-devant prince royal, et adressées à Lacuée alors président de l'Assemblée législative , ou par d'autres que

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